Le Silence
En juillet 1967, paraissait un numéro du Courrier intitulé «Silence». Il était, en fait, entièrement consacré au bruit aux nuisances qu'il provoquait (déjà), à l'action des associations qui le traquaient un peu partout, aux différentes solutions proposées pour en limiter les effets néfastes, sur l'organisme humain comme sur le corps social.
Autant dire que le silence, en tant que tel, n'était appréhendé qu'en creux, comme l'envers du bruit.
Or, le silence peut être autre chose et bien plus que cela. Il peut être un plein. Une présence à soi, au monde, au sacré. Ainsi a-t-il partie liée avec l'expérience religieuse l'ascèse passe souvent par le silence comme avec l'expérience artistique les mots dans la poésie traversent le silence, qui est au ceur de la peinture, à la source de toute musique.
Les auteurs de ce numéro témoignent, chacun à sa manière, de la puissance du silence lorsqu'il devient accomplissement d'une voie intérieure ou mise en relation avec l'Autre.
L'historien Christophe Wondji raconte la parole du chef traditionnel africain, que le silence entoure d'un halo sacralisé, et l'ethnologue Myriam Smadja nous parle de l'accord secret que le silence instaure entre les vivants et les morts dans les rituels funéraires des Tammariba. Face à la torture dans les geôles de la dictature argentine dont témoigne le psychiatre Miguel Benasayag ou au cynisme du monde devant le martyre de Sarajevo filmé par le réalisateur Hervé Nisic le silence est parfois la seule réponse où l'homme puisse exprimer sa pleine dignité.
Mais le silence est aussi au principe de l'extase du flûtiste et musicologue Kudsi Erguner, de l'inspiration de la pianiste contemporaine Elizabeth Sombart, de la poésie de Claude Louis-Combet, de la peinture de Kumi Sugaï. Enfin, il s'éprouve intensément dans l'harmonie retrouvée entre le corps et l'esprit. Avec le physiothérapeute Jacques Castermane, la maîtrise du silence débouche sur un art de vivre.
Le silence. Une parole de paix.
