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Aide à l’éducation : un retour à la hausse ?

01 Juin 2018

Le dernier document d’orientation publié par le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) révèle que l’aide à l’éducation a atteint son plus haut niveau enregistré depuis le début des analyses en 2002. Entre 2015 et 2016, elle a augmenté de 1,5 milliards de dollars É.-U., soit 13 %, atteignant un montant record de 13,4 milliards de dollars.

L’aide à l’éducation de base compte pour deux tiers de cette augmentation. Après une dizaine d’années de stagnation, l’aide à l’éducation de base a augmenté de 17 %, passant de 5,1 milliards de dollars É.-U. en 2015 à 6 milliards de dollars en 2016. L’aide à l’enseignement secondaire et post-secondaire a également augmenté, mais de façon moins importante, avec le résultat que la part de l’éducation de base dans le montant total de l’aide a également atteint son plus haut niveau, soit 45 %.

D’où vient cette augmentation ?

L’aide à l’éducation de base est financée à environ 50 % par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Banque mondiale. Cependant, en termes de part du revenu national allouée à l’aide à l’éducation de base, la Norvège se place en haut du tableau des donateurs. Par exemple, elle dépense douze fois plus que les États-Unis en termes relatifs.

Bien que moins d’un jeune sur deux achève le cycle d’enseignement secondaire, les bons résultats sont à portée de main. Si tous les pays développés et certaines économies émergentes s’engageaient, comme la Norvège, à allouer 0,7 % de leur revenu national à l’aide et 10 % de leurs portefeuilles de projets à l’éducation, le déficit de financement pour assurer l’achèvement universel de l’enseignement secondaire pourrait être comblé.

L’éducation des enfants les plus défavorisés n’a toujours pas la priorité

Les changements dans les niveaux de l’aide montrent encore que l’éducation n’est pas prioritaire dans les pays qui en ont le plus besoin. Moins d’un quart de l’aide à l’éducation de base (22  %) est allée aux pays à faible revenu en 2016, contre 36 % en 2002. Dans le même temps, la part allouée aux pays les moins développés a légèrement augmenté, passant de 31 % à 34 % - toujours bien en dessous du pic de 47 % atteint en 2004. Le déficit révèle une décevante tendance à la baisse sur le long terme dans la part allouée à l’Afrique subsaharienne, qui compte pour la moitié de l’ensemble des enfants non scolarisés dans le monde, et qui continue pourtant de baisser dans la liste des priorités des donateurs. Auparavant, la région recevait la moitié du montant total de l’aide à l’éducation de base, mais elle a reçu une part de plus en plus faible du pot durant sept années de suite, pour s’élever à seulement 24 % en 2016. Cette baisse s’explique en partie par la hausse de la part de l’aide qui n’est pas allouée par région, notamment l’aide fournie via le Partenariat mondial pour l’éducation.

Besoin de davantage de financements externes pour l’éducation dans les pays à revenu moyen inférieur

Même si la majeure partie du déficit de financement en faveur des pays à revenu faible pourrait être comblée en réformant le système actuel d’allocation de l’aide, et en réorientant l’aide vers l’éducation de base et l’enseignement secondaire, cela ne permettrait pas de résoudre les défis considérables auxquels font face les pays à revenu moyen inférieur dans le domaine de l’éducation. Il ressort du document que plus d’un tiers de l’aide allouée aux pays à revenu moyen inférieur revêt la forme de prêts concessionnels, mais que le coût du crédit non concessionnel dissuade de nombreux pays d’emprunter pour l’éducation.

Qu’est-ce que tout cela signifie pour le déficit de financement dans l’éducation ?

La hausse de l’aide à l’éducation en 2016 est bienvenue même si elle reste bien en dessous du niveau jugé nécessaire pour couvrir le coût de la réalisation des cibles ambitieuses de l’ODD 4. Elle devra également se maintenir pendant plusieurs années pour compenser seulement la stagnation des années 2010-2015. En 2015, le Rapport GEM avait estimé qu’un déficit de financement annuel d’au moins 39 milliards de dollars É.-U. par an persisterait en 2015-2030. Les niveaux de l’aide devraient être multipliés par six pour combler le déficit. En février 2018, le Partenariat mondial pour l’éducation a obtenu des engagements pour reconstituer son fonds sur la période 2018-2020. En 2016, il a déboursé 351 millions de dollars É.-U. en faveur des pays à faible revenu, sur un montant total de décaissements de 497 millions de dollars É.-U.

L’expansion et la consolidation des institutions financières multilatérales ciblant l’éducation offrent également un espoir de progrès. Les pays à revenu faible tout comme les pays à revenu moyen inférieur devraient bénéficier d’opportunités de financement externe adéquates. Toutefois, beaucoup reste à faire pour s’assurer que l’aide soit dirigée là où elle est la plus nécessaire et que les mécanismes de coordination appropriés soient mis en place.