Culture : le nerf de la paix

 


Avant et après. Le temple de Bel, l'un des monuments les plus emblématiques de Palmyre en Syrie, a été détruit par Daech en août 2015.

Ces dernières années, nous sommes témoins de l’émergence d’une nouvelle conscience sur le rôle de la culture pour la sécurité et pour la paix. Elle se traduit par une série d’actes audacieux et sans précédent sur la scène internationale. Pour la première fois de l’histoire, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, la résolution 2347, adoptée à l’unanimité le 24 mars 2017, porte sur l’ensemble des menaces qui pèsent sur le patrimoine culturel.

Autre événement sans précédent : le 27 septembre 2016, la première condamnation pour crime de guerre, consistant à détruire intentionnellement le patrimoine culturel, a été prononcé par la Cour pénale internationale. Dans une interview exclusive, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, membre du groupe islamiste extrémiste Ansar Dine, condamné à neuf ans de prison, explique aux lecteurs du Courrier de l’UNESCO l’engrenage vers l’extrémisme violent dans lequel il a été pris dès son enfance, sa prise de conscience des préjudices que ses actes ont causés à l’humanité, ses projets d’avenir.

Cet engrenage est au cœur du documentaire Djihad, une histoire des autres ? de Deeyah Khan, Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO. Née en Norvège dans une famille musulmane, elle a été personnellement confrontée aux conséquences de la montée du fondamentalisme religieux, avant de braquer sur lui sa caméra. Elle a choisi l’art comme moyen de combat, car il « abolit les différences, il abat les murs et les inégalités qui nous divisent ». Une conviction partagée par Global Arts Corps (GAC), communauté internationale d’artistes professionnels, qui propose à de jeunes survivants de génocides d’utiliser le théâtre comme un atelier de réconciliation avec soi-même, avec son passé, avec l’Autre.

Autant d’articles à découvrir dans le dossier Grand angle de ce numéro du Courrier, qui consacre ses rubriques à d’autres actualités tout aussi captivantes.

Une des plus grandes tragédies de notre temps, désignée communément sous le nom de  « crise migratoire », est révélatrice des replis tribalistes qui sont à l’origine de ce que le philosophe Souleymane Bachir Diagne appelle la « crise de l’idée d’humanité ». C'est le thème de la rubrique Idées, que Sarah Willcox aborde avec un coup de projecteur sur les scientifiques migrants ou réfugiés.

Ces personnes ont été, dans leur grande majorité, chassées de chez elles par la guerre. Que deviennent leurs enfants, démunis du droit d’aller à l’école ? Un aperçu nous est donné dans Zoom, où le spectacle désolant de portes d’écoles emmurées, de classes abandonnées, de livres brûlées contraste avec le sourire invincible de l’enfance, qui rayonne dans sa bulle de bonheur.


Notre invitée dans ce numéro est Ouided Bouchamaoui, membre du Quartet tunisien, prix Nobel de la Paix 2015,  qui a joué un rôle majeur pour sortir la Tunisie de la crise politique survenue en 2013, en organisant un dialogue national.

Dans la rubrique Actualitésle Courrier explore différentes facettes de nos océans : l’histoire passionnante de Nanhai n°1, l’épave d’un navire marchand chinois du XIIIe siècle, conservé aujourd’hui dans son « Palais de cristal » ; l’aventure d’Energy Observer, le premier bateau propulsé à l’hydrogène et aux énergies renouvelables, qui a commencé son tour du monde en juin 2017 ; le projet SMART, un réseau de capteurs environnementaux disposés sur des milliers de kilomètres de câbles sous-marins, qui pourra notamment fournir des données, en temps réel, permettant d’atténuer les effets des tsunamis.

Jasmina Šopova, Directrice éditoriale

 

Octobre - décembre 2017