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Améliorer l’enseignement de l'Holocauste et des génocides au Mexique

16 Octobre 2018

Manolo E. Vela Castañeda est professeur au Département des Sciences sociales et politiques de l’Université ibéro-américaine de Mexico. En décembre 2017, il a participé à la Conférence internationale sur l'Éducation et l'Holocauste (ICEH) organisée par l'UNESCO et le United States Holocaust Memorial Museum de Washington, aux États-Unis. Le Professeur Castañeda participait à cette conférence aux côtés de José Luis Gutiérrez Espíndola, de l'Institut national pour l’évaluation de l’éducation et d’Úrsula Zurita Rivera, de la branche mexicaine de la Faculté latino-américaine des Sciences sociales. Depuis lors, avec le soutien de Yael Siman, professeur à l'Université Anáhuac du Mexique, l’équipe a œuvré en faveur de l'institutionnalisation de l’enseignement de l'Holocauste et des génocides au Mexique, par le développement de matériels éducatifs en ligne et l'organisation d'une conférence internationale. L'équipe prépare aussi sa candidature à une Chaire UNESCO sur l'Holocauste, les génocides et la violence collective à l'Université ibéro-américaine.

Pourquoi est-il important d'enseigner l'Holocauste et les génocides au Mexique ?

Du point de vue de la recherche et de l’enseignement, ce thème est malheureusement encore peu développé au Mexique. Par exemple, il n’y a au niveau national qu’un cours universitaire proposé régulièrement sur l'histoire de l'Holocauste et un cours obligatoire sur les génocides et les crimes contre l'humanité. Tous deux sont enseignés par les universités catholiques de Mexico. Nous constatons donc dans la société mexicaine une certaine indifférence, voire de la désinformation, à propos de l'histoire de l'Holocauste et de l'étude des génocides. C’est un défi qui, jusqu'à présent, n'a pas été suffisamment pris en compte par le système éducatif national.

L’enseignement et l’apprentissage de l’Holocauste présentent toutefois une grande pertinence pour le Mexique, de différents points de vue : 

Du point de vue mexicain, historique et contemporain, il est important de s’attaquer à la dynamique de la violence par le biais de l'éducation et pour ce faire l’enseignement de l'Holocauste et des génocides peut être un puissant outil. La violence est un problème endémique au Mexique aujourd’hui, mais elle a aussi façonné l’histoire du pays. Il est important par exemple d'enseigner et d’étudier les crimes commis au Mexique pendant la guerre froide, ainsi que la violence liée au crime organisé auquel la société mexicaine est confrontée aujourd'hui.

L’enseignement de l'Holocauste peut aussi favoriser et informer l'étude d'autres génocides. En étudiant les différentes expériences et les événements historiques d’ampleur génocidaire, nous pouvons parvenir à une perspective comparative pour mieux comprendre la dynamique susceptible de mener à la violence collective et au génocide, ainsi que ses conséquences sur les sociétés impliquées et les processus de transformation qui suivent les conflits. L'Amérique latine a été touchée elle aussi par des cas de violence collective dans le passé et il est important que ces événements soient enseignés et étudiés au Mexique.

En dernier lieu, il est essentiel d'enseigner et d’apprendre l'Holocauste au Mexique, afin de conserver la mémoire des nombreux survivants qui ont cherché refuge contre les persécutions nazies au Mexique ou qui ont d'autres liens forts avec le pays. Il est important de préserver et de faire connaître la mémoire de ces survivants, ainsi que celle de leurs familles.

Par notre projet, nous nous efforçons de combiner les trois perspectives et de les mettre en pratique dans le contexte de la recherche et de l’enseignement à l’université, ainsi que dans le secondaire.

Comment espérez-vous contribuer à l'institutionnalisation de l’enseignement de l'Holocauste au Mexique ?

À travers notre projet, nous cherchons à la fois à renforcer la recherche universitaire sur l'Holocauste et les génocides au Mexique, et à promouvoir l'enseignement et l'apprentissage de l'Holocauste dans les écoles du premier cycle du secondaire. Pour ce faire, nous avons choisi une approche en deux volets :

Le premier volet de notre projet porte sur la création d’une Chaire UNESCO sur l'Holocauste, les génocides et la violence collective à l’Université ibéro-américaine de Mexico. Nous organisons en novembre à Mexico une conférence universitaire d'une semaine sur l'Holocauste et les études des génocides qui s’adresse surtout aux chercheurs et aux étudiants universitaires. Nous allons organiser dans un certain nombre d'universités et d’instituts de recherche de Mexico une série de conférences données par Christopher Browning, le spécialiste de l’Holocauste, et d'autres experts. L’ensemble des activités de la conférence sera organisé sous le thème « 70+70 », pour marquer en décembre prochain le 70 ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptées par les Nations Unies.

Outre cette approche universitaire, nous travaillons aussi en étroite collaboration avec l'Institut national pour l’évaluation de l’éducation et le Ministère de l'Éducation sur le développement de matériels éducatifs sur l'histoire de l'Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale destinés aux enseignants de 7e année et sur l’offre de différentes perspectives de l'Holocauste et de ses conséquences. Ces matériels contribueront au programme d’enseignement conçu en 2017 pour développer la réflexion historique chez les élèves de 7ème année, dans le premier cycle du secondaire. Dans le cadre de ce nouveau programme d’enseignement, les élèves doivent faire des recherches à partir de sources primaires et secondaires sur la vie dans les ghettos et les camps d'extermination pendant l'Holocauste. Nos matériels éducatifs incluront des ressources audiovisuelles, telles que les témoignages de survivants et plusieurs clips vidéo thématiques portant sur différents aspects de la vie des Juifs dans les ghettos, les relations familiales et les échos de la guerre. De plus, les matériels éducatifs incluront deux guides : l’un à l’intention des enseignants et l’autre pour les élèves. C'est la première fois que de nouvelles ressources intégrant à la fois l’aspect historique et citoyen sont produites pour les jeunes mexicains.

Nos ressources seront publiées vers la fin de l’année sous la forme de ressources éducatives libres sur le site Internet du Ministère que les enseignants mexicains consultent fréquemment.

Ceci nous a permis de coopérer avec le Ministère de l'Éducation sur ce thème important et nous voyons ce projet comme le point de départ d’une collaboration que nous espérons à long terme, ce qui nous permettra aussi d’intégrer l’enseignement d’autres génocides et de la violence contemporaine dans le système éducatif national.

Considérant ces deux volets, le projet nous offre une formidable occasion d’intéresser la société mexicaine et la communauté universitaire au thème de l'Holocauste. En même temps, il nous permet, en tant qu’universitaires, d’élargir notre champ d'expertise au domaine de l’enseignement secondaire et de la formation des enseignants.

En quoi l’appui de l’UNESCO et du United States Holocaust Memorial Museum a-t-il profité à votre projet ?

Nous tentons depuis quelque temps déjà de créer un département de recherche sur l'Holocauste et les études des génocides à l'Université ibéro-américaine. Notre participation à la Conférence internationale sur l'éducation et l'Holocauste (ICEH) et le soutien de l'UNESCO et du Musée nous ont permis de nous recentrer sur cet effort.

L'ICEH nous a inspirés à poser notre candidature pour la création d'une Chaire UNESCO, ce qui est devenu un pilier essentiel du projet. La création d'une Chaire UNESCO nous permettrait d’accroître la durabilité de notre projet et nous conférerait une certaine autorité susceptible de légitimer notre recherche. Outre cette légitimité accrue, le partenariat avec des institutions prestigieuses comme l'UNESCO et le Musée aura aussi pour effet d’accroître la visibilité de notre travail et nous aidera à collecter des fonds.

Une première équipe d'éducateurs mexicains a déjà participé à l'ICEH en 2015. Nous avons bénéficié du travail de ce premier projet mexicain qui avait déjà commencé à travailler en faveur de l'enseignement et de l'apprentissage de l'Holocauste au Mexique, dans le cadre d'une approche universitaire et historique, mémorielle et éducative. Nous poursuivons cette approche multidimensionnelle et travaillons aussi avec un grand nombre de leurs partenaires, tout en prenant contact aussi avec des nouveaux partenaires.

Cette expérience de travail avec les deux institutions a été formidable et nous sommes très reconnaissants de leur soutien.