Merveilles inconnues de l'art
Il est ardu de « définir » l'art, mais les artistes proposent volontiers des formules qui en suggèrent la nature ou le mystère. Ainsi Tolstoï : « un appel à la communion des hommes ». Elie Paure a commenté cette parole à l'usage d'un public apparemment industrieux : « Non seulement l'art est utile, mais il est la seule chose qui soit réellement utile, après le pain ».
L’oeuvre de I'UNESCO, au service des artistes et des arts, répond à ces constatations. En préparant la fondation de l'Association internationale des Arts plastiques, qui a tenu en 1954 sa première assemblée à Venise, elle désirait à la fois stimuler la coopération entre les créateurs de tous pays et de toutes disciplines et lutter avec eux pour améliorer leur condition économique et sociale.
Pour le reste, le rôle de I'UNESCO est tantôt de protéger, tantôt de faire connaître les ouvrages du présent comme ceux du passé. Protection implique surtout aide technique : il s'agit de défendre contre le temps des monuments, des statues, des peintures irremplaçables. Mais peut-on répandre largement la connaissance des chefs-d' de la peinture ? Ce n'est plus un rêve depuis que l'habileté des imprimeurs édifie ce « musée imaginaire » auquel contribuent les catalogues de reproductions en couleur, périodiquement enrichis des meilleures sélections. Ces catalogues permettent en outre de signaler, dans la production mondiale, des imperfections et des lacunes que les éditeurs s'emploient chaque année a corriger ou à combler. Des expositions itinérantes rassemblent les plus belles reproductions : c'est l'occasion, loin des capitales, en d'innombrables musées, universités, écoles ou mairies de villages, de révélations toujours fécondes, parfois bouleversantes.
Mais « faire connaître » évoque aussi les tâches de l'enseignement. L'UNESCO apporte son appui aussi bien à l'apprentissage artistique (comme en témoignait un stage récent à Tokio) qu'à l'éducation « par » les arts, à laquelle se consacre la jeune Fédération internationale dont elle a préparé la constitution
« Un appel à la communion des hommes » : l'exergue conviendrait à la Collection UNESCO d'Art mondial, dont la publication est dirigée par Anton Schutz et Peter Bellew. Ces ouvrages n'empruntent pas leurs richesses aux cimaises des grands musées; ils révèlent des chefsd' photographiés souvent pour la première fois en couleur par des missions spéciales, grâce à la collaboration des gouvernements et des autorités locales. Ce sont des trésors précieux depuis peu d'années d'ailleurs à quelques archéologues, à quelques artistes, à quelques historiens; les voilà désormais offerts au public, habitué enfin à reconnaître à tous peuples et toutes cultures un génie qu'il croyait naguère réservé à certaines traditions privilégiées.
Dans les pages de ce numéro, on admirera peut-être la diversité des formes, des styles, des visions. Une distance apparemment infranchissable dans le temps et dans l'espace sépare les tombes égyptiennes des églises de Norvège, l'interminable préhistoire de l'Australie du moyen âge serbe, et tout cela, des Boddhisatvas au fond de leurs grottes. Pourtant, entre ces peintures que nos ancêtres eussent jugées disparates, mais qui toutes sont des peintures sacrées, on devine une unité profonde dont notre siècle a sans doute le droit de revendiquer la découverte. S'il y a ici des ressemblances, elles se situent au niveau le plus élevé de l'humain et ces parentés s'affirment en même temps, jusque dans les détails, avec les recherches de nos contemporains. Ce n'est pas à propos des gravures australiennes, mais au sujet de ses propres ambitions, qu'un peintre de l'Ecole de Paris écrit : « L'univers de notre planète est uniquement magique. » Un autre déclare, en songeant à l'artiste moderne, et non pas au peintre d'Ajanta, qu'il « voit se lever sur cette pluie d'apparences les. grands signes essentiels qui sont à la fois sa vérité et celle de l'univers. » D'une phrase, le poète Giuseppe Ungaretti explique cette surprenante fraternité des artistes de tous les temps : « le but de l'art, dit-il, c'est d'entrer en contact avec le secret inviolable de la divinité créatrice. »
