Le futur de la culture : les défis de l’ère du numérique et une société civile plus forte

La sixième Conférence des Parties à la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été marquée par l’adoption de nouvelles directives opérationnelles sur la mise en œuvre de la Convention dans l’environnement numérique. La Conférence a également accueilli près de 30 organisations qui se sont réunies dans le cadre du tout premier Forum de la société civile afin d’enrichir le dialogue sur le futur des politiques culturelles.

La sixième Conférence des Parties à la Convention de 2005 s’est tenue au Siège de l’UNESCO du 12 au 15 juin 2017, sous la présidence de S. E. Asaduzzaman Noor, ministre des Affaires culturelles du Bangladesh.

Le 15 juin, les 145 Parties ont approuvé les nouvelles directives opérationnelles sur la mise en œuvre de la Convention dans l’environnement numérique, fruit de cinq années de recherche et de débat avec des experts, des gouvernements et la société civile.

Les directives opérationnelles abordent les interventions de politiques destinées à répondre aux nouveaux défis dans l'environnement numérique, tels que le soutien à de nouvelles formes de créativité, la fourniture d’opportunités pour la distribution des œuvres artistiques, et l'accès à diverses expressions culturelles. Elles appellent également, dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies, à intégrer la culture dans les plans et stratégies numériques, ainsi qu’à assurer un suivi plus vaste des évolutions dans l’environnement numérique avec la société civile (lire les nouvelles ici).

La Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, s’est félicitée de cette adoption : « Ces directives sont un moyen d'assurer que l'environnement numérique tienne ses promesses en tant que moteur d'une société inclusive et créative ».

Soutenir la société civile

Ces directives opérationnelles ont été adoptées après que certains groupes issus de la société civile aient identifié la juste rémunération des artistes dans l’environnement numérique comme l’une des problématiques les plus pressantes. Cet enjeu a constitué le thème central d’un évènement parallèle organisé conjointement le 12 juin par l’UNESCO et la Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs et Compositeurs (CISAC), qui représente 4 millions d’artistes dans le monde. Lors de cet évènement, plusieurs artistes ont appelé à plus d’encadrement au niveau international. L’Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO Deeyah Khan et le compositeur français Jean-Michel Jarre, également Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO ainsi que Président de la CISAC, ont décrit l’urgence d’élaborer un nouveau modèle commercial pour assurer la juste rémunération des artistes.

Plus tôt dans la journée, lors de l’ouverture du premier Forum de la société civile formellement lié à la Convention, Giacomo Mazzone, responsable des relations institutionnelles et avec les membres de l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER) a décrit l’évènement comme « historique », en disant qu’il s’agissait du « début du processus pour une meilleure structuration de la contribution de la société civile ». Cette journée était la première opportunité pour les organisations provenant des secteurs de la culture et des médias, entre autres, de discuter de la meilleure façon de coordonner leurs actions.

Dans l’esprit d’offrir une diversité de contenus culturels, l’UNESCO a également accueilli la première projection européenne de « Reseba : The Dark Wind », lauréat du prix pour la diversité culturelle de l’UNESCO en 2016 lors des 11e Asia Pacific Screen Awards (APSA) (en anglais seulement). Le président du APSA, Michael Hawkins, a déclaré : « c’est une expérience incroyablement forte et inoubliable que de voir des cinéastes aussi talentueux être honorés au sein d’un forum aussi renommé que l’UNESCO. Beaucoup de cinéastes, y compris Hussein Hassan [le réalisateur de Reseba], font face à de nombreux défis pour réaliser leurs films provenant de certaines parties de notre monde qui comptent actuellement parmi les plus troublées ». 

Un dynamisme accru

La principale tâche des délégués à la Conférence des Parties était de discuter des progrès réalisés ces deux dernières années et de déterminer les activités futures à accomplir.

De nombreux pays, dont certains ayant récemment bénéficié d’une assistance technique sur le suivi participatif des politiques dans le cadre du projet financé par la Suède « Renforcer les libertés fondamentales à travers la promotion de la diversité des expressions culturelles », ont partagé leurs expériences concernant l’élaboration de plateformes de politiques entre les gouvernements et la société civile qui ont mené à la soumission de leur premier rapport périodique quadriennal. Des représentants de la Colombie et de l’Ethiopie ont partagé leurs expériences pendant un panel spécial, dans le cadre duquel des membres de la Banque d’expertise ont également donné leur perspective sur le processus et sur l’utilité des rapports périodiques pour nourrir le Rapport mondial sur la mise en œuvre et l’impact de la Convention de 2005.

Lors d’un autre panel spécial s’étant tenu le 14 juin, des bénéficiaires du Fonds international pour la diversité culturelle ont également souligné les résultats positifs de leur projet respectif afin de renforcer les industries culturelles nationales dans les pays en développement. Des porteurs de projets d’Haïti, du Maroc et du Burkina Faso ont pu discuter des bénéfices à long terme permis par la cartographie de leur secteur culturel et la décentralisation de l’élaboration de politiques.

Jusqu’à la prochaine étape

Dans l’ensemble, les Parties ont applaudi les progrès accomplis pour le renforcement du travail du Secrétariat, à savoir : la mise en œuvre de la stratégie globale de développement des capacités de la Convention de 2005 ; la poursuite des activités de suivi des politiques pour évaluer l’impact de la Convention grâce à la collecte et l’analyse de données, d’informations et de bonnes pratiques, en particulier grâce au soutien apporté dans l’élaboration des rapports périodiques quadriennaux ; la mobilisation de fonds pour le Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC), qui a financé 90 projets provenant de 51 pays en développement depuis 2010.

Les Parties ont également demandé le renforcement du travail lié à la Recommandation de 1980 relative à la condition de l’artiste, ainsi que la poursuite des synergies avec le Secteur de la communication et de l'information concernant la liberté d’expression et la Division pour l’égalité des genres.

Enfin, le Comité intergouvernemental s’est vu confier la révision des directives opérationnelles relatives au partage de l'information et à la transparence qui concerne les rapports périodiques quadriennaux, ainsi que d’explorer des pistes d’action pour renforcer le rôle de la culture dans le Programme de développement durable à l'horizon 2030 des Nations Unies et de poursuivre son travail sur le traitement préférentiel.