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30 ans de Liberté de la presse : bilan et perspectives en Afrique de l’Ouest pour la contribution à la Déclaration Windhoek 2021

06/04/2021
11 - Sustainable Cities and Communities
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

Le Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel) a organisé les 29, 30 et 31 mars 2021, une Consultation régionale en ligne, pour évaluer le parcours des pays ouest-africains en matière de liberté de la presse et formuler une contribution régionale à la future Déclaration de Windhoek + 30 prévue le 03 mai prochain, en Namibie.

Pendant trois jours, la consultation régionale a rassemblé plus de 70 participants et participantes, experts, professionnels de médias, patrons de presse, représentant(e)s d’associations de médias et d’organisations de la société civile (OSCs), universitaires, de tous les pays d’Afrique de l’Ouest. La rencontre a permis de faire l’état des lieux de la liberté de la presse dans la région et une mise en perspectives pour dégager des recommandations concrètes à faire valoir dans la Déclaration prochaine de Windhoek+30. Trois différentes thématiques ont été ainsi abordées : Viabilité et résilience des médias (publics, privés, et communautaires) ; Transparence des plateformes en ligne ; et compétences de la population en matière d’éducation aux médias et à l’information.

En effet, « L’information est une ressource dont l’accès est bénéfique au plus grand nombre. Seule l’information crédible et fiable est un bien public », a souligné d’entrée de jeu, le Directeur du Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique Centrale, M. Salah Khaled, intervenant en remplacement du Directeur du Bureau régional de l’UNESCO à Dakar. Son discours d’ouverture passe en revue quelques avancées en matière de liberté de la presse et de liberté d’expression en Afrique de l’Ouest, dont l’adoption de cadre juridique qui favorise le pluralisme des médias, la mise en place d’autorité administrative indépendante et l’adoption de lois sur l’accès à l’information, que l’on pourrait associer à la Déclaration de Windhoek de 1991.

Des progrès non négligeables, si l’on considère que « la liberté des médias, élément clé de la liberté d’expression et de la protection des droits humains est cruciale dans le fonctionnement de toute société démocratique. Mais malgré les avancées notées depuis la Déclaration de Windhoek de 1991, beaucoup reste à faire. Ces deux dernières années ont marqué un recul important avec la pandémie, par rapport à la protection de l’espace civique, la violation des droits des journalistes, leur sécurité et leur protection », analyse Mme Fatou Diagne Senghor, Directrice régionale ARTICLE 19 Sénégal/Afrique de l’Ouest. Pour le Ministre de l’Information du Ghana, M. Kojo Oppong Nkruman, cette consultation régionale est l’occasion de tirer des leçons de la pandémie qui est venue élevée le niveau de désinformation et fragiliser davantage les médias. Le Ministre, faisant le parallèle entre la liberté de la presse et l’information comme bien public soutient qu’« il faut que les médias soient libres d’informer afin que l’information crédible et fiable soit disponible en tant que bien public permettant aux populations de prendre des décisions éclairées ».

Lors de la première session modérée par M. Michel Kenmoe, Chef du secteur Communication et Information du Bureau Régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel), M. Lassina Serme, chef du bureau AFRICAN PRESS AGENCY (APA) Côte d’Ivoire et M. Mamane Jarahou, Président de l’Observatoire des médias pour l’éthique et la déontologie au Niger, ont axé leurs communications sur la manière dont la viabilité des médias pourrait être développée et le rôle de ces derniers renforcés pour la production et le partage de l’information. « Il faut un modèle innovant, adapté aux réalités actuelles, mettre l’accent sur la qualité de la ressource humaine managériale des médias, définir un profil de carrière dans le secteur et produire un contenu adapté au regard de la cible », relève M. Lassina Serme dans sa communication intitulée « La résilience des médias face aux crises : cas de la crise sanitaire de la COVID-19 ». Allant dans le même sens, M. Mamane Jarahou a insisté sur l’importance d’une gouvernance interne (au sein des médias) et externe (environnement des médias) efficaces pour garantir la viabilité des médias. En matière de gouvernance externe, il a pointé le doigt sur la qualité du cadre juridique et réglementaire, ainsi que le régime fiscal auxquels les médias sont assujettis, comme ayant un rôle critique pour garantir leur viabilité.

Modérée par M. Gabriel Baglo, expert en communication et développement des médias, la deuxième session a servi de cadre d’exposés pour M. Noël Kokou Tadegnon, Enseignant formateur en webjournalisme et fact-checking à l’université de Lomé au Togo, M. Louis Modeste Ouedraogo, Juriste spécialiste des TIC, M. Zubairu Jide Atta, membre du comité de pilotage de la coalition Media and Information Literacy au Nigeria – Coordonnateur du réseau de médias des femmes de l'ONU au Nigeria, et le Dr. Olunifesi Adekunle SuraJ de l’Université de Lagos. Les présentations et échanges portaient notamment sur les moyens de renforcer les capacités en matière de médias et de maîtrise de l’information en période de désinformation et de discours de haine, à travers des communications sur les enjeux et compétences de la population à interagir de manière critique et éthique avec les médias et l’information ; les enjeux et défis de l’ère du numérique ;  l’impact de l’intelligence artificielle dans le développement des médias et le respect des droits humains et de la vie privée des personnes.

De cette session, Il est ressorti que les médias doivent contribuer à la promotion de la maîtrise des médias et de l’information en aidant les populations à comprendre le mécanisme de production de la bonne information, les enjeux de la participation éthique aux débats publics y compris à travers les réseaux sociaux, les risques de la désinformation, la mésinformation et le discours de haine.

Les communications de la troisième session ont porté essentiellement sur le renforcement de la transparence des plateformes en ligne comme pilier essentiel pour que l’information reste un bien public. Les thématiques sur l’accès des personnes en situation de handicap aux divers canaux de communication et sur l’interconnexion du monde ont respectivement été abordées par M. Marcel Candide Hinvy, Rédacteur web, Journaliste Spécialiste des Questions du Handicap et des droits Humains, et M. Victor Emmanuel Ekwa Bebe III, Chef de projet à la Fondation Konrad Adenauer Abidjan. Durant ces trois sessions, les échanges ont abouti à une cinquantaine de propositions et recommandations adoptées en plénière. Entre autres l’on peut citer : la nécessité de garantir l’accès inclusif à l’information, à travers une meilleure prise en compte des personnes handicapées par les médias traditionnels et nouveaux ; l’invitation faite aux Etats d’intégrer la viabilité des médias au nombre des priorités de développement pour garantir à la population l’accès à l’information crédible et fiable qui est un bien public ; etc.

La cérémonie de clôture de la consultation régionale a été conduite par le Directeur régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel), M. Dimitri Sanga. Prononçant le mot de clôture au nom du Ministre de la Communication et des Relations avec le parlement du Burkina Faso, M. Zida, Secrétaire Général du Ministère, a saisi cette occasion pour rappeler la nécessité d’une réflexion commune des Etats membres de la région, visant à « améliorer le secteur de la presse et à favoriser la mise en œuvre de mécanismes qui garantissent une liberté d’informer et une information de qualité accessible aux populations, pour la cohésion sociale et le vivre ensemble».

Prochaine étape, la célébration le 03 mai 2021 de la 30ème édition de la journée mondiale de la liberté de la presse en Namibie, où la contribution de l’Afrique de l’Ouest à la Déclaration de Windhoek + 30 sera portée par l’UNESCO.