Mesurer la diversité dans le paysage médiatique indonésien

Les médias sont des producteurs, des distributeurs, des diffuseurs et des médiateurs de contenus culturels. En mettant en valeur la créativité locale sous diverses formes telles que les films, les séries, la musique, la danse et les pièces de théâtre, les médias peuvent avoir un impact direct et positif sur les artistes, leurs moyens de subsistance et, à terme, sur la richesse de la vie culturelle contemporaine. Promouvoir des médias diversifiés, ouverts et autonomes est donc une priorité pour l’Indonésie, pays aux industries culturelles et créatives en expansion et Partie à la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Afin de soutenir la créativité indonésienne par le biais de pratiques médiatiques sensibles à la culture, plus de 50 professionnels des médias se sont réunis à Jakarta pour discuter des défis et des opportunités liés à la diversité des médias dans le monde numérique.

L’atelier a offert aux participants des outils pratiques pour promouvoir la diversité des médias. Les participants ont appris que « la diversité des médias » désigne non seulement la réglementation de la propriété et du contenu des médias, mais également la diversité au sein du personnel et l’égalité des genres dans les sociétés. Les sessions ont été animées par Charles Vallerand, membre de la Banque d’expertise de l’UNESCO, et guidées par les principes de la Convention de 2005, un cadre juridique international qui reconnaît la diversité des médias et le pluralisme en tant qu’éléments essentiels du développement durable.

Les médias devraient s’efforcer de proposer des programmes reflétant la richesse des diverses expressions culturelles offertes par l’Indonésie.

 

Masduki, Indonesian Islaminian University

 

Quatre experts indonésiens ont également exposé leurs points de vue sur le paysage médiatique indonésien, notamment les politiques existantes, les tendances en matière de contenu, l’autoréglementation et les mécanismes de suivi gouvernemental. Masduki, conférencier à l’Université islamique indonésienne, a mis en lumière la surreprésentation du contenu javanais à la télévision. En effet, près de 70% du contenu audiovisuel est produit à Java et les personnages représentés à la télévision sont en très grande majorité javanais (42,8%), ce qui est en partie dû au fait que la majorité des organismes de télédiffusion sont situés à Jakarta, Java. Masduki a souligné que « l'Indonésie abrite plus de 300 groupes ethniques » et que les médias devraient s’efforcer de proposer des programmes reflétant la richesse des diverses expressions culturelles offertes par l’Indonésie. Klara Esti, chercheuse principale au Centre pour la politique et la gouvernance de l’innovation, a encouragé les participants à « mesurer la diversité des médias sous l’angle de la citoyenneté, dans laquelle la diversité fait référence au niveau d’hétérogénéité du contenu ».

La formation de trois jours a également servi de plate-forme d’échange précieuse entre professionnels de l’industrie, universitaires et décideurs politiques. Des sujets tels que le déclin des médias traditionnels, les nouveaux services de médias par contournement et les rôles des médias publics et privés ont été abordés. Le défi de faire respecter les règles existantes sur la diversité des médias a déclenché une discussion particulièrement vive. Ces règles incluent la loi 5 sur l’avancement de la culture (2007) ayant pour objectif de créer un écosystème pour l’industrie culturelle ; un mécanisme de suivi mis en place par la Commission indonésienne de la radiodiffusion (KPI) opérant 24 heures sur 24 afin d’identifier le racisme, le sexisme et d’autres formes de discrimination présentes dans les contenus diffusés ; et la loi nationale sur la presse, une pierre angulaire de la protection de la liberté de la presse. L’efficacité des systèmes actuels pour la diversité des médias peut être améliorée grâce à la mise en place de moyens suffisants pour mettre en œuvre ces systèmes et évaluer leur impact.

L’atelier a été co-organisé par l’UNESCO Jakarta et la Direction générale de la culture du Ministère de l’éducation et de la culture de la République d’Indonésie. La formation a eu lieu dans le cadre du projet de l’UNESCO « Repenser les politiques culturelles pour la promotion des libertés fondamentales et la diversité des expressions culturelles », financé par l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement et dont le but est de soutenir les industries créatives émergentes dans les pays en développement par le biais de politiques culturelles innovantes.