Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

A quoi servent les Nations Unies: 1945-1955

L'ONU a cinquante ans. Ce n'est pas dans une ambiance de fête qu'on célèbre cet anniversaire. On pense à la Somalie et au Rwanda, on ne cesse de penser à la Bosnie. Mais ces échecs sont-ils imputables à l'institution en tant que telle ? Et si cette institution n'existait pas, la situation serait-elle meilleure ou pire?

Dans ce numéro, nous avons tenté de faire le point sur les questions qu'on se pose, très légitimement, sur la raison d'être de l'ONU. Par un dossier en trois parties. Une information précise sur l'organigramme et les fonctions du système, ainsi que sur les grandes dates qui ont jalonné son histoire. Une analyse critique des réalisations et des échecs dans les trois domaines-clés où s'exerce l'action de l'ONU : la paix, les droits de l'homme et le développement. Une vision prospective de son devenir, sous les deux plumes de Boutros Boutros-Ghali et de Federico Mayor.

Reste le sentiment persistant, lancinant, d'une grande désillusioncet hiatus entre ce qu'on aurait voulu et ce qui est advenu. Notamment depuis la chute du Mur de Berlin, la fin du monde bipolaire, l'affirmation simultanée des exigences de liberté, de justice et de solidarité.

Cette désillusion est en soi un signe positif. Elle révèie le poids des espérances investies par l'opinion mondiale dans les Nations Unies. Mais elle traduit aussi une grande méconnaissance des mécanismes qui régissent leur fonctionnement. L'action du système est directement tributaire des accords et désaccords entre ses Etats membres, c'est-à-dire entre leurs gouvernements-et tout particulièrement des plus influents d'entre eux. Ce qui manque si cruellement à l'ONU, et qui explique les déceptions qu'elle suscite, c'est un consensus international sur des objectifs et des normes par où les intérêts communs de l'humanité prévalent sur les intérêts particuliers des Etats ou des nations, des communautés ethniques ou religieuses.

On en est loin. Mais il faudra y venir. Tôt ou tard. C'est une question vitale pour l'avenir de l'humanité comme de la planète. Et qui peut douter, le jour où l'on parviendra à ce consensus, que le système des Nations Unies aura été le principal artisan de sa réalisation?

Avec ses défauts, ses pesanteurs et ses erreurs, où se reflètent les imperfections de la communauté internationale elle-même, il aura patiemment tissé cette expérience unique de la chose internationale, ce sentiment, confus mais indubitable, que nous possédons tous, malgré tout, dans ce gratte-ciel tant décrié de New York, un dernier rempart avant la barbarieun espace où l'on sait que les ennemis d'hier pourront se parler demain.

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Octobre 1995