Palestine : Projecteurs sur ces femmes derrière les caméras lors d’une formation audiovisuelle

L’inégalité des genres dans l’industrie cinématographique est aujourd’hui au cœur des débats, notamment concernant l’écart entre les salaires. Les femmes restant aussi largement dans l’ombre de leurs homologues masculins. Au niveau mondial, un employé sur quatre dans les médias audiovisuels et interactifs, est une femme. C’est une des raisons qui ont poussé Theatre Day Productions, en Palestine, à lancer le projet Women Audio Visual Education (WAVE) dans la Bande de Gaza.

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Ce projet est un des lauréats de l’initiative UNESCO-Sabrina Ho « You Are Next : encourager les femmes créatives », qui a pour objectif de former les jeunes femmes dans l’industrie créative numérique. WAVE permet de renforcer les compétences techniques, créatives et entrepreneuriales des jeunes femmes à travers des formations professionnelles sur l’animation audiovisuelle, la narration, etc. Aya Al Matrabiee, 20 ans, et Maryam Sa’ady-Awwad, 21 ans, ont récemment complété leur formation en son et lumières dans le cadre de ce programme.

La formation menée par deux spécialistes internationaux de son et lumière, s’est focalisée sur l’acquisition de compétences techniques que les 15 participantes ont pu mettre en pratique sur le terrain. Une partie de cette formation consistait à apprendre à améliorer le son et gérer les bruits de fond lors de tournage à l’aide de téléphone portable. Au cours de ces exercices pratiques, Sa’ady-Awwady, jeune diplômée en multimedia, a réalisé que « pour pouvoir faire une interview de manière artistique, il faut être à la bonne place avec la bonne lumière. » Ayant déjà acquis les techniques d’interview, WAVE lui a donné une nouvelle vision : « Lorsque je regarde les documentaires que j’avais réalisé avant cette formation, je me rends compte que les interviews ont besoin de plus de montage. » Une expérience partagée par Al Matrabiee : « Lorsque j’observe des photographies et des films à présent, je note la lumière utilisée par l’artiste ainsi que le son. A un point que je me pose la question, si j’avais été à la place de l’artiste, qu’est-ce que j’aurais changé ? »

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Pour ces jeunes femmes en début de carrière, WAVE est arrivé à point nommé. « Depuis que je suis petite, j’ai toujours cherché les bonnes opportunités dans ma vie. Aussi lorsque j’ai entendu parler de WAVE, j’ai tout de suite senti que j’y avais ma place » explique Aya Al Matrabiee. Déterminées à se faire une place sur la scène créative palestinienne, ce choix de carrière de Aya et Maryam provoque des réactions mitigées dans leur entourage. « Mon père, décédé il y a quelques semaines, a toujours été mon plus grand soutien. C’est lui qui m’a achetée ma première caméra. Par contre, le reste de ma famille plus élargie me répète sans cesse de me concentrer sur mes études et d’oublier cette histoire de cinéma » raconte Al Matrabiee. Du côté de Maryam Sa’asy-Awwad, c’est un peu la même histoire : « Certes j’ai le soutien de ma famille proche. Mais à chaque fois, je dois expliquer qu’une femme derrière une caméra est tout aussi importante qu’une femme médecin. » Une pression qui vient aussi de la communauté, « Je vis dans une zone rurale de la Bande de Gaza. Et souvent je dois filmer tard le soir. Mon nom et mon visage sont sur les réseaux sociaux et les médias. Et bien évidemment, je suis exposée à toutes sortes de ragots et de rumeurs. » Toutes ces expériences ont renforcé sa conviction sur l’importance de la représentation de la femme. « Avoir plus de femmes dans les industries créatives numériques est crucial. La femme tient un rôle important dans chaque société, ce qui veut dire que l’on devrait avoir leur point de vue lorsque l’on couvre ces sujets » continue Maryam.

L’industrie créative numérique offre d’innombrables possibilités.

- Aya Al Matrabiee

La mission de WAVE fait écho à l’initiative UNESCO-Sabrina Ho, qui vise à faire entendre la voix des femmes et encourager les futures dirigeantes de l’industrie créative numérique. Selon le dernier Rapport mondial de l’UNESCO 2018, l’inégalité des genres dans l’environnement numérique s’intensifie. Non seulement, les femmes sont moins connectées que les hommes, mais qu'elles ont moins de compétences en numérique et moins d’accès aux programmes de formation. A une époque où la majorité des projets créatifs se font de plus en plus en ligne, cet écart a des conséquences directes sur l’emploi des femmes dans les industries culturelles et créatives. Aya Al Matrabiee estime que « l’industrie créative numérique offre d’innombrables possibilités », c’est pourquoi les femmes doivent s’y investir. Et même si la représentation des femmes a encore un long chemin à faire, le nombre de femmes créatives augmente en Palestine. « Lorsque j’ai créé le groupe de jeunes photographes de Gaza, quelques années avant, je n’arrivais pas à trouver des filles. Aujourd’hui, la situation a beaucoup évolué. Parce que les femmes ont décidé, ensemble, d’œuvrer pour le changement. »

Theatre Day Productions aide les participantes à trouver leur voie entrepreneuriale et à réaliser leurs projets artistiques armées de leurs nouvelles compétences techniques. A terme, elles espèrent voir plus d’œuvres réalisées par des femmes palestiniennes diffusées et reconnues par des grands festivals internationaux et marchés mondiaux. « Je voudrais vous partager mon rêve » conclut Aya Al Matrabiee à l’issue de la formation : « Celui d’avoir ma propre compagnie dans les média numériques. »