Autonomiser les filles au Pérou grâce à la science

30 Novembre 2017

La Mini-Académie des sciences et des technologies (MaCTec) a été récompensée du Prix UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes 2017 pour son projet « Laboratoires ambulants MaCTec/Mini-académie des sciences et des technologies ». MaCTec est une organisation à but non lucratif qui autonomise les jeunes filles péruviennes vivant dans les régions urbaines et rurales grâce à un enseignement scientifique de qualité, et qui aide à réduire les disparités entre les sexes dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM). Elle a été créée en 2012 par quatre péruviens (un chercheur et trois jeunes étudiants diplômés) et cible des filles âgées de 8 à 11 ans. Johanna Johnson, l’une des cofondatrices, nous raconte comment l’organisation contribue à l’autonomisation des filles.

Qui bénéficie de la Mini-Académie des sciences et des technologies (MaCTec), et pourquoi ?

Nous travaillons avec les filles pour leur donner plus d’autonomie, car nous pensons que c’est le meilleur moyen de développer la nation. Les filles sont le meilleur moyen. Filles + science = résultats exponentiels dans notre monde, dans notre communauté et dans notre pays. C’est une formule pour changer le monde.

L’une des filles avec lesquelles nous travaillons, Valeria, vient de Huancayo, une région rurale située à environ 300 kilomètres de Lima. Tous les vendredis soir avec sa mère, elle prend le bus pour Lima, qui prend de huit à dix heures. Les samedis, elle est la première à arriver à l’atelier. Elle assiste à l’atelier scientifique avec les chercheurs puis retourne dans sa communauté, où elle reproduit l’atelier. C’est pourquoi former une fille revient à former une communauté.

À MaCTec, nous sommes convaincus que l’éducation des filles par la science est un outil très puissant. Non seulement pour la fille, non seulement pour la famille, non seulement pour la communauté, mais aussi pour le développement du pays. Pas pour devenir riche en termes d’argent, mais en termes de progrès.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Les deux premieres années, nous nous sommes concentrés sur les filles âgées de 8 à 16 ans, puis ensuite nous avons décidé de nous concentrer sur les filles âgées de 8 à 11 ans, car nous avons decouvert qu’à cet âge là, elles ont la capacité de développer beaucoup de créativité et d’imagination, ce qui joue un rôle très important dans la science. C’est a ce moment là que les filles découvrent le monde différemment. Elles se posent beaucoup de questions. Elles veulent explorer le monde.

Nous avons un modèle appelé DPL: Diversity Peer Learning (apprentissage mixte par les pairs). Des filles de différents milieux, de différents quartiers de la ville viennent à MaCTec et travaillent en groupe, avec des chercheurs renommés du Pérou et du monde entier. Les filles défient les scientifiques et la plupart du temps, ces derniers ne savent pas comment réagir, ni comment répondre à leurs questions. C’est tellement puissant. Si les scientifiques ne connaissent pas la réponse, cela signifie peut-être qu’il n’y a pas de réponse et que nous pouvons créer du savoir.

Qu’est-ce qui vous motive ?

Le moment où les filles découvrent qu’elles peuvent changer le monde, ce moment est le meilleur moment pour MaCTec. Car les filles ont le pouvoir, le véritable pouvoir de changer le monde. Elles ont de l’imagination, de la créativité, et toutes les caractéristiques d’un chercheur. Les filles sont ma motivation. Œuvrer pour autonomiser, en donnant tous les outils pour changer le monde grâce à la science.

MaCTec a été récompensée du Prix UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes 2017. Comment ce Prix soutiendra votre organisation et quelle est la prochaine étape ?

Ce Prix est tellement important. Il signifie que ce rêve, le projet MaCTec, se poursuivra. Il signifie que nous irons dans les régions rurales pour rencontrer les filles qui ne peuvent pas venir aux ateliers. La prochaine étape sera de construire un bus MaCTec et d’explorer la forêt tropicale, toute la biodiversité, avec les filles et des scientifiques de renom. Les filles peuvent explorer le monde et influer sur la production scientifique au Pérou, qui est si riche en termes de biodiversité mais si pauvre en termes de production scientifique. Tous les pays ont besoin de la science pour se développer.

J’invite tout le monde à penser comme un enfant. Avec beaucoup de créativité, d’imagination et de curiosité. Je pense que ces ingrédients ont réellement le pouvoir de changer le monde.