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Comenius, apôtre de l'éducation moderne et de la compréhension internationale

sque, au mois de novembre 1956, dans la capitale de l'Inde, la délégation tchécoslovaque à la neuvième session de la Conférence générale de l'Unesco eut proposé que l'Organisation s'associât par la publication d'un recueil d'oeuvres choisies de Jean Amos Comenius à la célébration du trois centième anniversaire des Opera didáctica omnia, c'est à l'unanimité que cette résolution fut votée par la Conférence générale, en session plénière. Une telle unanimité, rarement obtenue dans les assemblées intergouvernementales, est plus éloquente que tous les commentaires. Elle témoigne de la volonté commune aux soixante-dix-neuf Etats membres de l'Unesco de célébrer, en même temps que la nation tchécoslovaque, cette date mémorable où parut pour la première fois, entre autres ouvrages, cette Grande Didactique; où l'on s'accorde à voir aujourd'hui la première expression complète d'une science de l'éducation et le point de départ des théories modernes de l'enseignement.

Pourquoi l'Unesco se devait de participer ainsi à la célébration de cet anniversaire ? Il serait intéressant de relever dans la Grande Didactique ou dans la Pampoedie telles formules qui pourraient être placées en exergues aux chapitres principaux du programme de l'Unesco. « L'âge de chaque homme est son école, depuis le berceau jusqu'à la tombe », n'est-ce pas le principe de l'éducation permanente, celle des adultes comme celle de la jeunesse ? « Tout d'abord, pour savoir lire et écrire, il faut absolument que tout le monde l'apprenne » pourrait être la devise de la lutte contre l'analphabétisme; « toute la jeunesse des deux sexes doit être envoyée dans des écoles publiques », ce que l'Unesco traduit par le développement universel de l'enseignement primaire gratuit et obligatoire; « il faut que personne ne soit exclu, et moins encore empêché, d'apprendre la sagesse et de former son esprit », c'est le principe de l'égalité d'accès à l'enseignement et à la culture, sans distinction de sexe, de fortune, de croyance ou d'origine sociale. Comenius n'est-il pas allé jusqu'à convenir, dans ce qu'il a appelé le « conseil de la lumière », une organisation internationale pour l'éducation, la science et la culture, lointaine préfiguration de. notre Unesco ?

Ces idées, que le grand précurseur répandait, il y a trois cents ans, sur l'Europe attentive n'ont rien perdu de leur force ni de leur efficacité. Si, de nos jours, elles sont communément acceptées, il s'en faut qu'elles soient partout passées dans les faits. Un effort gigantesque, pour lequel tous les peuples doivent unir leurs ressources, reste encore à accomplir pour qu'elles pénètrent enfin les institutions et les hommes dans le monde entier.

C'est parce que le message de Comenius est toujours actuel que l'Unesco, répondant au v si opportun de la nation tchécoslovaque, s'efforce de le mieux faire connaître et mieux apprécier. La participation de l'Unesco à cette commémoration a donc le sens d'un hommage de respect et de gratitude envers celui qu'elle reconnaît pour son ancêtre spirituel. Jean Thomas Directeur général adjoint de l'Unesco.

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Novembre 1957