Atelier régional : Préservation et accessibilité du patrimoine documentaire pour le développement durable en Afrique centrale

Quand :

from Mercredi 21 Novembre, 2018
09:00
to Samedi 24 Novembre, 2018
17:55

Type of event :

Catégorie 7-Séminaire et atelier

Where :

Brazzaville, Congo

Contact :

Michel Kenmoe (Email: me.kenmoe@unesco.org)

L’UNESCO, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) organisent, du 21 au 27 novembre 2018, un atelier régional sur la préservation et l’accessibilité du patrimoine documentaire pour le développement durable en Afrique centrale.
De manière générale, la centralité du document dans tous les domaines de la vie n’est plus à démontrer. Que ce soit pour les besoins de la mémoire, ou pour faciliter la compréhension du présent, ou encore pour inspirer l’innovation, les éléments du patrimoine documentaire constituent une ressource inégalée dont la préservation pour les générations futures est un enjeu non négligeable pour le développement durable.

Du fait de leur fragilité, les éléments du patrimoine documentaire sont exposés à de nombreux risques dont les ravages causés par le temps, les catastrophes naturelles, les activités humaines, l’obsolescence technologiques, etc. Sans une réelle volonté et des actions politiques garantissant la préservation et l’accessibilité du patrimoine documentaire, il est quasi impossible de garantir la protection durable des collections et documents précieux pour l’humanité.

Dans plusieurs pays de l’Afrique centrale, la préservation, l’accessibilité et la valorisation du patrimoine documentaire peinent, jusque-là, à figurer au nombre des priorités de développement. Ici, le contexte se caractérise majoritairement par l’absence d’identification des éléments du patrimoine documentaire ; un exercice de préservation qui s’apparente, dans bien des cas, à du stockage ou à l’empilage disparate et ce dans des conditions inappropriées ; des conditions d’accès peu appropriés ; un nombre toujours important de documents dont la dégradation se poursuit inexorablement ; une absence de politique ou stratégie de préservation du patrimoine documentaire ; une inadéquation entre les ressources disponibles et les besoins ; un très faible niveau d’investissement ; etc. Même si les données spécifiques ne sont pas connues, nul doute que, dans un tel contexte, l’ampleur des pertes, pour l’humanité, des éléments du patrimoine documentaire des pays de l’Afrique centrale est énorme.

Comme autre indicateur du peu de considération accordée à la valorisation du patrimoine documentaire par les pays de l’Afrique centrale, c’est le nombre de document inscrit au Registre de la Mémoire du Monde. A l’exception de l’Angola, aucun autre pays de l’Afrique centrale n’a d’élément inscrit sur le Registre international de la Mémoire du Monde. Pourtant, une telle inscription participe à la valorisation tant de l’élément inscrit, de l’institution que du pays qui en fait la conservation.

La rapide expansion et l’intégration des technologies de l’information et de la communication à divers niveaux de la société ne sont pas venues arranger les choses.

En effet, les structures de préservation, là où elles existent, ne disposent pas toujours des compétences, encore moins de l’infrastructure nécessaire à la préservation des documents numériques. En conséquence le risque de perte pour l’humanité des documents numériques est encore plus grand pour les pays d’Afrique centrale.

De ce qui précède, il est évident que si rien n’est fait, les générations futures des pays de l’Afrique centrale ne pourront bénéficier ni accéder à des pans entiers de la mémoire de leur pays. Déjà, pour plusieurs documents historiques, même de l’histoire très récente des pays de l’Afrique centrale, c’est vers les bibliothèques, archives (surtout audiovisuelles) et centres de documentation situés dans les pays européens qu’il faut aller pour les retrouver assez facilement.

En 2015, l’UNESCO a adopté une Recommandation concernant la préservation et l’accessibilité du patrimoine documentaire à l’ère du numérique, laquelle comporte des propositions concrètes à l’endroit des Etats pour l’identification, la préservation et la valorisation du patrimoine documentaire ainsi que sur la formation et le développement de capacité, sans oublier les mécanismes de partenariat. La majorité des pays d’Afrique centrale ne s’est pas encore appropriée ces recommandations.

Certains pays dont le Congo, le Gabon et São Tomé e Principe ont, au cours des dernières années, entrepris des réformes pour améliorer le cadre de préservation de leur patrimoine en général. Au Congo, le pays envisage de revoir la loi de 2010 sur le patrimoine afin d’y intégrer le patrimoine documentaire ; au Gabon, deux projets de lois dont l’un sur la préservation des documents numériques et l’autre sur le patrimoine culturel et documentaire ont été élaborés ; São Tomé e Principe a procédé à la mise en place d’une unité de numérisation des Archives Historiques de São Tomé e Principe. Si ces quelques initiatives peuvent être considérées comme des avancées, il n’en demeure pas moins qu’elles restent marginales dans la région.

En matière de formation et des capacités institutionnelles, les structures de formation existantes n’offrent que des formations basiques ou de spécialisations dans un nombre limité de domaines. Sur le plan institutionnel, les structures existantes sont pour la plupart à la traîne en matière d’avancées techniques et technologiques de la préservation et restauration du patrimoine documentaire. Les documents numériques et audiovisuels sont probablement ceux pour lesquels les structures existantes ont le moins de capacité de préservation.

Le développement des partenariats, une dimension de l’action qui aurait pu permettre aux pays de la région de mutualiser leurs compétences et ressources en vue de mieux préserver et valoriser le patrimoine documentaire, n’est pas à l’ordre du jour. C’est pourtant à ce niveau que l’action de la CEEAC soutenue par ses partenaires aurait pu être la plus pertinente. Une initiative de l’UNESCO, la CEEAC et le CERDOTOLA pour la mise en réseau des institutions ainsi que l’harmonisation des pratiques, n’a pas beaucoup prospéré depuis son lancement au Gabon en 2016.

En matière de prise en compte du genre, le domaine de la préservation du Patrimoine documentaire ne semble pas avoir intégré les questions d’équité du genre dans ses principes opérationnels. L’atelier sera l’occasion d’engager le débat sur la prise en compte de l’équité genre dans la préservation du patrimoine documentaire.