Une future stratégie audacieuse pour l'industrie de la musique du Zimbabwe

L'industrie de la musique face au COVID-19

En temps de crise, nous avons besoin de culture plus que jamais. Des concerts spontanés ont lieu depuis des balcons, et la consommation de contenus culturels – y compris de musique, de films, de littérature et de performances via la télévision, les smartphones et la radio – a augmenté de façon spectaculaire. Face à cette crise sanitaire, la culture est le principal mécanisme d'adaptation de nombreuses personnes à travers le monde. La pandémie a montré que la créativité nous aide à devenir résilients.

Le secteur même qui apporte confort et force à ce monde en crise est cependant l'un des plus précaires. Aujourd'hui, l'industrie musicale a désespérément besoin d'un soutien institutionnel et financier pour sa survie. Avec la propagation du COVID-19 et l'annulation des rassemblements publics, les musiciens du Zimbabwe, qui comptent particulièrement sur les représentations publiques pour gagner leur vie, ont été particulièrement touchés. La crise actuelle met ainsi en évidence la nécessité de sécuriser l'accès à Internet et les outils numériques pour les musiciens zimbabwéens. « C'est le moment opportun pour essayer de structurer des partenariats entre les fournisseurs de services Internet mobiles et les industries culturelles et créatives (ICC). Les artistes et autres acteurs des ICC ont besoin de soutien pour pouvoir se connecter et continuer à produire et diffuser leurs œuvres. Il devient d’autant plus crucial de s'assurer que les artistes possèdent des compétences numériques, y compris des compétences de monétisation numérique », conseille Mme Yarri Kamara, une consultante en politique publique basée au Burkina Faso. « La crise permet d’évaluer le besoin en stratégies bien construites, pratiques et accessibles, et de réimaginer l'importance socio-économique des arts », ajoute M. Farai Mpfunya, expert zimbabwéen des ICC.

Bien que l’impact sans précédent du COVID-19 sur la vie culturelle et les moyens de subsistance des professionnels de la culture est évident, la pandémie a également révélé et amplifié la volatilité préexistante des industries créatives. Le manque de sécurité socio-économique des praticiens de la culture, bien qu'exaspéré par la pandémie, n'est pas nouveau. Afin de développer une industrie musicale véritablement durable et résistante à la crise, le Zimbabwe doit développer un mécanisme holistique qui non seulement défend les talents, mais protège également les musiciens de la précarité constante.

Le Zimbabwe parie sur ses ICC pour soutenir le développement de l’économie du pays. Le lancement par le président en novembre 2019 d'une politique culturelle nationale révisée témoigne de l'engagement politique envers les ICC. Les ICC étant largement informelles au Zimbabwe, la professionnalisation du secteur créatif est essentielle. En 2012, on estime que les ICC contribuaient déjà à hauteur de 6,96% au PIB du pays. Étant donné que de nombreux Zimbabwéens dépendent des ICC comme source de revenus, il est grand temps que des lois régissant le secteur soient adoptées afin de relever les défis d'aujourd'hui. Le gouvernement zimbabwéen est déterminé à lancer une stratégie nationale des industries culturelles et créatives et à travailler à sa mise en œuvre notamment à travers le développement d’un processus pilote visant à concevoir une stratégie pour l'industrie musicale reproductible dans d'autres sous-secteurs avec le soutien du projet UE/UNESCO.

Une stratégie pour répondre aux défis des acteurs de l'industrie musicale

Début mars 2020, le Conseil national des arts du Zimbabwe (NACZ) et l'UNESCO ont lancé la mise en œuvre d'un projet financé par l'Union européenne visant à soutenir le Zimbabwe dans l'élaboration d'une stratégie nationale pour renforcer son industrie musicale. Ce projet pilote servira à l'avenir de modèle pour le développement d'autres secteurs, notamment celui du cinéma et des arts visuels. L’initiative UE/UNESCO est soutenue par deux experts qui se sont associés pour conseiller et guider l’équipe nationale du Zimbabwe : Mme Yarri Kamara et M. Farai Mpfunya. Les experts apporteront leur soutien au NACZ en analysant le secteur de la musique et en recherchant des modèles innovants dans d'autres pays. Ils faciliteront également les échanges internationaux de bonnes pratiques grâce à la mise en place de mécanismes d'apprentissage entre pairs.

À l'occasion de la première mission de Mme Kamara au Zimbabwe en mars 2020, des réunions de consultation ont eu lieu à Harare et Bulawayo. Les réunions ont permis aux parties prenantes concernées, y compris des musiciens, d'exprimer leurs préoccupations, leurs besoins et les défis auxquels ils font face. « Ils connaissent leur secteur et l’évolution qu’ils veulent lui donner », a déclaré M. Mpfunya. « Les consultations avec des musiciens et d’autres acteurs de l'industrie musicale nous ont permis d’apprécier leur enthousiasme et passion. Cela a constitué le moment le plus mémorable et gratifiant de cette première mission. Tout le monde espère que la stratégie qui sera formulée ne sera pas seulement un morceau de papier, mais qu’elle débouchera sur des actions palpables sur le terrain », a ajouté Mme Kamara.

Renforcer l'industrie de la musique sur toute la chaîne de valeur

La musique est la forme d'art la plus populaire et la plus accessible du pays et constitue un moyen d’expression clé de l'identité culturelle unique du Zimbabwe. Par conséquent, l'accent mis par le projet sur l'industrie de la musique peut permettre de recueillir un large soutien, en particulier de la part des jeunes. Les développements dans le domaine numérique permettent d'exploiter plus facilement les opportunités offertes par l'industrie de la musique. Ces opportunités sont renforcées par des outils numériques moins chers et plus performants. La « Politique de 75% de contenu local » du Zimbabwe a également renforcé l’accès à la radiodiffusion.

Cependant, plusieurs défis entravent le développement de l'industrie musicale, limitant ainsi la contribution de la musique à l'économie et aux moyens de subsistance des Zimbabwéens. La déstructuration de la chaîne de valeur musicale et le piratage font partie de ces obstacles. « Il y a énormément de talents et d'énergie, mais ils manquent de soutien », indique Mme Kamara. « Les maisons de disques zimbabwéennes ont disparu ces dernières années à cause du piratage. Les fonctions essentielles qu'elles avaient auparavant dans la chaîne de valeur, notamment celles visant à cultiver, promouvoir et diffuser les talents musicaux, sont désormais négligées ou assumées par les artistes eux-mêmes. Ce n'est pas idéal du point de vue du secteur si nous voulons des produits musicaux de qualité », a-t-elle ajouté. « La conception d'un environnement réglementaire plus propice contribuera à créer une dynamique de changement. Un document de stratégie pleinement approuvé par le gouvernement ouvrira d'immenses possibilités », a conclu M. Mpfunya.

Ce projet UE/UNESCO soutient actuellement douze pays bénéficiaires sélectionnés à travers le monde, y compris le Zimbabwe, dans la conception de nouveaux cadres réglementaires visant à renforcer leurs ICC nationales. Le projet met à disposition des pays une expertise et un soutien aux opportunités d'apprentissage entre pairs avec des fonctionnaires de pays partenaires, contribuant ainsi à la création de réseaux internationaux Sud-Sud pour la créativité.