Les clés de l’édition numérique et de l’entreprenariat créatif pour les peuples autochtones au Brésil

En 2014, l’organisation non gouvernementale Thydêwá a bénéficié du soutien du Fonds international pour la diversité culturelle de l’UNESCO (FIDC) pour mettre en œuvre un projet intitulé « Livres numériques autochtones - Entreprenariat culturel, créateurs autochtones et culture numérique au Brésil ». Thydêwá s’est fixé pour objectif de responsabiliser des groupes autochtones afin de devenir entrepreneurs créatifs, en organisant des ateliers de renforcement des compétences. À terme, le projet aboutira à la création d’une start-up, et à la production de livres numériques en quatre langues (portugais, espagnol, anglais et français).

Nous nous sommes entretenus avec Sebastián Gerlic (Président de Thydêwá), Fernanda Martins (journaliste et coordinatrice du projet), Evandro et Laís (membres de communautés autochtones participant au projet).

D’où est venue l’idée de créer une start-up ? Et quels ont été les ateliers organisés dans ce cadre ?

Sebástian Gerlic : Ce sont les communautés autochtones elles-mêmes qui ont sollicité notre aide pour créer cette société. Mais pour qu’ils atteignent leur objectif, il nous fallait d’abord leur apprendre le fonctionnement d’une entreprise sociale.

 

Fernanda Martins : Nous avons donc organisé 80 heures de formation, où les 16 participants ont reçu des apprentissages dans des domaines comme la culture numérique, les industries créatives, l’entreprenariat et la durabilité des initiatives.

 

SG : Pendant ces ateliers, nous avons aussi discuté du type de produits et de services qu’ils pourraient offrir, et échangé des idées concernant le réinvestissement des bénéfices issus des ventes.

Comment cette société va-t-elle apporter de l’autonomie à la communauté ?

SG : La société se nomme « Da Terra Produções », et ce sera une entreprise sociale. Le but est de donner aux jeunes autochtones l’autonomie suffisante pour créer et mettre en œuvre des projets susceptibles de générer des revenus et, à terme, de garantir un apport à la communauté. Par exemple, à travers l’action de cette entreprise sociale et la formation technique et entrepreneuriale qu’ils ont reçue dans le cadre du projet, ces jeunes auront les ressources et l’assurance suffisante pour dire : « Nous écrirons les articles nous-mêmes. Nous prendrons les photos nous-mêmes. Et vous pourrez nous les acheter quand ils seront prêts ».

Nous écrirons les articles nous-mêmes. Nous prendrons les photos nous-mêmes. Et vous pourrez nous les acheter quand ils seront prêts.”

Vous avez mentionné la formation technique, Sebástian. Quel type de compétences techniques ont été enseignées aux participants ?

SG : Le projet a aidé 16 jeunes participants à découvrir et à renforcer divers talents dans des domaines créatifs comme la photographie, l’écriture, la musique et la production audiovisuelle. Nous avons été ravis de voir que chacun développait un ensemble particulier de compétences.

Evandro : Moi, par exemple, j’ai amélioré mes compétences de graphiste.

Laís : Et moi mes compétences de journaliste.

Pourquoi avoir choisi les livres numériques ? En quoi ce support diffère-t-il du livre papier, par exemple ?

SG : Avec le livre numérique, nous pouvons atteindre un public plus large à moindre coût, tout en préservant l’environnement puisque nous n’utilisons pas de papier. Le livre numérique peut être distribué à l’infini, ce qui représente à ce niveau un potentiel à grande échelle. C’est pour cette raison que la version portugaise sera gratuite. Nous voulons exploiter pleinement ce potentiel. Qui plus est, pour notre public-cible (les enfants âgés de six à douze ans), c’est le livre numérique qui domine.

Lais : Grâce au livre numérique, un plus grand nombre de lecteurs pourra découvrir notre culture et notre histoire, et par conséquent comprendre nos actions. Les histoires que nous racontons ont une signification profonde : ce sont des leçons de vie telles que l’importance d’une coexistence culturelle pacifique et l’égalité de toutes les cultures entre elles.

Comment les livres numériques ont-ils été élaborés ?

SG : Pendant les ateliers, nous avons travaillé à partir de différents types de récits afin de montrer de quelle façon les histoires pouvaient être racontées, pour que chacun ouvre son cœur et mette ses talents en valeur. Nous voulions stimuler la créativité des participants au fil d’un processus pédagogique, pour favoriser l’émergence d’idées et d’histoires. Les livres numériques constituent l’aboutissement de ce processus. Aujourd’hui, plusieurs jeunes autochtones souhaitent mener de nouveaux projets et raconter leurs histoires.

Combien coûteront les livres numériques ?

SG : Environ 3,99 $US par exemplaire. L’idée est d’investir les revenus de la vente de ces deux premières éditions dans la production et la promotion des livres suivants, puis de recommencer jusqu’à ce que huit livres soient publiés.

Quelle est votre stratégie pour la promotion des livres ?

FM : Nous avons commencé par contacter les éditeurs de livres numériques pour nous familiariser avec le marché et le produit. Nous avons tiré plusieurs leçons essentielles de ces entretiens: savoir quels mots-clés utiliser lors de la mise en ligne d’un livre, mettre en place des partenariats avec les écoles, et avec des personnalités influentes au sein de notre public-cible.  Les livres seront disponibles dans les principales plateformes de vente numérique (Amazon, Google Play Store et Apple Store), et le lancement est prévu le 1er juin.

16 membres de communautés autochtones ont participé à ce projet au total, dont 6 jeunes femmes (soit presque la moitié). Pourquoi ?

SG : Notre projet a pour but de donner aux jeunes autochtones les compétences nécessaires à leur développement personnel, aussi bien financier que social, à travers les industries créatives. Nous le faisons car, en tant que groupe, la jeunesse autochtone manque de conseils et d’opportunités pour exploiter pleinement son potentiel créatif. Or, les femmes vivent la même expérience à travers le monde : en tant que groupe, elles sont fréquemment – et malheureusement – privées des nombreuses opportunités qu’offrent les industries créatives. Le choix d’intégrer six jeunes femmes à ce projet correspondait à un effort délibéré pour promouvoir et soutenir l’égalité des genres.