De la liberté de la presse à la liberté artistique: défendre les droits de tous lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse

Pour la troisième année consécutive, la liberté artistique a été à l’honneur lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse (JMLP) qui s’est tenue cette année à Accra, au Ghana (du 2 au 3 mai). Pour marquer cette occasion, des artistes, des militants des droits de l’homme et des professionnels des médias se sont réunis pour débattre des nouveaux défis mondiaux en matière de liberté artistique dans l’environnement numérique. Un appel a été lancé en faveur de l’action conjointe d’artistes et journalistes pour collaborer étroitement dans la défense de la liberté de presse et artistique, lors du lancement conjoint des deux nouveaux rapports mondiaux de l’UNESCO Re|Penser les politiques culturelles et les Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias.  

Depuis la publication en 2013 du rapport phare de la Rapporteuse spéciale de l’ONU, Farida Shaheed, intitulé « Le droit à la liberté d’expression artistique et de création », la liberté artistique a fait une entrée sans précédent dans le débat politique mondial sur la liberté d’expression. Selon les récentes conclusions du rapport de 2018 de Freemuse L’état de la liberté artistique (disponible seulement en anglais), il y a eu 553 attaques enregistrées contre des artistes en 2017, par rapport à 430 en 2016 et 340 en 2015.

Avec la transformation du monde de l’art par les technologies numériques, de nouveaux défis critiques émergent également. Alors que les plateformes de médias sociaux ont ouvert de multiples opportunités pour la création, la distribution et le financement de la créativité, l’éruption de ces espaces a également entraîné de nouvelles menaces pour les droits et libertés des artistes telles que, par exemple, le harcèlement en ligne, la censure sur internet et des critères arbitraires dans l’établissement de lignes directrices pour les usagers en ligne. La nature particulière de ces menaces a fait de l’environnement numérique un espace flou pour le suivi des normes internationales relatives aux droits de l’homme.

La table ronde de haut niveau « La liberté artistique à l’ère numérique » a été modérée par Ojoma Ochai (Nigéria), directrice des arts pour l’Afrique de l’Ouest au British Council et a compté avec la participation de l’artiste satirique ghanéen Bright Ackwerh, Fatou Jagne (Sénégal), directrice d’Article 19 pour Afrique de l’Ouest, Hija Kamran (Pakistan), responsable de la communication et chercheuse à la Digital Rights Foundation et Ole Reitov (Danemark), ancien directeur exécutif de Freemuse.

Les débats ont porté sur des questions aussi nouvelles que rarement documentées telles que l’effet du filtrage algorithmique sur la découvrabilité des contenus culturels en ligne, l’impact de l’intelligence artificielle sur l’automatisation de la créativité, la surveillance transnationale des artistes sur Internet et les attaques ciblées contre les femmes artistes sur les plateformes numériques.

Cibles d’un harcèlement agressif continu en ligne, les femmes artistes choisissent souvent de ne pas avoir une présence active en ligne, en particulier sur les médias sociaux, provoquant ainsi l’autocensure et entraînant des effets corrosifs pour la liberté artistique.

« Les trolls en ligne sont un énorme problème, surtout pour les femmes artistes qui font face à des attaques plus personnelles que les hommes artistes. Nous devons accorder une attention particulière aux restrictions en ligne en fonction du sexe et au cyber-harcèlement », a souligné Hija Kamran.

Au cours des débats, les professionnels de la culture ont réfléchi aux meilleurs moyens de contrer les menaces et les contraintes découlant des lois et des directives de contrôle d’accès et de partage de contenus en ligne. « Une pression importante vient des directives imposées aux usagers par les réseaux d’entreprises. C’est un vrai défi, d’autant que la plupart d’entre nous, artistes contemporains, utilisons les réseaux sociaux pour promouvoir notre travail. Les médias sociaux doivent cependant rester un espace d’échange et de dialogue pour les artistes avec leur public », a prévenu l’artiste satirique Bright Ackwerh.

 

Assurer la libre circulation d’idées

Rassemblant un large public de 250 personnes, le lancement conjoint des rapports de suivi mondiaux phares de l’UNESCO a été ouvert par Getachew Engida, Sous-Directeur général adjoint de l’UNESCO, et Marie Ottosson, Directrice générale adjointe de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA).

« À travers cette présentation conjointe, nous avons une occasion unique d’examiner la situation mondiale de la liberté d’expression et de création en même temps que celle de l’accès à l’information et de la vie culturelle. Tous ces droits sont cruciaux pour la protection des libertés fondamentales, en tant que vecteurs de paix, de développement et de démocratie », a déclaré Getachew Engida.

« La Suède s’engage à soutenir, à travers ces rapports mondiaux, les droits de l’homme, la diversité des médias et la liberté artistique. Ils sont en train de devenir des références pour la communauté internationale et de nous aider à plaider en faveur de réformes politiques », a souligné Marie Ottosson. « À l’heure où artistes et journalistes sont de plus en plus ciblés, nous devons rester fermes et défendre les droits de tous les acteurs qui œuvrent pour maintenir et garantir la libre circulation des idées dans toutes les parties du monde », a-t-elle ajouté.

Les participants ont souligné la nécessité d’offrir aux journalistes et aux artistes l’occasion de travailler et de plaider ensemble à mesure que les menaces pesant sur leur liberté d’expression continuent d’augmenter dans le climat de sécurité international actuel. Entre 2014 et 2016, 314 journalistes ont été tués et il y a eu 860 attaques enregistrées contre des artistes, selon les deux rapports de suivi.

« Les artistes, comme les journalistes, sont souvent confrontés au même type de lois – antiterrorisme, insultes, blasphèmes – qui sont utilisées pour restreindre les principes de la liberté d’expression. De nouvelles approches s’avèrent nécessaires pour répondre aux besoins de tous les professionnels des arts et des médias », a souligné Sara Whyatt (Royaume-Uni), ancienne directrice adjointe de PEN International.

Julia Reid (Afrique du Sud) et Ramon Tuazon (Philippines), présidente de l'Institut asiatique de journalisme et de communication (AIJC), ont également participé à la discussion sur la liberté d'expression.

« Jamais auparavant la société mondiale n'a connu de telles attaques contre la liberté des médias, l'indépendance, la sécurité », a souligné Ramon Tuazon.

En marge de ces événements, l’UNESCO a organisé un atelier de deux jours avec des acteurs clés de la politique artistique et culturelle, des droits de l’homme et du département de la justice sur l’état de la liberté artistique au Ghana.

L'UNESCO et Cartooning for Peace ont également uni leurs forces pour une deuxième année afin de souligner le rôle vital de la liberté d'expression, avec la publication de la série Cartoons for Freedom of Expression. Cartooning for Peace est une organisation internationale fondée par Kofi Annan, lauréat du Prix Nobel de la paix en 2001 et ancien Secrétaire général des Nations Unies, et le dessinateur éditorial Plantu