La Commission internationale publie une déclaration commune en lien avec la crise du Covid-19 et la question de l'éducation

International Commission Video Meeting

Protéger et transformer l’éducation pour des futurs partagés et une humanité en commun

Déclaration commune sur la crise du covid-19
 

Commission internationale sur Les futurs de l’éducation*

14 avril 2020

 

Un moment déterminant pour notre avenir commun

La tragédie de la crise sanitaire du COVID‐19 crée des circonstances exceptionnelles, affectant des milliards de vies et provoquant des perturbations massives d’un point de vue économique, social et éducatif. Les multiples impacts probables du COVID‐19 sur les individus et les sociétés signifient qu'il n'y aura pas de retour au monde qui existait auparavant. Tandis que l'humanité cherche des moyens pour transformer le monde pour le mieux à la sortie de la pire crise sanitaire du siècle, nous devons repenser les politiques sociales, y compris l’éducation, et nous attaquer aux problèmes persistants d'inégalités structurelles, de pauvreté et d'exclusion. Nous avons la possibilité de renforcer les biens communs mondiaux, de protéger et de faire progresser l'éducation publique, ainsi que de mettre les connaissances et l'apprentissage au service de futurs alternatifs pour l'humanité et la planète.                               

Au cours des dernières décennies, les opportunités éducatives dans le monde ont considérablement augmenté. Une grande partie de ces avancées est à présent gravement menacée. Les écoles et les universités sont fermées dans la grande majorité des pays, affectant plus de 90% d’élèves et étudiants dans le monde. Même si l'apprentissage se poursuit à bien des égards, nous nous trouvons à un moment où des efforts colossaux seront nécessaires pour nous assurer que les années 2020 ne deviennent pas une décennie d'opportunités perdues.

L'espoir de l'éducation publique dans un monde transformé

La crise actuelle nous rappelle à quel point l'éducation publique est cruciale au sein des sociétés, des communautés et des vies de chaque individu. Il nous a été rappelé que cette éducation publique représente un rempart contre les inégalités, tout comme la scolarité est d’une importance capitale pour permettre de mener des vies dignes et remplies de sens. Tandis que nous saisissons cette occasion exceptionnelle pour transformer le monde et que nous réinventons l'organisation de nos écoles et de nos environnements d'apprentissage, nous devrons réfléchir à ce que nous voulons devenir. Nous devons traduire nos valeurs et nos visions au sein des institutions et des communautés d'apprentissage que nous reconstruisons. Aussi inattendu soit‐il, nous sommes arrivés à un moment où il est impératif de revoir, ensemble, les finalités de l'éducation.

Donner la priorité aux solutions humaines

Dans le renouveau de l'éducation, l'interaction humaine et le bien‐être doivent être prioritaires. La technologie
− en particulier la technologie numérique qui permet la communication, la collaboration et l'apprentissage à distance ‐ est un formidable outil et une source potentielle d'innovation. Cela étant dit, nous devons être de plus en plus préoccupés par le fait que le passage à l'apprentissage en ligne à distance aggravera les inégalités, non seulement dans les pays du Sud, mais également dans les recoins les plus riches du monde en termes de ressources. Nous devons nous assurer que la numérisation ne porte pas atteinte à la vie privée, à la liberté d'expression, à l'autodétermination informationnelle, et qu’elle ne conduise pas à une surveillance abusive. Par ailleurs, il est illusoire de penser que l'apprentissage en ligne est la voie à suivre pour tous. En effet, parallèlement à l'engagement du corps enseignant, nous devrions reconnaître et favoriser l'apprentissage qui se produit au sein des familles et des communautés. La crise actuelle nous a montré que les biens communs peuvent être étendus, que les biens culturels communs et les outils publics comme la télévision et la radio, accompagnées de leurs contenus éducatifs, doivent être partagés au‐delà des frontières nationales. Enfin, les éducateurs, éducatrices, et les apprenants, doivent être au cœur de la reconstruction de l'éducation suite aux perturbations du COVID‐ 19, sans omettre les relations qui lient ces individus.

Perte d'apprentissage et difficultés économiques

Les élèves, les familles et les systèmes éducatifs ressentent à présent l'impact de la pandémie du COVID‐19 à travers la fermeture des écoles. Les écoles rouvriront mais l'impact économique de la crise signifie que des perturbations importantes se profilent à l'horizon. Une récession mondiale est susceptible d’avoir des conséquences dramatiques sur le financement de l’éducation et d’autres services publics, ainsi que sur la vie quotidienne des individus et leurs moyens de subsistance. C’est pourquoi nos engagements partagés par rapport au pouvoir transformateur de l'éducation doivent être renforcés. Les connaissances et l'apprentissage sont les plus grandes ressources renouvelables de l'humanité et représenteront sans nul doute deux de nos plus grandes sources de résilience. Néanmoins, de multiples stratégies de gestion sont nécessaires pour faire face à la récession économique imminente, ainsi que pour atténuer les effets que celle‐ci aura sur les opportunités éducatives. Les gouvernements et les organisations internationales doivent coordonner leurs efforts pour assurer la continuité de l'apprentissage et protéger le financement national et international de l'éducation. En appliquant les principes de la justice redistributive, les ressources doivent être dirigées vers ceux qui ont été les plus durement touchés sur les plans économique, social et éducatif.

Coopération internationale et solidarité

Bien que la distance, l'isolement et la séparation soient des mesures temporairement utiles, la stratégie globale pour surmonter cette pandémie mondiale et ses effets doit être fondée sur la coopération et la solidarité au niveau mondial. Cela signifie ouvrir des voies pour les mobilisations citoyennes et autres acteurs de la société civile pour travailler aux côtés des gouvernements. Cela inclue également l’implication du secteur privé et la participation philanthropique. Cependant, alors même que nous construisons ces coalitions nécessaires, nous devons nous rappeler que, partout dans le monde, nous faisons face au COVID‐19 à travers différents moyens : via la mobilisation sociale, l'engagement des individus, des familles et des communautés qui sont dans l'auto‐ isolement, ainsi qu’à travers la compassion mutuelle. Cette pandémie de santé mondiale ne sera pas vaincue par les seules mesures sanitaires: elle sera vaincue en renforçant la confiance civique ainsi que la coopération internationale. Cette crise est une crise que nous résoudrons ensemble, grâce à la solidarité, l'empathie et l'appréciation de notre humanité commune. 

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*     Établie en Septembre 2019 par la Directrice générale de l'UNESCO, la Commission internationale sur Les futurs de l’éducation est une Commission indépendante présidée par la présidente de l'Éthiopie Sahle‐Work Zewde. La Commission, chargée de repenser le rôle de l'éducation, de l'apprentissage et des connaissances à la lumière des futurs prédits, possibles et préférés, s'est réunie (virtuellement) le 8 avril 2020 pour examiner la crise du COVID‐19 et les transformations plus profondes qu’elle implique. Cette déclaration commune représente l'un des résultats de cette rencontre: elle fournit des orientations sur les politiques éducatives et met en évidence les problématiques à plus long terme auxquelles la communauté mondiale de l'éducation doit s'atteler.

Contact

Siège de l'UNESCO

7 Place de Fontenoy
75007 Paris, France

Programme de Recherche et Prospective en Éducation

futuresofeducation@unesco.org

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