« Nous sommes les auteurs d’un nouveau chapitre qui commence aujourd’hui » - la région des Caraïbes plaide en faveur d'un traitement préférentiel dans le domaine de la culture

« A mon sens, la question de l’accessibilité des marchés, en particulier ceux d’Europe et d’Amérique du Nord, demeure prioritaire pour les artistes caribéens. Nous sommes les auteurs d’un nouveau chapitre qui commence aujourd’hui. Faisons des propositions audacieuses pour lancer des initiatives de coopération culturelle, et ouvrons des possibilités aux artistes et aux professionnels de la culture de la région des Caraïbes », a déclaré John A. King, ministre de l’Économie créative, de la Culture et des Sports de la Barbade, dans son allocution d’ouverture lors de l’événement marquant le lancement public de l’étude de l’UNESCO intitulée « La culture dans l’accord de partenariat économique CARIFORUM-Union européenne – Rééquilibrer les échanges commerciaux entre l’Europe et les
Caraïbes ? 
».

L’événement, organisé le 5 novembre à Bridgetown, à la Barbade, a réuni lors d’une table ronde et d’un débat public près de 100 participants venus de la Barbade, de la République dominicaine, de la Jamaïque, de Sainte-Lucie et de Trinité-et-Tobago. Des acteurs clés -partenaires de développement régionaux, responsables intergouvernementaux et gouvernementaux, artistes, professionnels de la culture, spécialistes des questions commerciales-ont pris part à des débats animés.

L’Accord de partenariat économique (APE) conclu en octobre 2008 entre les États du CARIFORUM et l’Union européenne a été l’un des premiers accords commerciaux régionaux Nord-Sud visant à améliorer l’accès aux marchés et à permettre un échange commercial interrégional plus équilibré. L’Accord contient également un protocole spécifique sur la coopération culturelle, le premier du genre à être inclus dans un accord économique. Inspiré de la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, cet accord novateur engage les pays développés à accorder un traitement préférentiel aux artistes et aux professionnels de la culture, ainsi qu’aux biens et services culturels des pays en développement.

« Cet accord a suscité de grands espoirs dans la création d’une dynamique de changement vers la diversification et la modernisation industrielle dans les échanges culturels », a souligné Alessandra Cummins, directrice du Musée et de la société historique de la Barbade et présidente de la Commission nationale de la Barbade pour l’UNESCO. « Malheureusement, l’étude révèle que les opportunités découlant des dispositions de l’APE CARIFORUM-UE n’ont pas été pleinement exploitées et que son Protocole sur la coopération culturelle n’a pas encore été activé – en particulier les dispositions relatives à la mobilité des artistes et aux coproductions d’œuvres audiovisuelles », a-t-elle poursuivi.

Au cours de la session, les participants ont examiné diverses initiatives institutionnelles visant à soutenir les secteurs créatifs de la région. Le Fonds d’innovation pour les industries culturelles et créatives de la Banque de développement des Caraïbes (BDC) est l’un de ces mécanismes de financement innovants récemment créés. L’Agence caribéenne de développement des exportations (ACDE) soutient également des interventions clés dans le développement des exportations et la promotion de l’investissement.

Bien que des engagements importants ont été pris par l’UE pour accroître l’accès au marché, notamment dans les services de divertissement, il n’existe actuellement aucun financement spécifique pour la mise en œuvre des dispositions culturelles de l’APE. À ce jour, un seul accord de coproduction audiovisuelle a été signé malgré les clauses d’accès préférentiel pour les coproductions[1].

« Les pays de la région ont tous ratifié la Convention de 2005. L’UNESCO se tient prête, par le biais de nouveaux partenariats et de programmes d’échanges entre pairs, à aider la région à adapter ses politiques culturelles et ses cadres juridiques afin de soutenir la créativité des Caraïbes et d’améliorer les opportunités d’exportation. Les acteurs des industries créatives de la région doivent également se mobiliser dans leur appel à un traitement préférentiel et instaurer de nouveaux dialogues avec les ministères du commerce », a souligné Danielle Cliche, Chef de la diversité des expressions culturelles et Secrétaire de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à l’UNESCO.

Les participants ont convenu de demander aux autorités nationales compétentes et aux représentants du CARIFORUM de poursuivre les discussions lors de la prochaine réunion du comité « Commerce et Développement » de l’APE prévue à Bruxelles fin novembre.

« Les discussions qui ont eu lieu aujourd’hui vont permettre de repenser le potentiel des dispositions culturelles de l’APE CARIFORUM-UE à l’occasion de la prochaine évaluation quinquennale de l’accord. Nous avons ici une opportunité stratégique à ne pas manquer », a déclaré Percival Marie, Directeur général du CARIFORUM.

« L’APE est un outil politique qui devrait être pleinement utilisé par la région pour faire progresser les secteurs culturels et créatifs. Cela nécessite une stratégie politique forte. Le nouveau projet de quatre ans Transcultura, financé par l'UE et mis en œuvre par l’UNESCO pour un montant total de 15 millions d’euros, pourra également contribuer à approfondir l’intégration culturelle dans la région des Caraïbes, comme le prévoit le Protocole de l’APE », a déclaré l’Ambassadrice Daniela Tramacere, chef de la délégation de l’Union européenne auprès de la Barbade, des Etats de la Caraïbe orientale, de l’OECO et de CARICOM/CARIFORUM.

Le débat public a été suivi les 6 et 7 novembre d’un atelier ayant pour thème « Faire progresser le traitement préférentiel pour la culture », réunissant 30 professionnels de la culture et du commerce de la région, afin de débattre des approches novatrices en matière de politique commerciale dans le secteur de la culture, dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de 2005 de l’UNESCO.

Cette série d’événements était organisée dans le cadre du programme Aschberg de l’UNESCO pour les artistes et les professionnels de la culture, un compte multi-donateurs visant à soutenir la recherche, la formation et le conseil technique dans le domaine du traitement préférentiel et de la liberté artistique.


[1] Lorsque les équipes créatives européennes et caribéennes coproduisent du matériel et des services audiovisuels selon un ratio de parts de production de 80-20, les produits sont qualifiés d’œuvres « européennes », permettant ainsi aux producteurs audiovisuels des Caraïbes d’accéder à des sources de financement.