L’intelligence artificielle, la liberté artistique et l’égalité des genres au cœur des débats Créer | 2030 de l’UNESCO

Créer | 2030, une nouvelle série de débats sur la manière dont les investissements dans la créativité peuvent avoir un impact direct sur la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies, s'est tenue au Siège de l'UNESCO du 11 au 14 décembre dans le cadre de la douzième session du Comité intergouvernemental pour la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005).

Abordant les principaux défis de notre époque, tels que la place des femmes dans les arts numériques, l’intelligence artificielle, la liberté artistique et le rôle de la société civile en tant qu’acteurs de changement, ces débats ont réuni représentants des gouvernements, artistes, professionnels de la culture et décideurs du monde entier, afin d’identifier les politiques à venir et les actions à réaliser dans le domaine des industries culturelles et créatives.

« La Convention de 2005 définit un agenda mondial pour l’innovation et la créativité. Celui-ci établit des principes et des droits pour orienter les politiques de développement durable. Ensemble, nous pouvons relever les défis auxquels les créateurs sont aujourd’hui confrontés et créer des secteurs créatifs puissants, indépendants et dynamiques dans le monde entier » a déclaré Ernesto Ottone R., Sous-Directeur général pour la culture à l’UNESCO.

Le débat sur l’intelligence artificielle et son incidence sur l’avenir du secteur de la création a soulevé des questions en matière de droit d’auteur, d’emplois créatifs et de rémunération des artistes. L’environnement encore mal connu et en évolution de la créativité automatisée – c’est-à-dire des machines et algorithmes produisant des peintures, de la musique et des récits – et l’entrée de tels produits sur le marché ont amené les participants à souligner la nécessité de nouveaux cadres réglementaires.

« Nous devons nous approprier notre création. Nous devons décider ce que nous voulons lire, écouter et regarder. Je crois que l’UNESCO a un rôle important à jouer pour que la diversité des contenus, l’éthique et la liberté d’expressions restent au cœur de l’intelligence artificielle » a déclaré Jean-Michel Jarre, Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO.

Le respect des droits de l’homme et les libertés fondamentales d’expression dans le secteur de la création ont également été abordés dans le débat. Les menaces pesant sur les artistes, la censure, y compris l’autocensure, et les conséquences négatives qui en résultent sur la création, l’expression et les moyens d’existence des artistes ont été mis en lumière à l’aide d’exemples spécifiques.

Les participants ont appelé à des mesures spécifiques visant à renforcer les conditions économiques et sociales ainsi que la mobilité des artistes, en particulier des femmes, et à garantir leur liberté artistique. « Être une artiste femme ajoute une strate supplémentaire de restriction et de censure par rapport aux hommes. Nous devons veiller à ce que les espaces de dialogue soient maintenus et accrus par l’expression artistique », a souligné Deeyah Khan, Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO pour la liberté artistique et la créativité.

L’émancipation des femmes dans les arts numériques était une autre priorité des débats Créer | 2030. Quatre jeunes femmes originaires du Mexique, de Palestine, du Sénégal et du Tadjikistan, dont les projets ont été sélectionnés pour bénéficier d'un financement dans le cadre de l'initiative UNESCO-Sabrina Ho, ont transmis un message fort : offrir aux jeunes femmes des opportunités entrepreneuriales et de développement des compétences dans les industries numériques créatives.

Le Comité a adopté une feuille de route novatrice pour définir la mise en œuvre des politiques et des mesures en faveur des industries créatives dans l'environnement numérique, et un nouveau programme de partenariat entre l’UNESCO et l’Union européenne, visant à soutenir les environnements réglementaires des industries culturelles et créatives dans les pays en développement ayant ratifié la Convention, a été lancé.

Le Comité a également approuvé huit projets du Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC). Spécifique à la Convention de 2005, ce fonds a été créé pour soutenir l’émergence de secteurs créatifs dynamiques et a fourni un financement de plus de 7 millions de dollars américains à 105 projets dans 57 pays en développement.

Tous les débats ont reflété la nécessité pour les décideurs en matière de politique culturelle de soutenir les investissements dans de nouveaux domaines créatifs contemporains. Cette priorité, au même titre que la participation de la société civile à l’élaboration de telles politiques, est au cœur de la Convention de 2005.

Cette Convention, ratifiée à ce jour par 146 Parties et l'Union européenne, fournit un cadre pour l'adoption de politiques et de mesures favorisant l'émergence d'industries culturelles et créatives dynamiques.