Made-in-Kinshasa: première enquête sur la créativité illimitée de la ville

Kinshasa, ville créative de l’UNESCO pour la musique, a été le témoin de la croissance rapide des cultures urbaines (terme couvrant les pratiques culturelles, artistiques et sportives issues de l'espace urbain). Cependant, aucune étude approfondie sur ces cultures n’a été jusque-là entreprise. Cette absence de données rend donc difficile l’élaboration d’une politique adéquate aux besoins réels du secteur et au paysage culturel actuel. C’est l’une des raisons d’être de ce projet « Renforcer les cultures urbaines de Kinshasa » financé par le Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC)

Mis en place par Racine Alternative, une organisation pour la promotion de la culture congolaise à travers différents programmes centrés notamment sur le Hip Hop, « En RDC, nous n’avons pas encore établi un système de politique culturelle et à dire vrai, nous ne connaissons pas le nombre exact des artistes congolais. Nous n’avons pas de chiffres précis sur les types de disciplines et les secteurs culturels en activités. De fait, aucune collaboration n’a été initiée afin de fédérer les acteurs locaux. Les politiques ne comprennent pas les enjeux de la culture et encore moins le paysage culturel actuel. C’est pourquoi nous avons décidé d’agir avec ce projet » explique Alex Dende, alias Lexxus, figure emblématique du Hip Hop en RDC et directeur du projet.  

cfestivalairdici_1.jpg

Ainsi afin d’y remédier, une enquête détaillée a été mené auprès des artistes et des professionnels de la culture et a permis de recueillir plus de 5 600 réponses. Grâce à ces questionnaires, le profil de ces cultures urbaines pour la ville de Kinshasa a pu être dressé et un catalogue a été créée incluant le rap, la dance urbaine, le deejaying, le slam mais aussi les sports de glisse, le beat making et le graffiti, etc. 

Mais cette enquête a surtout permis d’avoir une base de données viable sur les activités liées aux cultures urbaines de Kinshasa. A titre d’exemple, le rap reste la discipline la plus populaire avec plus de 34,5% d’adhérents. De même, les cultures urbaines touchent un public de 10 à 25 ans qui représente 48% selon les statistiques recueillies. Ces chiffres démontrent le poids de cette culture et est une base pour un plaidoyer pour la politique culturelle congolaise. 

Cet état des lieux va permettre de mieux organiser la société civile sur place afin qu’ils puissent mieux structurer leurs besoins et établir un dialogue avec les autorités compétentes pour l’élaboration d’une politique culturelle adéquate.

Construire un avenir pour le secteur culturel congolais 

Afin de présenter le panorama de ces cultures urbaines à Kinshasa, une plateforme Scult Kin est actuellement en cours de construction. « Cette plateforme sera un outil pour connecter tous les acteurs des cultures urbaines. Nous avons recensé tellement d’artistes, d’associations malheureusement peu d’entre elles se connaissent. Il est important que nous unissons donc nos forces afin d’exprimer nos attentes face aux pouvoir publics. » explique Lexxus. 

Dans ce même contexte, une formation professionnelle de 4 jours a été menée en collaboration avec l’Institut français de Kinshasa, sur des thématiques telles que la Communication culturelle, le Leadership et la Gestion de projets culturels. Ces ateliers ont permis de renforcer les professionnels de la culture et contribuer à leur professionnalisation et au développement de leurs carrières. 

cfestivalairdici.jpg

Mais l’un des objectifs principaux de ce projet reste l’élaboration d’une feuille de route pour la Maison des cultures urbaines de Kinshasa qui sera une première pour la RDC mais aussi pour l’Afrique centrale. A l’image de sa consœur à Dakar, la Maison des cultures urbaines de Kinshasa sera certes un lieu de création et de diffusion mais elle sera avant tout un lieu de connexion entre les artistes et les autorités. 

Pour Lexxus, l’élaboration de cette feuille de route c’est comme dessiner le futur du paysage culturel de Kinshasa. « J’espère qu’un jour cette Maison des cultures urbaines verra le jour. Nos jeunes ont besoin d’avoir accès à la culture, et la voix des artistes doit pouvoir être entendue par les politiques. De notre côté, nous nous efforçons à construire un secteur culturel congolais plus structuré. » 
 

Objectif(s) de la Convention 2005 de l'UNESCO