La diversité autochtone bel et bien représentée sur les ondes mexicaines

Le Mexique est le pays qui a une des plus grandes diversités culturelles au monde, plus de 12 millions de personnes parlent 68 langues autochtones. Cependant, et malgré cette richesse culturelle, de nombreuses langues autochtones sont menacées de disparition. Les médias, et en particulier la radio, constituent un outil puissant pour promouvoir les identités et les langues locales. Dans ce contexte, les industries culturelles et créatives (ICC) sont un moteur du développement durable et jouent un rôle clé dans la promotion des identités culturelles autochtones, des langues et même de la liberté d'expression.

Au sein des médias mexicains, un groupe de personnes comprenant un autochtone, spécialiste de la communication, un opérateur radio et un journaliste sont vivement intéressées à contribuer à l'industrie radiophonique à leur manière, avec l’aspiration de rendre le monde meilleur. Ils se distinguent par leur volonté de toucher les individus qui se sentent souvent exclus des grands médias, comme c'est le cas des communautés autochtones telles que les Totonacas à Teocelo, Veracruz. C'est ainsi que José Elfego, membre de "Radio Comunitaria Teocelo", le perçoit :

Je crois que ma radio permet aux gens d’exercer leur droit à l'information, le droit de reconnaître et de poser des questions, le droit de communiquer, toujours avec une liberté d'expression absolue qui est synonyme de démocratie et de développement.

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Heureusement, la station de radio où travaille José n'est pas la seule à avoir pour objectif de faire connaître les communautés autochtones. Radio Huaya, située à Huayacocotla, dans l'État de Veracruz, a pour ambition d’être un espace de vie quotidien où les communautés autochtones peuvent être soutenues dans leur quête d'une vie plus digne, en renforçant leur réflexion et leurs actions collectives. La motivation que ressent l'un de ses membres en se levant tôt pour aller travailler est le reflet de la mission de la station de radio. 

En effet, Sergio Cobo est passionné par le partage et le soutien des communautés, tant  dans la production de contenus en rapport avec l'histoire, la musique et les traditions des communautés que dans la lutte pour la défense de leur territoire et de leur culture. Pour être précis, plus de 600 000 personnes ont écouté Radio Huaya et ses messages, à travers 65 villes où les préoccupations des peuples Nahua, Tepehua et Otomí ont joué un rôle central non seulement dans la sensibilisation mais aussi dans la mobilisation et le militantisme.

Rubén Martínez Pérez, présentateur des actualités à Radio Comunitaria Mixe, est également une personne passionnée par son travail. Il partage sa passion pour œuvrer en faveur de la créativité autochtone en affirmant :

Participer à une station de radio conçue par et pour les communautés autochtones, c'est donner une voix à ceux qui, pendant de nombreuses années, n'ont pas eu la possibilité d'écouter et d'être entendus. 

Pour que ces stations de radio puissent continuer à mener leur travail respectif et à apporter une valeur ajoutée à leurs communautés, il est essentiel de bénéficier d'un soutien approprié. C'est pourquoi l'UNESCO a lancé le projet "Elaboration de politiques de soutien aux médias autochtones et communautaires au Mexique et intégration de contenus autochtones dans les médias publics et privés", grâce au financement généreux de l'UE. Cette initiative constitue un exemple éloquent de coopération intersectorielle au sein de l'UNESCO, comme l'a souligné Karla Prudencio, l'une des membres de l'équipe du projet :

La pluralité et la diversité ne sont pas seulement nécessaires, elles sont désormais des impératifs, afin de pouvoir présenter des témoignages et des visions différents dans le contexte de la crise sanitaire et d'apporter ainsi les réponses adéquates, en évitant les approches exogènes, imposées et centralisatrices".

L'une des plus grandes réussites du projet a été la création d'alliances entre les différents acteurs de l'équipe nationale, composée d'avocats, de professeurs chercheurs, d'experts en droit à l'information et aux médias, de scientifiques de la communication et autres. Ces alliances ont donné lieu à un débat d'idées et à la création d'accords pour contribuer à l'amélioration des droits culturels. En outre, l'un des principaux résultats du projet a été l'élaboration d'une procédure publique simplifiée pour l'octroi de licences aux radios autochtones et communautaires.

Par ailleurs, de nouvelles réglementations ont été définies et mises en œuvre pour intégrer les contributions des autochtones dans les médias privés et publics. Ces politiques ont eu pour effet une large diffusion de la créativité artistique, et ont amplifié les messages en donnant la parole à ceux qui n'avaient jamais eu l'occasion de partager leur expérience. La diversité des expressions culturelles a ainsi été favorisée dans tout le pays. Le projet a eu par conséquent un impact positif sur la vie de ses bénéficiaires. Dans le cas de Rubén, il pense que son entourage bénéficie également des retombées du projet :

Le projet nous a fourni des outils pour nos processus de travail et nous a fait prendre conscience encore plus de l'importance de la fonction sociale de la radio, légitimant notre pratique communicative, organisationnelle et communautaire, sachant qu'aujourd'hui nous pouvons compter sur un soutien institutionnel.

Rubén a l'intention de systématiser ces réalisations car il rêve de produire un guide sur la façon de concevoir et de faire fonctionner un média communautaire où la collectivité est impliquée en tant que force motrice du projet de communication.  Quant à Sergio, le projet lui a permis d'élargir ses horizons. Il pense avoir approfondi ses connaissances sur la radio interculturelle en échangeant et en apprenant des autres professionnels du secteur, convaincu que cette opportunité est à la fois pertinente, nécessaire et stratégique.

En outre, un comité composé de représentants autochtones, de dirigeants communautaires et de médias publics a lancé une Déclaration de principes pour la diversité culturelle et linguistique dans les médias. Ce document important a donné lieu à des actions de collaboration entre différentes chaînes de radiodiffusion et a permis pour la première fois aux communautés autochtones, auparavant exclues, d'exprimer leur créativité. De même, des espaces et des tables rondes de dialogue ont été créés entre les organes gouvernementaux, les organisations et les communautés autochtones pour explorer les aspects liés à la connectivité, aux infrastructures et à la sauvegarde des contenus, entre autres.

Selon José:

Rendre visibles les compétences acquises dans le cadre du projet peut aider d'autres groupes à progresser malgré les nombreuses difficultés et carences.

Les fruits du travail acharné des personnes impliquées dans ce projet sont appelés à perdurer. Et c'est bien là une raison de se réjouir. Les communautés autochtones peuvent désormais compter leur radio comme alliée et comme lieu d'expression de leur culture et de leur dynamisme créatif. Grâce à la Déclaration et aux autres réalisations obtenues dans le cadre de l'aide de l'UNESCO, les communautés autochtones peuvent discuter ouvertement des questions qui les concernent et atteindre le grand public pour mieux faire part de leurs préoccupations et de leur situation. Aussi vivantes que la diversité des expressions culturelles des communautés autochtones du Mexique, les nouvelles chaînes de radio continueront à diffuser leur puissant message dans tout le pays. De cette façon, cette richesse de variété artistique demeurera tant qu'il y aura des gens comme José, Sergio et Rubén qui sont prêts à faire entendre leurs voix qui étaient jusqu'alors éteintes.

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Les actions de l'UNESCO visant à mettre en œuvre la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles contribuent à encourager l'économie créative dans le monde entier.

Il s'agit d'une série d'articles en ligne mettant en avant les voix des bénéficiaires des projets de l'UNESCO.

Depuis 2010, les projets à fort impact du Fonds International pour la Diversité Culturelle (FIDC) renforcent l'autonomie des artistes et transforment le destin des personnes liées aux industries créatives et culturelles dans le monde entier.

______________________________________________________________________________________________  Le Fonds International pour la Diversité Culturelle (FIDC) de l'UNESCO est un mécanisme de financement établi par la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, et vise à soutenir l'émergence d'industries culturelles et créatives dynamiques dans les pays en développement. Pour plus d'informations sur le FIDC et les projets qu'il soutient, veuillez consulter le site : https://fr.unesco.org/creativity/ifcd

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