Interview

Bâtir la confiance et fournir des résultats de qualités sont essentiels aux partenariats durables de l'UNESCO

25/09/2020

La crise du COVID-19 a souligné l'importance et les avantages des partenariats pour l'UNESCO, particulièrement dans l’extension de son champ d’action pour la défense des droits, le partage des connaissances et la solidarité. Alors que l'UNESCO progresse dans sa lutte contre la pandémie et vers sa nouvelle stratégie à moyen terme, Jessica Jeavons, chef de la section des partenariats stratégiques et des relations avec les donateurs au sein du Bureau de la planification stratégique, témoigne :

Du point de vue des partenariats, la nouvelle stratégie à moyen terme est une énorme opportunité pour l'UNESCO car elle porte de façon centrale les objectifs de développement durable, ce qui en soi fournit un cadre organisationnel solide et attrayant pour les partenaires. Elle contribuera également à renforcer la cohérence du dialogue de l'UNESCO avec ses partenaires aux niveaux mondial, régional et surtout national au sein des équipes de pays des Nations Unies. C'est ce genre de clarté et de dynamisme qui permet d'établir des partenariats constructifs et d’exécuter notre mandat.

Jessica Jeavons

Tout commence par une bonne prestation

Dans le cadre de la Transformation stratégique, l'exécution du mandat - ou plus précisément, l'obtention de résultats et la qualité des rapports - constitue une base importante pour les partenariats durables de l'UNESCO. Les nombreux atouts de l'Organisation en matière de bonne exécution peuvent être rendus plus visibles en illustrant mieux ses activités et en les utilisant davantage pour cultiver les partenariats existants et en nouer de nouveaux. Une approche qui traduit ces succès en mettant l'accent sur une planification adéquate des résultats doit être plus intégrée dans l'approche de l’UNESCO en matière de partenariats, et une stratégie de communication correspondante peut compléter des rapports solides et transparents.

L'UNESCO est confrontée au défi d'apporter un soutien fondamental dans le cadre d’un mandat multidisciplinaire, alors que de nombreux partenaires cherchent à obtenir des résultats concrets et à communiquer sur des projets précis. L'Organisation a reçu de très bons retours sur les améliorations apportées à la qualité de ses rapports, par exemple de la part de la Suède et de la Norvège, qui ont conclu des accords de financement "légèrement fleché " fondés sur la confiance portée à l'Organisation. Un tel soutien est essentiel à la durabilité des activités de l'UNESCO, et il est donc vital que l'Organisation entretienne ce type de relations.

"La plate-forme la plus solide dont dispose l'UNESCO pour établir des partenariats est lamise en oeuvre efficace . Tenir son engagement de résultats renforce la confiance et favorise un soutien à long terme qui est essentiel à l'exécution du mandat de l'UNESCO".

La culture du partenariat favorise l'innovation partenariale

Pour que l'UNESCO puisse bâtir sur cette mise en oeuvre efficace un réseau réussi de partenariats durables, déclare Jessica, nous devons établir une "culture du partenariat" à l'UNESCO.

"La création d’une telle culture nécessite de renforcer les capacités du personnel, d’identifier et de sensibiliser le personnel aux nombreuses opportunités disponibles et favoriser la prise de conscience de l'importance des partenariats à tous les niveaux de l'UNESCO. Le personnel doit être conscient de l'importance du travail de l'UNESCO, de sa pertinence et de son attrait pour les partenaires – puis être en mesure de le communiquer", explique-t-elle.

L'une des grandes forces de l'UNESCO est la large reconnaissance, au sein de l’Organisation, de la valeur des partenariats en nature et de la valeur ajoutée qu'ils peuvent apporter à l'exécution des programmes. L'instauration d'une culture de partenariat ne se limite pas à accroître les possibilités de financement, elle accroît également la visibilité, enrichit les projets et améliore les résultats, ouvrant ainsi la voie à l'intensification, à la reproduction et à la coopération Sud-Sud.

Jessica identifie deux étapes clés pour renforcer la culture de partenariat de l'UNESCO :

"Premièrement, nous devons diversifier nos partenariats, en particulier dans le secteur privé. Ensuite, nous devons nous concentrer sur le renforcement et l'intensification de nos partenariats existants, en favorisant la confiance grâce à une prestation solide. Nous devrions envisager un soutien plus transversal - et moins "micro-projet" - et privilégier des relations plus souples et à long terme, financières ou non. Lorsque vous entrez dans un partenariat, vous avez besoin d’une vision d'un engagement à long terme. Parfois, bien sûr, les partenariats sont à court terme, ou ciblent des défis très spécifiques Cela peut également être très utile pour créer une visibilité et des résultats tangibles qui peuvent être intensifiés. Mais pour parvenir à la durabilité, nous devons également entretenir des partenariats à long terme". "L'une des réalisations récentes de l'UNESCO est la Coalition mondiale pour l'éducation en réponse à la COVID-19, qui a été lancée avec succès pendant la pandémie. Il s'agit d'une vaste entreprise multipartite qui a redynamisé les partenariats existants et attiré un large éventail de nouveaux partenaires à l'UNESCO".

Ces nouveaux partenariats sont des atouts précieux qui doivent être soigneusement entretenus par l'Organisation. Ce type d'innovation dans les partenariats aide l'UNESCO non seulement à élargir sa portée et à obtenir des résultats, mais aussi à élaborer des réponses globales par le partage des connaissances et la collaboration - une approche qui, selon Jessica, devrait être reproduite à l'avenir.

La crise de la COVID-19 souligne l'importance de la collaboration et de la visibilité

La riposte de l'UNESCO à la pandémie de la Covid-19 a également révélé certains défis.

"Un domaine dans lequel nous pourrions travailler davantage est celui de la communication et de la sensibilisation du public ; nous devons par exemple chercher comment mieux travailler avec nos partenaires des médias afin d’amplifier notre message", souligne Jessica. "Un excellent modèle pour cela a été le message autour de la riposte de l'UNESCO à la COVID-19. Resiliart, par exemple, a été un mouvement très coopératif et a engagé un large éventail d’acteurs.".

Lorsque l'UNESCO s'engage avec des partenaires et des donateurs, elle s'engage à plus de visibilité et plus de transparence. Ces engagements sont à la fois fondamentaux et utiles au travail de l'UNESCO et il est vital de les encourager dans le domaine des partenariats. Par exemple, à l'avenir, tous les programmes financés par des contributions volontaires devront établir un plan de visibilité et allouer des ressources à la communication. Ce genre d'approche aide l'UNESCO à mieux relier ses partenariats et ses communications.

Le secteur privé représente un réseau de relations encore trop inexploitées

La réponse au COVID-19 a également mis en évidence un autre champ d’action important pour l'UNESCO : l'engagement du secteur privé.

"Pour l'instant, je considère notre engagement dans le secteur privé comme assez modeste. Mais le secteur privé représente un énorme réseau de partenaires potentiels. Il est certainement possible de le développer", déclare Jessica.

Outre le renforcement des partenariats, un élément clé de la Transformation Stratégique a porté sur le renforcement des capacités du personnel afin d'enrichir le savoir institutionnel de l'UNESCO et d'en faire bénéficier le personnel. Le renforcement des capacités du personnel pour l'engagement du secteur privé s'inscrit dans ce cadre.

Par exemple, une formation à la mobilisation des ressources du secteur privé a été récemment expérimentée en mars, avec les bureaux extérieurs d'Amérique latine et des Caraïbes profitant du savoir-faire du bureau de l'UNESCO à Brasilia, qui possède l'un des plus grands portefeuilles de partenaires privés au monde. Bien qu'il soit trop tôt pour savoir si cela a eu un impact, cela a permis de sensibiliser et de renforcer les capacités dans ce domaine, avec un retour enthousiaste de la part de nos collègues de la région.

Plus largement, afin de faciliter l'engagement du secteur privé, l'UNESCO a besoin d'une vision plus claire des opportunités du secteur privé dans des marqueurs spécifiques - le contexte de chaque État membre étant différent. Nous devons également mieux comprendre la des motivations d'une série de divers partenaires potentiels. Comprendre, par exemple, en quoi l'orientation spécifique à une question ou à un pays d'une personne fortunée diffère de l'orientation axée sur les parties prenantes d'une entreprise partenaire, permet de préciser comment l'UNESCO peut adapter au mieux sa stratégie de sensibilisation.

Savoir où trouver des partenaires et comprendre leur objectif aide l'UNESCO non seulement à diversifier ses partenariats, mais aussi à les rendre plus efficaces et plus durables.

Jessica Jeavons