Palestine: Le théâtre communautaire espoir de la jeunesse de Gaza

Le théâtre communautaire contribue au capital social d’une communauté en développant les compétences, l’esprit communautaire et la sensibilité artistique des intervenants et du public. Pour l’ONG Basma Society for Culture and Arts, le théâtre est plus qu’une discipline, c’est un moyen pour autonomiser les jeunes de Gaza et contribuer ainsi à la diversité des expressions culturelles en Palestine.

En lançant son projet « Autonomiser les jeunes palestiniens grâce au théâtre communautaire », Basma Society répond à l’absence de formation académique dans les métiers du théâtre et contribue au développement des activités culturelles dans la bande de Gaza. Financé par le Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC) et en collaboration avec l’Université de Palestine, le projet a offert aux jeunes les outils techniques nécessaires à la production théâtrale. 

Faisant suite à une étude Youth Groups in the Gaza Strip qui leur a permis de mieux comprendre les besoins et la fragilité de cette jeunesse, l’organisation a ainsi mis en place une formation de 10 semaines sur le théâtre communautaire. 90 étudiants dont 47 jeunes femmes ont ainsi pu en bénéficier. Au-delà de cette éducation artistique, le théâtre communautaire a permis de découvrir de nouveaux talents et redonner confiance à de nombreux jeunes. A l’image de Ibrahim Qasem, un jeune homme handicapé qui a trouvé sa vocation dans l’écriture scénographique : « Les gens ont tendance à penser qu’une personne avec handicap ne peut rien faire. Pour nous, Ibrahim c’est un jeune homme talentueux pour l’écriture. Aujourd’hui, nous sommes ravis qu’il ait changé de regard sur lui-même et qu’il croit en ses compétences » raconte Tamer Ajrami, responsable de projet. 

cbasma_society1.jpeg

A l’issue de ce cycle de formation, les étudiants ont produit une pièce de théâtre et entamé une tournée dans cinq régions reculées du pays et touché une population ayant peu accès à la culture.  Ces représentations suivies d’un débat ont permis surtout à l’audience de s’exprimer, de favoriser l’inclusion sociale et le dialogue. Mais ce faut aussi un moyen de sensibiliser sur le théâtre comme outil à la construction de la paix.

« La plupart des aides financières se focalisent sur les besoins primaires, la nourriture et l’eau et en oublient les besoins culturels. Pourtant, la plupart des jeunes ici n'ont pas accès à l’éducation et à la culture. Durant près de quinze ans, une longue période dans leur croissance, ils n’avaient pas grand-chose à faire. Or nous avons des jeunes talentueux comme Ibrahim, qui ont vraiment besoin de telles opportunités d'apprentissage » continue Tamer Ajrami.

L’éducation au théâtre, des graines pour la culture à Gaza 

Aux prémices du projet, un manuel de formation sur les techniques et la production théâtre a été rédigé par un groupe d’experts et de metteurs en scène donnant les directives principales de cet apprentissage. Une garantie pour la pérennité du projet. En effet, une faculté sera prochainement créée au sein de l’Université de Palestine qui enseignera le théâtre et les arts grâce à ce manuel. Un comité de 15 étudiants a également été mis en place pour que les activités sur le théâtre fleurissent à Gaza au cours des prochaines années. 

basma_society.jpg

Cette éducation artistique emmène dans son sillage des rêves mais aussi de l’espoir à ces jeunes, comme le raconte Lara El- Louh, 22 ans : « J’ai toujours su que j’appartenais à la scène. Malheureusement, nous n’avions pas de cours d’art dramatique dans mon école. Ce projet répond parfaitement à mes attentes. Ce n’est pas juste un atelier, cela inclut des cours académiques et théoriques. Grâce à ce projet, j’ai aujourd’hui la chance de jouer sur scène. » 

Mais si le projet semble porter des fruits, sa mise en œuvre n’a pas toujours été facile. « Un de nos formateurs s’est fait arrêter alors qu’il se rendait à une formation en tant que membre de la communauté. Nous avons également peint des murs dans le cadre de notre campagne de sensibilisation mais deux d’entre eux ont été refusés par la communauté locale » a déclaré Nawal Akel, coordinatrice du projet.

Des circonstances inattendues mais qui n’ont en rien entamé leur volonté. Lorsqu’interrogée sur sa motivation, Nawal répond sans hésiter : « Parce que j'y crois! Je crois que nous apportons de l’espoir et des rêves aux habitants de Gaza avec ce projet. Nous leur offrons des connaissances et de la culture. Et pour moi, c’est le plus grand atout que nous donnons à la jeunesse de Gaza. »