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La 40e Conférence générale de l’UNESCO confirme le redressement historique de l’Organisation et son repositionnement au cœur des enjeux contemporains

« Nous entrons dans une nouvelle période, celle d’un nouveau souffle », s’est félicitée la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, en dressant le bilan de cette 40e session, qui s’est tenue du 12 au 27 novembre. Relevant qu’après plus de vingt ans de reculs et de restrictions, la situation budgétaire se normalisait, elle a souligné qu’en « acceptant une augmentation de leurs contributions, fait rarissime dans le système onusien aujourd'hui, les États membres avaient voulu exprimer leur confiance et leur soutien à l’orientation donnée à l’UNESCO depuis deux ans et tout particulièrement aux avancées de sa transformation stratégique. »

La Conférence générale de l’UNESCO réunit, tous les deux ans, les 193 États membres de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

La participation exceptionnelle au niveau politique est également un signal fort du retour de l’UNESCO comme lieu de la « conversation mondiale » avec la participation de :

  • 14 chefs d’État et de gouvernement
  • 100 ministres de l’éducation et de l’enseignement supérieur
  • 122 ministres de la Culture
  • du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres
  • du Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Tijjani Muhammad-Bande
  • du Président du pays hôte M. Emmanuel Macron

L’UNESCO renoue ainsi avec l’ambition de peser sur le monde d’aujourd’hui et de faire face aux enjeux actuels et à venir.

Parmi ces enjeux, celui qui est en tête des attentes des Etats membres et des priorités de l’UNESCO est l’éducation. L’UNESCO est en charge de coordonner l’action de la communauté internationale pour atteindre l’Objectif de développement durable n°4 (ODD 4), une « éducation de qualité pour tous ». L’UNESCO a ainsi la responsabilité de traduire en idées, en actes et en droit cet objectif ambitieux.

Au cours des derniers mois, l’UNESCO, a :

  • renforcé son travail de coordination des acteurs internationaux en matière d’éducation, notamment au travers d’événements de grande ampleur : la réunion ministérielle G7 Éducation en juillet à l’UNESCO, le comité pilote ODD4 en marge de la Conférence générale.
  • relancé son travail de prospective en lançant l’importante initiative « Les Futurs de l’éducation ». Le processus de consultation a démarré, après le lancement de l’initiative fin septembre à l’Assemblée générale de l’ONU. Une commission internationale d’experts de haut niveau a été mise en place sous la direction de Sahle-Work Zewde, Présidente de l'Éthiopie. Ses travaux aboutiront à un Rapport mondial sur les Futurs de l’Éducation en novembre 2021.
  • lancé ces derniers mois et au cours de cette Conférence générale d’importantes initiatives : « Son éducation, notre avenir » (lors du G7 en juillet, en présence de la Prix Nobel de la Paix Malala et du Président Macron), qui vise à collecter des données fiables pour agir en faveur de l'égalité des genres dans et par l'éducation; améliorer le cadre juridique et politiques pour faire progresser leurs droits; mettre en place de meilleures pratiques d'enseignement et d'apprentissage.

Deux initiatives concernant l’éducation ont abouti au cours de cette Conférence générale :

Une Convention mondiale sur la reconnaissance des qualifications de l’enseignement supérieur, qui est l’aboutissement d’un travail de long haleine en faveur d’un enseignement supérieur plus juste et plus équitable. Concrètement, cette convention facilitera la reconnaissance des études effectuées à l’étranger et favorisera ainsi la mobilité académique des étudiants et des professeurs. Dans les faits, pour les migrants et les réfugiés, un tel texte est l’assurance de voir leurs compétences reconnues et d’accéder à l’université, en levant un obstacle juridique majeur. La Convention sur la mobilité interuniversitaire entrera en vigueur après avoir été ratifiée par vingt pays. Elle facilitera la mobilité académique interrégionale et la mise en place de principes universels pour améliorer la reconnaissance des diplômes. Elle complétera les cinq conventions régionales de l'UNESCO sur la reconnaissance des qualifications de l’enseignement supérieur.

Les réfugiés sont également les premiers concernés par la deuxième grande avancée enregistrée par cette Conférence dans les domaines de l’éducation et de l’enseignement supérieur : le Passeport des qualifications pour les réfugiés et migrants vulnérables qui est expérimenté actuellement en Zambie. Les premiers résultats sont très encourageants et montrent combien ce genre d’outil juridique peut améliorer concrètement le quotidien et la mobilité des réfugiés qualifiés. L’Irak et la Colombie seront les prochains pays à piloter l’initiative.

Parallèlement, la centaine de ministres de l’éducation et autant de représentants d’universités participant au programme des Chaires UNESCO se sont retrouvés pour favoriser l’émergence d’un « campus mondial » plus inclusif, permettant une meilleure mobilité étudiante, et qui permette de faire face à l’accroissement rapide du nombre d’inscriptions dans l'enseignement supérieur.

Autres initiatives lancées au cours de la Conférence générale sur des enjeux contemporains

Sciences

La Conférence générale a demandé à l’UNESCO de concevoir un projet d’instrument normatif mondial sur la science ouverte qui sera élaboré dans les deux ans à venir par des experts du monde entier. Les États membres examineront ce texte lors de la prochaine Conférence générale. Son adoption en 2021 garantirait un droit universel à la connaissance scientifique.

Intelligence artificielle

La Conférence générale a également donné mandat à l’UNESCO d’élaborer le premier instrument normatif sur l’éthique de l’Intelligence artificielle. Il permettra de dégager un consensus éthique sur ce qui est bien plus qu’un tournant technique mais une véritable rupture anthropologique. Des experts sélectionnés par l’UNESCO seront chargés de préparer un projet après avoir procédé à une large consultation. Deux réunions intergouvernementales devraient se tenir en 2021 pour finaliser des normes éthiques s’appuyant sur les droits fondamentaux de la personne.

Culture

Les 122 ministres de la culture réunis à l’UNESCO ont mis en avant le rôle essentiel de la culture dans le développement de sociétés plus solidaires, plus résilientes et inclusives.

À l’issue de la réunion des ministres, le Mexique a annoncé la tenue en 2022 d’une seconde Conférence mondiale « Mondiacult » sur les politiques culturelles.

En 1982, lors de la première édition, la communauté internationale avait élargi la définition de la culture, vue depuis lors comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs caractérisant une société́ ou un groupe social ».

La Conférence générale a aussi choisi de célébrer huit nouvelles Journées mondiales – de l’art (15 avril), de l’art islamique (18 novembre), de la culture africaine et afro-descendante (24 janvier), de l’ingénierie pour le développement durable (4 mars), de la logique (14 janvier), des mathématiques (14 mars), de l’olivier (26 novembre) et de la langue portugaise (5 mai). Elle a aussi décidé que chaque premier jeudi de novembre serait la Journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire, y compris le cyber-harcèlement. En outre, 2022 sera proclamée « Année internationale des sciences fondamentales au service du développement durable ».

Jeunesse

La Conférence générale a enfin été le cadre d’un échange entre jeunes et une dizaine de dirigeants gouvernementaux sur le thème : « (Ré) Génération – Repenser le multilatéralisme avec de jeunes acteurs du changement ». Pendant deux semaines, grâce à la participation de jeunes venus du monde entier, les discussions ont permis de déterminer comment l’UNESCO pouvait répondre au défi climatique ou aux exigences de la jeunesse. Les participants ont exhorté les gouvernements à se mobiliser davantage pour lutter contre le changement climatique, à investir davantage dans l'éducation et à déployer des efforts concertés pour que la technologie soit mise au service des populations et de leurs droits.

Un budget en hausse

Les États membres ont fixé le budget de l’exercice 2020-2022 à 534,6 millions de dollars (+3%). Le signal est d’autant plus fort que la situation était préoccupante en 2017 : le budget était alors très contraint et certains grands contributeurs refusaient de payer leurs cotisations. En deux ans, le chemin parcouru est manifeste : quasiment toutes les contributions ont été versées. Quant aux contributions volontaires qui viennent s’ajouter à ce budget obligatoire, elles ont augmenté de 41%, à 161 millions de dollars, au premier semestre 2019.

Ce retour de la confiance se révèle également à travers le consensus, mode de décision privilégié à l’UNESCO sur tous les sujets, même les plus sensibles.

Ainsi, grâce à une nouvelle médiation du Secrétariat, les résolutions relatives au Moyen-Orient ont à nouveau été adoptées par consensus avec l’accord des parties concernées.

CONCLUSION

À l’ouverture de la Conférence générale, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, avait mis en garde contre l'éclatement de la communauté internationale, estimant que « l'action de l'UNESCO (était) essentielle pour rassembler le monde ».
Pour Audrey Azoulay, « les défis contemporains (…) ne peuvent être circonscrits à des limites territoriales. Ils ne sauraient trouver d’autre solution durable que coopérative, solidaire et multilatérale ».

L’UNESCO se réaffirme ainsi comme un espace unique dans les relations internationales.

Peu de lieux incarnent aussi bien les résultats de la diplomatie culturelle, dont atteste l’initiative « Faire revivre l’esprit de Mossoul » qui vise à reconstruire de concert bâtiments et tissu social d’une ville éprouvée par la guerre.

Unique, l’UNESCO l’est aussi par sa méthode à la fois intellectuelle et normative : véritable forum de la communauté internationale, les décisions y sont scrupuleusement discutées, négociées, avant de se traduire dans la langue commune du droit international.

« Le monde a besoin de plus d’UNESCO, pas de moins d’UNESCO. C’est le message clair envoyé par la Conférence générale 2019. La centralité du mandat dans les enjeux d’aujourd’hui s’est déclinée autour d’initiatives sur l’éthique de l’intelligence artificielle, l’éducation des réfugiés ou encore les sciences ouvertes. Dans un cadre politique et budgétaire consolidé, avec un budget adopté en hausse pour la première fois depuis 20 ans. C’est un tournant salvateur pour l’UNESCO. » Audrey AZOULAY

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