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Au Tchad, l’UNESCO brise un silence douloureux

01/09/2021


© UNESCO

« J’étouffais, je transpirais, en fait j’ai cru que j’avais une crise cardiaque. »

La voix tremble. Le regard est abattu et l’esprit se trouble. Il se souvient du malheur qui l’a frappé. Moustapha A, est un cultivateur de 45 ans qui habite à Matafo près de la ville de Bol-chef-lieu de la province du Lac. Il revit ce qui lui est arrivé au cours des huit dernières années de sa vie.

C’est avec douleur que Moustapha décrit comment il a appris les résultats des tests qu’il avait entrepris, en disant que c’était comme un mauvais rêve. « J’étouffais, je transpirais, en fait j’ai cru que j’avais une crise cardiaque. » Un jour, un ami m’a conseillé d’aller faire le test pour voir quel était le problème donc je souffre depuis deux ans et trouver un traitement approprié, se souvient Moustapha, qui a, depuis, perdu sa femme et l’un de ses enfants suite à des maladies étranges aux marabouts de son village. Pour lui, la contamination par le VIH ne touchait que les autres, et non une personne pieuse et croyante comme lui.

Mais, très vite, il devint lui aussi cet « autre » qu’il avait toujours imaginé dans son esprit – celui qu’il ne voulait pas associer à sa propre personne. Il connut la stigmatisation et la discrimination au sein de sa communauté et même dans la mosquée de son quartier. Certains le regardent avec mépris et le considèrent comme un personnage infâme. Les choses empirèrent encore lorsqu’il attrape des maladies opportunistes, qui les l’épuise.

Face aux faiblesses du système de soins et aux difficultés créées par le SIDA au Tchad et particulièrement dans la province du Lac, l’UNESCO sensibilise les parents d’élèves et les mères d’élèves à devenir des combattants pour transformer la vie de la population et lutter contre les impacts négatifs sur la qualité de l’éducation.

Dans le cadre de son projet UBRAF relatif à l’éducation à la santé reproductive, à la lutte contre le VIH/SIDA et le COVID-19, l’UNESCO et le MENPC ont organisé une grande campagne sur l’éducation à la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre les violences basées sur le genre, le VIH/SIDA et le COVID-19 en milieu scolaire du 09 au 19 août 2021 à Bol dans la Province du Lac. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Secrétaire général de la Province du Lac, M. Yaya Ousman Adoum, en présence du délégué du ministère de l’éducation M. Moussa Issa Moussa.

« Labsence d’éducation à la sexualité est une forme d’éducation, qui laisse un vide abyssal en réponse à des questions que les jeunes, et moins jeunes, peuvent se poser de la manière la plus légitime qu’il soit. La sexualité est un sujet qui concerne tout le monde, et qui est encore souvent passé sous silence. Par peur, par honte, par incapacité. La peur pousse certains à croire qu’en ne parlant pas de sexualité, ils la maîtrisent. Ce qui est faux. C’est en parlant de ce que l’on vit qu’on peut maîtriser ce que l’on ne veut pas vivre » souligne Sa Majesté Abakar Adam Mbodou Mbami du la Chefferie de Canton de Bol au Tchad.

Au Tchad, l’éducation à la sexualité demeure dans beaucoup de familles, un sujet délicat mais d’une importance capitale pour l’émancipation des jeunes dans le milieu scolaire. Les élèves et adolescents ont besoin d’être amplement informés afin d’éviter les conséquences, parfois graves qui peuvent découler de leur rapport à la sexualité. Dans la province du Lac, trop de jeunes reçoivent des informations confuses et contradictoires sur les relations et la sexualité lors du passage de l’enfance à l’âge adulte. Ces jeunes sont de plus en plus en demande d’information fiable. L’éducation complète à la sexualité (ECS) répond à cette demande. Elle leur permet de prendre des décisions éclairées sur leurs relations, leur vie affective et leur sexualité, et les aide à s’y retrouver dans un monde où les violences basées sur le genre (y compris sexuelles), les inégalités de genre, les grossesses précoces et non désirées, le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) présentent des risques graves pour leur santé et leur bien-être.

 

Contact:

Jean-Philippe Odinakachi

jp.odinakachi@unesco.org

UNESCO, Bureau Régional pour l'Afrique Centrale