Le Gabon mène un tournant vers l’économie créative

La scène culturelle gabonaise regorge de talents créatifs qui s'efforcent de réaliser leurs rêves tout en promouvant leur culture. Les professionnels créatifs du Gabon sont désireux de contribuer à la croissance économique du pays et de faire reconnaître internationalement le Gabon et son potentiel créatif. C’est en reconnaissance de leur contribution unique à l’avenir du pays que le Ministère de la Culture et des Arts du Gabon a décidé de renforcer le soutien gouvernemental aux industries culturelles et créatives (ICC). Le Ministère a pour objectif de concevoir son premier cadre juridique visant à exploiter les opportunités sociales et économiques offertes par les ICC. Cet engagement place le Gabon au premier plan du tournant de l’Afrique centrale vers une économie créative formelle, telle que promue par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Reconnaître et promouvoir les talents nationaux

Le 3 mars 2020, le Ministère de la Culture et des Arts du Gabon et l'UNESCO ont lancé un projet financé par l'Union européenne (UE) visant à renforcer les ICC du pays. M. Michel Menga M’Essone, ministre de la Culture, a souligné la nécessité de magnifier la culture gabonaise à travers les talents et contenus locaux. Il a partagé son enthousiasme pour la composante d'apprentissage entre pairs du projet qui facilitera les échanges de meilleures pratiques en termes de gouvernance culturelle avec d’autres gouvernements. M. Vincenzo Fazzino, représentant de l’UNESCO à Libreville, a appelé à la nécessité de sortir des sentiers battus afin de diversifier l’économie du pays. Mme Rosário Bento Pais, ambassadeur de l'UE au Gabon, a rappelé le rôle central de la culture dans la politique étrangère de l'UE pour ses avantages sociétaux dans la lutte contre l'extrémisme ainsi que pour ses potentiels économiques.

Ce projet est coordonné par Mme Colette Moudhouma, Secrétaire générale du Ministère de la Culture et des Arts du Gabon, et soutenu par deux experts : Mme Tojo Yharimanana Rakotomalala, socio-économiste malgache, et M. Jean-Pierre Moudjalou, expert national. Les décideurs politiques, avec la contribution des experts, élaboreront une stratégie qui ouvrira la voie à une loi visant à renforcer les ICC du pays. L'accent sera mis sur l'environnement numérique, la création d'emplois, l'entrepreneuriat, la croissance des micro, petites et moyennes entreprises et l'autonomisation des femmes et des filles dans les ICC.

« Il est temps d'aborder ces questions de manière stratégique et bénéfique pour le pays, et de veiller à la protection des œuvres et des créateurs », a souligné Mme Rakotomalala lors du lancement du projet à Libreville.

Promouvoir le dialogue au-delà du secteur culturel

Une équipe nationale a été formée pour assister le Ministère de la Culture et des Arts pendant le projet. Elle agira comme organe de consultation visant à rassembler et partager les perspectives et les besoins d'un large éventail de parties prenantes, allant des acteurs culturels à divers ministères. Lors d'une réunion de l'équipe nationale, les participants ont exprimé leurs espoirs et leurs attentes importantes tout en notant qu'une stratégie de mise en œuvre devra être élaborée afin d’accompagner le nouveau cadre juridique. En d'autres termes, le projet devra aller au-delà de la simple adoption d'un nouveau texte – il devra déboucher sur des actions concrètes sur le terrain.

« Les ICC peuvent être porteurs d’emplois et permettre aux femmes d’être indépendantes et autonomes. Beaucoup de personnes ont des rêves », a déclaré Vanessa Idiata, styliste-modéliste et trésorière au sein de l’incubateur culturel Iboga Think Thank, créé à la suite d'une formation organisée par l'UE et l'Institut français. « Pourtant, parfois, par faute de moyens, on voit ces rêves s’éteindre. Par notre travail créatif, nous mettons en valeur notre pays : il faut donc un accompagnement public pour soutenir les acteurs culturels. »

Les consultations ont mis en évidence un certain nombre de difficultés urgentes que le projet doit adresser. « Il y a encore peu de prise de conscience de l’importance des secteurs créatifs. Beaucoup de personnes considèrent la culture comme un coût au lieu de reconnaître les opportunités économiques qu'elle offre », a déclaré un participant. « La sensibilisation à l’importance de la culture peut être renforcée par l'éducation culturelle et artistique, dès le plus jeune âge ».

Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de soutenir la formation en art, notamment en renforçant le soutien à l'Ecole Nationale d'Arts et Manufacture (ENAM), la seule école de ce type dans la sous-région, confrontée actuellement à un manque de moyens et d'accompagnement. Les participants ont également souligné l'importance d'impliquer et de soutenir les acteurs créatifs en dehors de la capitale afin de garantir que la nation dans son ensemble puisse profiter des résultats de ce projet.

Travailler dans la durabilité

« Nous travaillons aujourd’hui pour que le métier noble qu’est le vôtre ne meurt pas. Nous devons penser aux générations futures », a indiqué Mme Moudhouma aux acteurs culturels. « Notre souhait est de donner naissance à une action forte en faveur des ICC, qui sera poursuivie par les acteurs qui nous succéderont. Nous allons nous battre pour créer les cadres juridiques nécessaires et mobiliser des ressources pour mener à bien ce projet, notamment par le biais de partenariats public-privé. »

Le projet UE/UNESCO, qui s'achèvera en juin 2021, ouvre la voie à une reconnaissance publique accrue de l'importance et des opportunités offertes par les ICC. Ses objectifs seront atteints grâce à la mise à disposition d'expertise et un soutien à l’apprentissage entre pairs, à travers lequel les fonctionnaires de différents pays travailleront ensemble pour créer des réseaux internationaux Sud-Sud pour la créativité.