Magnifier les voix créatives algériennes

« C’est une opportunité privilégiée pour faire un état des lieux des acquis culturels et de partager un regard vers l’avenir ». Christine Merkel, membre de la Banque d’experts de l’UNESCO pour la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005), a ouvert l’atelier organisé du 13 au 15 novembre à Alger, Algérie.

L’objectif de cette formation était de préparer l’équipe nationale récemment créée à la soumission du premier rapport périodique quadriennal (RPQ) de l’Algérie, un formulaire visant à capturer l’état actuel, les résultats et les défis émergents de la gouvernance culturelle. « Nous avons la chance d’avoir des représentants de différents Ministères et d’organisations de la société civile, qui partagent des perspectives et des expériences diverses sur le secteur créatif algérien en expansion », a déclaré Saadene Ayadi, Directeur de la Coopération au Ministère de la Culture.  Salim Dada, le point focal de la Convention de 2005 et expert national chargé de la rédaction du 1er RPQ de l’Algérie, a partagé le point de vue du Directeur de la coopération et des échanges « La composition de l’équipe est représentative de l’esprit de notre premier rapport. Elle a été choisie à travers le prisme de la compétence, de l’expérience et de la diversité des liens avec la culture, entre créateur, acteur, producteur, administrateur, manager, responsable, légiste, société civile, etc. ».

De nouvelles initiatives stimulent les industries culturelles et créatives

Des exemples de nouvelles initiatives et politiques culturelles dynamiques ont été échangés durant cet atelier interactif de trois jours. Salim Dada, Président du Conseil national des arts et des lettres a partagé des informations sur la carte d’identité artistique et l’identifiant fiscal professionnel, visant à faciliter l’accès à la sécurité sociale pour les artistes et permettant de cotiser à un régime de retraite. Représenté par Nacira Ayachia et son ancien directeur général Hakim Taousar, l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins a aussi été identifié comme contribuant directement à la protection des droits économiques des artistes.

Les bénéfices et les défis liés à la politique de gratuité des activités culturelles a été au cœur de nombreuses discussions. Si elle démocratise l’accès aux arts et à la culture, cette politique peut également, selon certains participants, constituer un obstacle à la rémunération équitable des artistes et à la reconnaissance de l’art comme profession plutôt que comme loisir. Au fil des années, les acteurs culturels ont mis en œuvre des initiatives pour remettre en question cette perception du travail artistique. D’après Nabila Goumeziane, Directrice de la culture à Tizi Ouzou, demander au public de payer un prix symbolique pour assister à des pièces de théâtre ou à des performances artistiques constitue une action de sensibilisation pratique et permet de reconnaître que les artistes sont des professionnels de la culture qui ont besoin de gagner leur vie.

La question de l’égalité des genres a également nourri la conversation. « Je ne dirais pas qu’il y a une parité. Je suis, par exemple, l’une des deux femmes sur trente-deux membres au Conseil de la Wilaya », a déclaré Nabila. « Mais dans l’exercice de mes fonctions, c’est la responsable qui parle. Il n’y a pas de discrimination. Ça peut ne pas être le cas dans tout le pays, mais je trouve qu’il y a une évolution très palpable. »

Les productions locales amènent la diversité nationale

La création et la promotion de productions culturelles locales sont essentielles à une mise en œuvre réussie de la Convention de l’UNESCO. En Algérie, les wilayas – les 48 provinces du pays – sont source de contenu et d’expressions diverses depuis longtemps, et l’idée que la créativité locale puisse contribuer au développement durable à l’échelle des provinces prend progressivement racine. En parallèle, la constitutionnalisation de la culture en Algérie symbolise la reconnaissance officielle de son rôle dans l’édification de l’identité nationale, la protection contre le radicalisme et la désunion ainsi que dans le développement durable.

Ziani-Cherif Ayad, le Directeur de la compagnie Gosto théâtre, a rappelé l’importance de la culture pour la réconciliation et l’identité nationale. Lorsque Ziani a pris la tête du Théâtre national, sa priorité était de visibiliser les auteurs algériens. « Quand j’ai travaillé à la Friche Belle de Mai, un centre créatif à Marseille, j’ai eu l’opportunité de travailler sur un projet dédié aux dramaturgies contemporaines arabes pour développer cette vision, ce travail, cette diversité ».

La diversité des contenus culturels dépend de la diversité des sources de financement – un consensus s’est constitué autour de cette idée parmi les participants issus du secteur public et de la société civile.

La culture appartient à tous – la voie à suivre pour un secteur créatif algérien en pleine effervescence

L’atelier a été clôturé par l’adoption d’un plan de travail en vue de la réparation du RPQ. Les participants espèrent que le rapport sera un outil pratique pour plaider en faveur de la culture algérienne et pour la mettre en valeur. « Je pense que le travail que nous avons fait pendant ces trois jours va générer beaucoup de discussions », a déclaré Nabila Rezaig, Directrice du développement et de la promotion des arts au Ministère de la Culture. « Nous avons tous les atouts et les outils nécessaires pour mettre en œuvre la Convention avec succès. »

Salim Dada a ajouté « La culture algérienne n’appartient pas qu’aux institutions – elle appartient à la société. […] Réciproquement, dans le secteur culturel, il n’y a pas que des artistes – il y a des chercheurs, des administrateurs, des techniciens… C’est une grande famille, et chaque membre mérite d’avoir la parole. […] Les politiques culturelles sont là pour aider, améliorer, prospecter, et inclure la culture dans un contexte plus important relatif à l’avenir de l’Algérie. Démontrer l’impact positif de la culture est la meilleure façon d’apporter une certaine reconnaissance aux travailleurs culturels, et le rapport de l’UNESCO est une première étape. »