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80% des malades mentaux peuvent être guéris

Les maladies mentales constituent, à l'heure actuelle, le plus vaste problème de santé publique. Elles provoquent l'hospitalisation d'un plus grand nombre de malades que le cancer, les cardiopathies et la tuberculose réunis. Pour chaque malade réduit à une incapacité totale dans un hôpital psychiatrique, il y en a au moins deux autres qui vivent à l'extérieur et qui, tout en n'étant pas assez gravement atteints pour être hospitalisés, ne sont pas suffisamment bien portants pour mener une vie saine et heureuse.

Il est impossible, faute de statistiques, d'évaluer le nombre total des malades mentaux dans le monde, cependant, dans les pays où les services de santé sont suffisamment développés, environ 50 % des lits d'hôpitaux sont occupés par des malades mentaux, et un tiers ou plus des malades qui viennent en consultation dans les grands hôpitaux se plaignent de troubles ayant pour origine des causes psychologiques.

En Europe, près de deux millions de malades mentaux sont hospitalisés. Aux Etats-Unis d'Amérique, 600 000 malades mentaux sont hospitalisés, et une personne sur seize souffre de quelque forme de trouble de la personnalité. Aux Pays-Bas, sur 1000 étudiants, 35 nécessitent des examens psychologiques ou psychiatriques. Le Japon, le Danemark, l'Autriche et la Suisse se trouvent en tête des pays où l'on enregistre le plus de suicides, tandis que la France consomme proportionnellement dix fois plus d'alcool que les Etats-Unis ou la Suède, et cinq fois plus que la Grande-Bretagne.

« Si la fréquence des maux physiques venait à égaler, dans le monde, celle de beaucoup de maux sociaux de notre temps qui sont dus à des causes mentales ou affectives (délinquance, alcoolisme et toxicomanie, suicide, etc.) sans parler des affections psychiques proprement dites on ne tarderait pas à proclamer un état d' « urgence épidémique » et à adopter d'énergiques contremesures. » Cette déclaration saisissante, faite il y a quelques années à l'occasion d'un colloque de l'OMS, n'a rien perdu de son actualité.

Il importe d'amener le public, dans tous les pays, à regarder en face les problèmes que pose la santé mentale, et à mieux connaître les facteurs dont elle dépend. C'est là un des objectifs de l'Année mondiale de la Santé mentale 1959-1960, organisée sous les auspices de la Fédération mondiale pour la Santé mentale, et appuyée par l'OMS, l'Unesco et des sociétés gouvernementales et nongouvernementales dans le monde entier.

L'Année mondiale de la Santé mentale a débuté le mois dernier avec la Journée mondiale de la Santé, et s'étendra sur dix-huit mois, comme l'Année géophysique internationale.

Nous avons presque tous, à un moment ou à un autre de notre vie, présenté des troubles mineurs qui ont compromis notre bonheur, désorganisé nos rapports familiaux et sociaux, ou porté atteinte à notre capacité de travail. Trop fréquemment, des troubles névrotiques de ce genre suscitent un penchant excessif pour l'alcool ou poussent à la toxicomanie, avec les risques de répercussions sur le système nerveux, voire de maladies mentales plus graves encore. Après des siècles pendant lesquels les malades mentaux avaient été simplement .considérés comme des « fous » qu'il fallait enfermer dans (des asiles, ou même enchaîner dans des prisons, la société s'affranchit peu à peu de l'horreur que lui inspiraient les maladies mentales, et elle en arrive à considérer celles-ci comme guérissables au même titre que les autres.

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Mai 1959