Autonomiser les filles et les femmes par le récit

06 Mars 2018

Par Ella Yulaelawati, Lauréate 2016 du Prix UNESCO pour l'éducation des filles et des femmes

L'éducation joue un rôle central dans l’autonomisation des femmes et des filles – en leur donnant accès à un apprentissage de qualité favorisant leur développement personnel et professionnel. Elle aide les filles à découvrir leur passion et à prendre leur place dans le monde.

Selon mon expérience à la Direction pour le développement de l’éducation de la petite enfance, une approche holistique est nécessaire pour améliorer l'alphabétisation et le développement du caractère des filles. J'ai constaté que des récits racontés dans leur langue maternelle et centrés sur des personnages féminins forts pouvaient favoriser de façon significative l'apprentissage des filles et aider à éliminer les stéréotypes et les partis pris contre les filles.

L'apprentissage débute tôt, dans le ventre de la mère

Une petite fille se souviendra des mots de sa mère ainsi que de nombreuses autres choses qu'elle découvre par l’ouïe, l’odorat et le goût. En réalité, le fait d’entendre la langue de sa mère pendant les premières semaines et les premiers mois de la grossesse permet ultérieurement à l'enfant d'apprendre cette langue plus facilement. C'est pourquoi j'encourage l'utilisation des langues maternelles dans le cadre de l’éducation et de la protection de la petite enfance (EPPE) car cela peut stimuler le développement cognitif, accroître l'efficacité, présenter des avantages socio-culturels et améliorer la qualité de la croissance, du développement et du bien-être d'un enfant.

Filles contre héros

Dans les livres pour enfants, les personnages féminins jeunes ont souvent des rôles vulnérables, vecteurs de messages comme « la beauté est synonyme de bonheur » et « le bonheur est apporté par un prince charmant longtemps attendu ». Ces récits mettent en scène des filles dépourvues de toute autonomie dans la poursuite de leurs aspirations et incapables d’atteindre le bonheur de façon autonome. À l’inverse, les garçons sont représentés par des personnages forts – le plus souvent dans des rôles de premier plan – placés dans des situations de conflit dont ils ressortent en héros et ils peuvent accomplir ce qu'ils désirent, tout seuls.

Filles et femmes autonomisées

Je travaille auprès d’enfants, de parents, d’enseignants, d’experts et de communautés pour produire des livres de récits mettant en scène des personnages féminins forts afin d’améliorer les compétences des filles dès le stade de la pré-alphabétisation. La Direction a publié différents livres de récits sur ce thème en 70 langues maternelles. Ces livres ont été envoyés aux 70 districts où la langue maternelle est parlée, pour toucher les enfants, les enseignants et les organisations.

Les livres de récits ont été aussi présentés à 1 700 fillettes, 300 mères, 250 enseignantes et 100 organisations de femmes à l’occasion d’un festival de lecture d'une journée, une activité qui a été récompensée par le Musée des Records du monde d’Indonésie. De plus, la Direction apporte un soutien financier à 15 organisations de femmes pour les aider à mettre en œuvre la politique de l'éducation des filles et des femmes par le biais de formations. Environ 2 500 parties prenantes ont participé à ces formations.

En Indonésie, l’éducation des filles et des femmes s'est améliorée aux niveaux national et local grâce à des formations de développement professionnel continu, des réunions de coordination et des activités s’adressant aux femmes dans les domaines de l’écriture, du journalisme civil et du récit. La Direction pour le développement de l’éducation de la petite enfance a reçu le Prix UNESCO pour l'éducation des filles et des femmes 2016 pour son projet « Améliorer l’accès et la qualité de l’éducation des filles par une éducation de la petite enfance basée dans la communauté et une intégration précoce du genre ».

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