Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

Améliorer l’égalité des genres dans le numérique et éliminer les stéréotypes dans l’intelligence artificielle

17 Mai 2019

Une publication de l’UNESCO, réalisée en collaboration avec l’Allemagne et la coalition EQUALS Skills, I’d Blush if I Could [Je rougirais si je le pouvais], présente des recommandations pour surmonter les inégalités mondiales entre les genres dans le domaine du numérique. Elle porte une attention particulière à l’impact des préjugés sexistes présents dans les applications d’intelligence artificielle les plus répandues comme les assistants vocaux numériques.

Cette publication montre que ces préjugés trouvent leurs origines dans la composition des équipes techniques, composées majoritairement d’hommes, qui développent des technologies de pointe et élaborent des solutions politiques visant à aider les femmes et les filles à développer des compétences numériques.

La nécessité de formuler des recommandations traitant de la différenciation entre les sexes dans l’intelligence artificielle s’impose au vu de l’explosion des applications numériques de commande vocale telle qu’Alexa, la technologie d’Amazon. La plupart des assistants vocaux sont dotés de noms et voix de femmes ainsi que d’une « personnalité » docile.

Le titre de la publication doit son nom à la réponse, en anglais, de Siri (l’application numérique d’Apple, utilisée par des millions de clients de la marque) a donné pendant des années lorsqu’on lui adressait des insultes.

 La soumission et la servilité exprimées par tant d’assistantes vocales est une illustration du préjugé sexiste véhiculé par les produits faisant appel à l’intelligence artificielle.  Comme le montre la publication, ces préjugés trouvent leur origine dans l’inégalités des sexes en matière d’éducation et dans le secteur technologique.

Cette nouvelle publication de l’UNESCO recommande aux entreprises et aux gouvernements :

  1. D’en finir avec la pratique consistant à doter par défaut d’une voix féminine les assistants vocaux numériques,
  2.  D’encourager le développement des assistants vocaux numériques qui ne soient ni féminins ni masculins,
  3. Programmer les assistants vocaux numériques de manière à décourager les utilisateurs de faire l’usage d’insultes sexistes.
  4. Encourager l’interopérabilité afin que les utilisateurs puissent choisir eux même le type de voix de leurs assistants numériques.
  5. D’obliger les concepteurs d’assistants numériques générés par l’intelligence artificielle, à rappeler aux utilisateurs que la technologie est une machine. Et enfin, ce qui est primordial,
  6. Doter les filles et les femmes des compétences techniques nécessaires pour qu’elles puissent concevoir de nouvelles technologies au même titre que les hommes. 

 « Les machines obéissantes et serviles qui se présentent comme des femmes entrent dans nos maisons, nos voitures et nos bureaux. Leur asservissement programmé influe sur la façon dont les hommes s’adressent aux voix féminines et façonnent la manière dont les femmes réagissent aux demandes et s’expriment. Pour changer de cap, nous devons nous interroger sur la question du genre concernant les technologies de l’IA, et surtout nous demander qui leur donne une orientation sexuée », a déclaré Saniye Gülser Corat, Directrice de la division sur l'égalité des genres à l’UNESCO.

Bien que de nombreux assistants numériques tels que Cortana de Microsoft ou Google Assistant aient moins de cinq ans, ils se hissent désormais parmi les voix de femme les plus reconnues dans le monde. Prêter un genre à une technologie influe sur la perception du genre dans la sphère digitale.

Pour aborder la question des préjugés liés aux genres, la publication suggère que les équipes développant cette technologie fassent plus de place aux femmes.  Aujourd’hui seulement 12% des chercheurs qui travaillent dans le domaine de l’intelligence artificielle sont des femmes. Les femmes ne représentent que 6% des développeurs de logiciels et sont amenées à déposer 13 fois moins de brevet dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, que leurs confrères masculins. 

Combler ces écarts entre les sexes suppose que la question du genre soit intégrée à l’apprentissage des compétences numériques. La publication présente de nombreuses recommandations afin de rendre l’enseignement des technologies plus inclusive pour les femmes et les filles assorties de bonnes pratiques observées dans de nombreux pays.

I’d Blush if I Could met également en avant des résultats inattendus: les pays les plus proches de la réalisation de l’égalité des genres, en Europe notamment, présentent les plus faibles taux de femmes dotées des compétences nécessaires pour faire carrière dans le secteur de la technologie. A contrario, les pays présentant de faibles niveaux en matière d’égalité des genres, notamment dans les pays arabes, ont le plus fort pourcentage de femmes diplômées du supérieur dans les nouvelles technologies.

Ainsi en Belgique, seuls 6% des étudiants diplômés en technologies de l’information et de la communication (TIC) sont des femmes, alors que dans les Emirats Arabes Unis, elles sont 58%. Ce paradoxe démontre la nécessité d’adopter des mesures afin d’encourager partout la présence des femmes dans l’enseignement numérique.

Cette nouvelle publication a été réalisée grâce à une collaboration entre l’UNESCO et EQUALS, un partenariat mondial composé de gouvernements et d’organisations qui promeut l’équilibre entre les genres dans le secteur de la technologie en favorisant l’accès, les compétences et le leadership des femmes. Le ministère fédéral de la coopération économique et du développement de l’Allemagne a soutenu financièrement le projet et fourni des éléments substantiels de contenu. 

****

Pour télécharger le rapport: https://en.unesco.org/EQUALS

Pour en savoir plus sur EQUALS: https://www.equals.org/coalitions

Contact médias : Roni Amelan— r.amelan@unesco.org ; +33 1 45 68 16 50