La créativité comme chemin de la liberté: L'UNESCO appuie l’action des dirigeants namibiens à promouvoir la liberté artistique

Les actions de l'UNESCO visant à mettre en œuvre la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles contribuent à encourager l'économie créative dans le monde entier.

Il s'agit d'une série d'articles en ligne mettant en avant les voix des bénéficiaires des projets de l'UNESCO.

Il est 7h30. Le soleil doré de Namibie s'est à peine levé quand Michelle Inixias entre dans son bureau. Elle commence sa journée en saluant tout le personnel et les stagiaires du COSDEF Arts & Craft Centre (Centre d’art et d’artisanat COSDEF), où elle travaille en tant que coordinatrice. Souvent, de nouveaux visages apparaissent dans ce centre basé à Swakopmund, ceux de ces artistes en herbe aux  yeux brillants d’optimisme et  prêts à déployer leur créativité. Ici, Michelle ne s'ennuie jamais. Elle est animée par un objectif ambitieux : transmettre aux artistes les moyens, les compétences et les connaissances nécessaires pour exprimer leur talent dans les arts visuels, le graphisme, la mode, etc. "Les portes du Centre sont toujours ouvertes. Je veux que tout le monde soit entendu et heureux", affirme Michelle avec l'enthousiasme résolu d'une défenseuse convaincue de la liberté artistique.

La Namibie possède une scène artistique exceptionnelle, mais cette créativité débordante est parfois freinée par les normes sociales et religieuses. La volonté de Michelle est que le Centre soit un havre de paix et de créativité pour les Namibiens de tous âges, afin qu'ils puissent s'exprimer librement, acquérir de nouvelles connaissances et développer leurs revenus.  

Lorsque Michelle a appris que l'UNESCO organisait un atelier destiné à la société civile et au gouvernement pour débattre de la liberté artistique, elle a décidé d'y participer. Les 15 participants constituaient une audience hétéroclite, composée de conservateurs de galeries, de professeurs de design, d’experts en propriété intellectuelle et de fonctionnaires. L'atelier, tenu du 28 au 29 avril 2021 à Windhoek dans le cadre de la conférence de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse 2021, visait à stimuler les échanges sur les lois, les politiques et les mesures existantes qui encouragent et protègent la création artistique ; à renforcer la prise de conscience des obligations de l'État et du rôle de la société civile en termes d’élaboration de politiques, de collecte de données et de suivi de la liberté artistique. Comme le souligne Michelle, "nos élèves doivent se servir de leur art pour impulser des changements là où ces changements sont nécessaires".

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© COSDEF Arts & Crafts Centre
COSDEF Arts & Crafts Centre où Michelle dirige une équipe multiculturelle qui promeut la liberté artistique. ©COSDEF Arts & Craft Centre
Loini Iizyenda, maître de conférences à l'université de Namibie à Windhoek, est fascinée par la mode, l'art textile et le patrimoine culturel. Sa passion pour l'art l'a amenée à promouvoir activement la liberté d'imaginer, de créer et de distribuer des œuvres d'art sans pressions ni interférences. Dans son travail, Loini encourage ses élèves à sortir des sentiers battus. Ainsi, la promotion de la liberté artistique est d'autant plus nécessaire pour permettre aux artistes de libérer leur potentiel créatif. La Namibie regorge de créateurs talentueux, mais certains d'entre eux ont du mal à sortir du carcan idéologique, freinés par les réactions du public ou par le financement. C'est pourquoi il était si important pour Loini de participer à l'atelier de l'UNESCO afin d'élargir sa vision de la liberté artistique.

 

Comprendre les défis et s'engager dans la liberté artistique

Loini est pleinement consciente des difficultés rencontrées par les artistes namibiens. Qu'il s'agisse d'autocensure ou de restrictions financières, la création artistique est quelques fois bridée dans le pays pour se conformer à ce qui est acceptable socialement. L'art affichant toute allusion à la nudité a été particulièrement ciblé en raison des attitudes socialement conservatrices.

La Namibie a ratifié la Convention de 2005 de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles et s'est engagée à mettre en œuvre la Recommandation de 1980 relative à la condition de l’artiste. Ces deux instruments  fournissent  un cadre politique complet pour développer un secteur créatif dynamique. En Namibie, la liberté d'expression et les droits culturels sont fermement reconnus par la Constitution. En outre, la Namibie a élaboré une politique des arts, de la culture et du patrimoine et travaille actuellement à la révision de sa législation sur les droits d'auteur avec le soutien de l'UNESCO et le financement de l'Union Européenne. Ces cadres devraient encore renforcer les droits socioéconomiques et culturels des artistes et des professionnels de la culture.

Néanmoins, cet engagement à reconnaître et à promouvoir la liberté artistique ne s'est pas toujours traduit dans les faits. C'est pourquoi Loini souligne l'importance de connaître les lieux où les artistes peuvent s'exprimer librement, ainsi que les mécanismes qui les protègent en vertu de la Convention et d'autres instruments internationaux. La libre créativité des artistes a trop souvent été limitée par des frontières imposées par des observateurs extérieurs. Ainsi, à travers des débats animés, les participants ont pris conscience des conséquences des limitations de la liberté artistique, qui entraînent des pertes économiques, sociales et culturelles considérables, la privation des artistes de leurs moyens d'expression et de subsistance, et la génération d'environnements peu sûrs pour toutes les personnes engagées dans les arts et leur public. Le travail d'équipe a également facilité l'évaluation du rapport statutaire de la Namibie sur la liberté artistique dans le cadre des rapports périodiques quadriennaux que les pays signataires de la Convention de 2005 doivent soumettre à l'UNESCO.

La libre créativité des artistes a trop souvent été limitée par des frontières imposées par des observateurs extérieurs. Ainsi, à travers des débats animés, les participants ont pris conscience des conséquences des limitations de la liberté artistique, qui entraînent des pertes économiques, sociales et culturelles considérables, la privation des artistes de leurs moyens d'expression et de subsistance, et la génération d'environnements peu sûrs pour toutes les personnes engagées dans les arts et leur public. Le travail d'équipe a également facilité l'évaluation du rapport statutaire de la Namibie sur la liberté artistique dans le cadre des rapports périodiques quadriennaux que les pays signataires de la Convention de 2005 doivent soumettre à l'UNESCO.

Les importantes synergies créées entre pairs ont renforcé le sentiment d'appartenance et l'engagement commun. "Nous devons nous soutenir mutuellement et encourager la créativité dans le pays", a souligné M. Loini. "Grâce à cet atelier, les professionnels de l'art en Namibie tissent un réseau de relations, créant ainsi un écosystème prometteur et dynamique."

"Cela m'a ouvert les yeux sur l'importance du devoir d'un artiste de refléter les questionnements de son époque, de susciter des changements ou d'attirer l'attention sur des problèmes de notre société", déclare Michelle. Le potentiel des artistes et des responsables culturels en matière de promotion de la liberté artistique est ainsi libéré.

Loini reste également optimiste quant à l'impact sur la liberté artistique, non seulement pour les participants mais aussi pour les communautés plus larges où les arts et l'artisanat prospèrent. Elle explique que les créateurs namibiens sont désormais mieux informés des politiques disponibles pour soutenir leurs projets artistiques. En outre, leur exemple encouragera de nombreux jeunes artistes en herbe à écouter leurs rêves plutôt qu’à renoncer à leur carrière par crainte du rejet. 

Chacune dans son domaine, Michelle et Loini ne sont que quelques-unes des nombreux professionnelles namibiennes qui repoussent toujours plus loin les frontières de l'expression artistique. Pour ce qui est de l'avenir, Loini demeure enthousiaste. Elle continuera à explorer le potentiel de l’Intelligence Artificielle pour les créateurs namibiens, tout en s'efforçant d'insuffler à ses étudiants sa passion pour le design créatif et le développement de produits. Michelle, pour sa part, pense qu'elle continuera à promouvoir la liberté artistique depuis le COSDEF, mais dotée désormais d’une conscience accrue des droits légitimes des jeunes artistes à s'exprimer. La porte de son bureau toujours ouverte, Michelle continuera d’accueillir la nouvelle génération de créateurs namibiens surfant sur la vague du changement. 

Depuis 2016, l'UNESCO plaide pour la liberté artistique à l'occasion de la conférence de la Journée mondiale de la Liberté de la Presse (WPFD, pour son acronyme en anglais) et organise des ateliers de formation. En 2021, la Namibie a accueilli la WPFD, exactement 20 ans après l'adoption historique de la Déclaration de Windhoek pour une presse libre, indépendante et pluraliste, qui a conduit à l'adoption du 3 mai comme Journée mondiale de la liberté de la presse.

Le travail lié à la liberté artistique est généreusement financé par le Royaume de Norvège dans le cadre du programme UNESCO-Aschberg pour les artistes et les professionnels de la culture. Pour plus d'informations sur le programme, veuillez consulter le site : https://fr.unesco.org/creativity/donors/programme-unesco-aschberg-pour-artistes .

ODD
Objectif(s) de la Convention 2005 de l'UNESCO