L'Histoire telle que nos enfants l'apprennent
Arnold Toynbee, dans un article publié récemment par Diogène, brosse un tableau frappant des tendances modernes de la pensée historique: « En l'espace d'une vie et même moins, rcmarque-t-il, la face du monde a été transformée et rendue presque méconnaissable, et c'est la position de l'Occident dans le monde qui a subi les transformations les plus considérables. Ainsi, la seule familiarité avec le développement des affaires mondiales depuis 1914 entraîne nécessairement, par là même, un grand nombre de nouvelles connaissances historiques; et, pendant ce temps, les quarante années qui ont vu s'écrire ce nouveau chapitre de l'histoire ont également vu les orientalistes et les archéologues rouvrir pour nous d'autres chapitres de l'histoire qui avaient été complètement oubliés, ou dont ne subsistaient que des fragments de souvenirs, des lambeaux de traditions. »
Toynbee souligne que « de nos jours, la civilisation minoenne est ressuscitée des morts pour surgir sous la civilisation gréco-romaine; la culture Shang, en Chine, sous la civilisation classique chinoise; la culture de l'Indus, sous l'Inde aryenne; la civilisation hittite, sous cette Asie mineure que connaissait Hérodote; et, à la même époque, notre tableau des civilisations sumérienne et égyptienne et des civilisations précolombiennes du Nouveau Monde a été radicalement transformé par les connaissances nouvelles mises à jour, là encore, par la pioche des chercheurs. La redécouverte du passé le plus reculé, jointe aux événements formidables de notre propre époque, nous a donné une foule de nouvelles informations historiques. Notre connaissance de l'histoire de l'humanité depuis l'origine des plus anciennes civilisations connues, il y a quelque cinq mille ans, s'est donc considérablement élargie; et les problè-" mes ont été mis en pleine lumière. Et, la curiosité étant une des caractéristiques de la nature humaine, nous sommes amenés, à notre époque, à reconsidérer les aspects nouveaux de l'ensemble de l'histoire. »
Et Toynbee ajoute : « Le premier coup d' au nouveau panorama de l'histoire montre qu'il fait éclater les cadres traditionnels à l'intérieur desquels, depuis deux cent cinquante ans... En écrivant ces mots, il me semble entendre le bruit indistinct de la pioche de l'archéologue infatigable, en train de ramener adroitement au jour de nouvelles couches de civilisations ensevelies à Bucklersbury, à Beyce Sultan, à Palenque. »
Il est intéressant de noter que le mot même d' « histoire » vient.de la signification grecque « enquête » ou « investigation ». Toute présentation de l'histoire s'appuie sur une série d'investigations, de questions et de réponses dont le nombre est infini et la nature de plus en plus variée à mesure que le champ de l'histoire s'élargit. Dans le présent numéro, le « Courrier de l'Unesco » examine quelques-unes des questions que les historiens et les membres du corps enseignant ont posées récemment au sujet de l'image que nos enfants se font, d'après leurs manuels de classe, des pays et des cultures étrangers.
