La politique du Rwanda en faveur des industries créatives prend forme grâce à la diversité des expressions culturelles

« La créativité est très importante pour surmonter les défis de la société, en particulier lorsque l'on prend notre passé compliqué en considération. Nous devons être créatifs pour trouver des solutions et rétablir l'harmonie entre les communautés », a déclaré Odile Gakire, entrepreneuse culturelle du district de Huye dans la province du Sud du Rwanda.

« Le Rwanda ne possède ni or, ni ressources naturelles. Nous devons être créatifs et mettre à profit nos capacités et nos industries créatives pour créer de l'emploi et faire progresser notre pays », a-t-elle-ajouté. Elle a récemment participé à une réunion à Kigali, rassemblant près de 70 professionnels des arts, de la culture et des médias, ainsi que des représentants de l'UNESCO et du gouvernement. « Je crois que la créativité peut aider l'homme à évoluer. La créativité nourrit l'humanité et reconstruit les individus de l'intérieur », a-t-elle affirmé.

En tant que professionnelle de l'industrie créative ayant produit un festival de musique, monté une pièce de théâtre et créé un groupe de percussions, Odile Gakire est persuadée que la créativité a le pouvoir de transformer les comportements des individus : « Elle nous permet de nous exprimer et de nous connecter avec nous-mêmes et avec les autres.  Nous devrions nous soucier de la qualité des individus qui composent notre société et reconnaître que la créativité peut aider à former des gens biens. »

Le Rwanda, partie à la Convention depuis 2012, est l'un des pays d'Afrique dont le PIB augmente le plus (croissance de 8 % selon les chiffres de la Banque Mondiale pour 2015) et il profite déjà de la production de festivals de musique tels que le Kigali Up et le Primus Guma Guma Super Star, ainsi que du concours de talents télévisé Ishusho k'umuziki Nyarwanda.

Les experts culturels travaillent en étroite collaboration avec la société civile et d'autres acteurs clés pour développer les industries créatives de la nation afin de créer plus d'emploi et d'augmenter la quantité de main d'œuvre compétente ; tout cela dans le but de sortir le pays de la pauvreté.

Dans un effort vers le renforcement du secteur culturel du pays afin de stimuler le développement, l'UNESCO et le ministre des Sports et de la Culture, les professionnels de la culture parmi lesquels Odile Gakire, et d'autres institutions créatives ont travaillé ensemble à Kigali lors d'une réunion de consultation le 23 mai ainsi que pendant un atelier de formation de trois jours, du 25 au 27 mai 2016.

Au cours de la session d'ouverture, Mme Julienne Uwacu, ministre des Sports et de la Culture du Rwanda, a déclaré que la création d'emplois et la croissance économique par le biais des industries créatives et culturelles étaient une priorité. M. Mikael Boström, Ambassadeur de Suède à Kigali, a quant à lui affirmé que les industries créatives formaient l'un des secteurs économiques qui progressent le plus rapidement à l'échelle mondiale. Il a déclaré que l'investissement dans la culture pouvait aider à améliorer la qualité de vie des rwandais.  La réunion de consultation et l'atelier font partie du projet « Renforcer les libertés fondamentales à travers la promotion de la diversité des expressions culturelles » financé par l'Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (ASDI).

La préparation du premier rapport périodique du Rwanda sur la mise en œuvre de la Convention de 2005 de l'UNESCO sur la diversité des expressions culturelles en était l'objectif principal. Les artistes et experts culturels ont pu saisir les principes fondamentaux de la Convention tels que la liberté d'expression, l'égalité des genres, la durabilité, la création d'un équilibre dans les flux de biens et de services culturels ou les mesures de traitement préférentiel envers les pays en développement. Ils ont également reçu des informations sur les différents mécanismes de la Convention, tels que les opportunités de financement du Fonds international pour la diversité culturelle.

Karalyn Monteil, spécialiste du programme pour la culture du Bureau régional pour l'Afrique de l'Est, a remarqué que parallèlement à la relation de proximité entre la société civile et les artistes rwandais établie par le ministre des Sports et de la Culture, la réunion de consultation avait créé une nouvelle collaboration avec les autres ministères, comme ceux des Affaires étrangères, du Commerce ou de l'Éducation.

Les experts internationaux Charles Vallerand et Jenny Mbaye, tous deux membres de la Banque d'expertise de la Convention de 2005, ont soutenu l'équipe nationale rwandaise dans l'identification de mesures et de réussites innovantes à mettre en avant dans le rapport périodique du Rwanda pour l'UNESCO. À la fin de l'atelier, l'équipe avait rédigé une table des matières très détaillées pour le rapport périodique, tout en reconnaissant l'existence de défis à relever pour développer les industries créatives du pays.

Le manque de financement a été présenté comme un obstacle pour les industries créatives. Charles Vallerand a expliqué : « Bien qu'il y ait à Kigali des galeries privées qui regroupent des artistes contemporains et mettent leurs œuvres en lumière, certains artistes nous ont confié qu'il n'existait pas de véritables infrastructures ou espaces dans le pays pour qu'ils puissent pratiquer leur art, et ils doivent donc se battre pour trouver un endroit où se rassembler et créer. »

Il a également remarqué que les plans de finalisation du Village culturel de Kigali représentaient une étape importante dans le processus de construction de la nation : « [Les rwandais] essaient de redevenir qui ils sont vraiment car ils sont fiers de leur identité. Ils sont en train de reconstruire une nation, et c'est pour cela que la créativité est importante, au même titre que d'autres facteurs. »

Le rapport périodique sera présenté à un large éventail d'acteurs clés en septembre de cette année pour qu'ils livrent leurs commentaires, avant d'être finalisé et remis à l'UNESCO.

Le gouvernement prévoit de développer une série de formations afin de renforcer les compétences des artistes et professionnels de la culture. Il abordera également les problématiques liées au piratage, au manque de financement, à la faiblesse des réseaux créés entre les industries créatives et à l'insuffisance du marketing destiné à les promouvoir. Le Rwanda a déjà allégé les taxes sur la culture et introduit une loi garantissant que les programmes télévisés comportent 70 % de contenu national, afin de promouvoir les industries audiovisuelle et cinématographique du pays.

Le rapport périodique du Rwanda va contribuer à la prochaine édition du Rapport mondial sur la mise en œuvre de la Convention, qui sera publié en décembre 2017. Le Rapport mondial 2015 de l'UNESCO « Re|penser les politiques culturelles » est téléchargeable sur :

http://unesdoc.unesco.org/images/0024/002428/242867F.pdf

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Informations complémentaires :

Le Rwanda réunit les professionnels des arts et de la culture et les parties prenantes afin de dresser l'état des lieux des industries culturelles nationales (en anglais)