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7 questions à la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à l’éducation

07 Décembre 2018

Le Dr Koumbou Boly Barry du Burkina Faso est la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à l’éducation. Dans le cadre de la campagne #DroitàlÉducation, l’UNESCO lui a posé sept questions sur la situation du droit à l’éducation dans le monde aujourd’hui.

  1. Quel est le rôle du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’éducation ?

Mon travail et ma responsabilité consistent à m’assurer que le droit à l’éducation est respecté et mis en œuvre à travers le monde, et à rendre compte des atteintes à ce droit. J’écoute ceux qui sont privés de leur droit à l’éducation, qu’ils soient des particuliers ou des personnes représentées par la société civile. Ma position me permet également d’agir en tant qu’organe intermédiaire entre les différents acteurs qui jouent un rôle clé pour garantir ce droit – au niveau gouvernemental, au sein du système judiciaire et au stade de l’élaboration du budget et de la planification. C’est essentiel pour superviser et surveiller l’application effective du droit à l’éducation. Mon rôle ne consiste pas uniquement à surveiller le progrès de la réalisation du droit à l’éducation, mais également à aider les gouvernements dans leurs efforts visant à améliorer, innover et favoriser l’accès à une éducation de qualité pour tous.

  1. Quelle est la situation du droit à l’éducation aujourd’hui ?

La réalité est que près d’un milliard d’individus à travers le monde sont toujours privés de leur droit à l’éducation, et la plupart d’entre eux sont des femmes et des jeunes. Bien que l’accès à l’éducation s’améliore rapidement dans le monde, la qualité de l’enseignement reste le plus grand problème. Les filles et les garçons apprennent-ils et acquièrent-ils réellement des compétences ? C’est une chose sur laquelle nous devons sérieusement nous concentrer et que nous devons continuer à suivre afin de bâtir une société équitable. La fracture numérique est un autre problème majeur que nous devons résoudre. Il existe un grand risque que des millions d’individus soient laissés pour compte. Nous devons tirer parti des innovations et les multiplier afin d’atteindre toutes les salles de classe et d’offrir les mêmes opportunités aux apprenants partout dans le monde. Il nous faut par ailleurs transmettre davantage de valeurs dans les programmes scolaires. Apprendre à vivre ensemble, la tolérance, la paix, la confiance et le respect mutuel sontt essentiels pour lutter contre la peur et la haine.

  1. Quelles ont été les principales réalisations ?

Nous devons prendre acte des progrès accomplis au fil des ans. Certains pays d’Afrique ont fait plus d’avancées au cours des 10 dernières années seulement qu’ils n’en avaient fait en plus de 60 ans. Des infrastructures scolaires à l’alphabétisation, de l’éducation des filles à l’utilisation des technologies dans l’apprentissage, on pourrait citer de nombreux exemples d’histoires de réussite. L’implication de la société civile dans l’éducation est indispensable : le rôle normatif que joue l’UNESCO en faveur du droit à l’éducation est essentiel et a grandement contribué à ce droit humain fondamental.

  1. Quel est le plus grand défi ?

La mauvaise gouvernance des systèmes éducatifs fait partie des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés. Au moment de définir et de planifier le secteur de l’éducation dans un pays, il est important que tous les acteurs soient présents afin qu’ils participent et contribuent à la réussite de l’éducation dans leurs propres communautés, ainsi qu’à la création d’une vue d’ensemble accordant une place particulière à la petite enfance, à l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) et à la recherche. La budgétisation et la prise de décision pour l’éducation doivent être décentralisées dans la mesure où elles doivent être adaptées aux besoins des différentes localités et aux groupes vulnérables spécifiques, tels que les personnes en déplacement, les réfugiés, les familles pauvres et les personnes handicapées. Les communautés et les écoles elles-mêmes doivent être capables de prendre des décisions qui répondent à leurs besoins. Les acteurs locaux, tels que les associations de parents et les ONG, doivent être impliqués. Telles sont les dynamiques que nous devons mettre en place autour des écoles.

  1. Quelle est la pire violation du droit à l’éducation dont vous ayez été témoin ?

Les exemples sont très nombreux. Les enfants handicapés privés d’éducation parce qu’ils ne peuvent pas accéder aux installations scolaires. Les élèves et les enseignants emprisonnés et même tués pour avoir demandé le respect de leur droit à l’éducation ou de meilleures conditions de travail. Les jeunes femmes enceintes renvoyées des écoles. Il existe encore de nombreux endroits où ces graves violations se produisent chaque jour, et c’est inacceptable. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

  1. Qu’auriez-vous fait différemment dans votre carrière ?

Ayant été Ministre de l’éducation et de l’alphabétisation du Burkina Faso, je sais que les décisions clés prises au niveau politique affectent des millions de personnes ainsi que leur avenir. J’aurais voulu m’investir davantage en politique afin d’apporter les réformes et les changements nécessaires au système éducatif dans mon pays.

  1. Qui vous inspire ?

Ma grand-mère a été une grande source d’inspiration pour moi quand j’étais petite. C’était une femme forte, indépendante et ouverte. Elle m’a appris très jeune à prendre mes responsabilités au sérieux. L’ancienne Ministre de l’éducation du Burkina Faso, Alice Tiendrebeogo, auteur et enseignante, est une autre personne qui m’a inspirée dans ma carrière. Et bien sûr, comme des millions d’Africains et de personnes dans le monde entier, j’admire Nelson Mandela. Sa sagesse et ses valeurs continueront de résonner et d’éclairer les générations futures.