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COVID-19 – L’éducation, fondement d’une société juste dans le monde de l’après-COVID

02/06/2020

Par Stefania Giannini, Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour l’éducation, et John Brandolino, Directeur de la Division des traités de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Alors que la crise du COVID-19 risque de conduire à une érosion de la confiance dans les services publics et les gouvernements, il est urgent de s’interroger sur les conséquences négatives potentielles des mesures visant à prévenir la propagation du virus sur l’état de droit et les droits humains. L’UNESCO et l’ONUDC appellent l’attention sur l’importance de l’éducation, qui sensibilise aux droits humains et aide, à terme, à édifier des sociétés plus équitables, durables et inclusives et des économies plus résilientes aux crises.

La pandémie de COVID-19 a engendré des perturbations sans précédent de l’éducation, avec 1,2 milliard d’élèves et de jeunes touchés par les fermetures d’établissements scolaires dans le monde.

Elle a non seulement sapé la confiance dans la capacité des services publics, tels que l’éducation et la santé, à répondre à la crise, mais a aussi soulevé des questions plus fondamentales concernant une possible érosion des droits humains pendant et après la crise[1].

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a prévenu dans un rapport d’avril 2020 que la crise économique et sociale se transformait rapidement en crise des droits humains, et que toutes les mesures d’exception prises devaient être conformes au droit, proportionnées, nécessaires et non discriminatoires.

Les mesures d’urgence et les lois adoptées à toute vitesse, dans une situation qui évolue, risquent de plus empiéter sur les droits que ce qui est nécessaire. Des rapports émanant de plusieurs institutions des Nations Unies appellent l’attention sur les différentes conséquences des mesures d’urgence :

  • la liberté de circulation pourrait être restreinte[2] ;
  • les femmes et les enfants confinés à domicile pourraient être exposés à un risque accru de violence[3] ;
  • des technologies intrusives pourraient enfreindre les lois sur la protection de la vie privée[4] ;
  • les groupes vulnérables risquent d’être les plus durement frappés[5] ;
  • les processus démocratiques tels que les élections pourraient être affectés[6].

« Le virus nous menace tous. Les droits humains nous grandissent tous. En respectant les droits humains en cette période de crise, nous mettrons en place des solutions plus efficaces et plus inclusives pour l’urgence d’aujourd’hui, et le relèvement de demain », a déclaré M. Guterres.

L’UNESCO et l’ONUDC coopèrent pour jeter des ponts entre éducation et justice, et pour donner aux enfants et aux jeunes les moyens de comprendre leurs droits et d’en jouir, d’exercer une pensée critique et des jugements éthiques éclairés, de faire preuve d’intégrité, de combattre les injustices et de contribuer à des sociétés justes.

L’éducation est une alliée clé dans la défense des droits et la protection de l’état de droit, et une compétence de la vie courante essentielle en temps de crise. En effet, comment protéger ses droits si l’on ne les connaît pas ?

Les enfants, et surtout les filles, qui apprennent à l’école dès leur plus jeune âge qu’ils ont le droit d’être protégés contre la maltraitance et la violence fondée sur le genre sont moins vulnérables à leurs effets. Cet enseignement est d’autant plus crucial en période d’épidémie, car la violence à l’égard des femmes a tendance à augmenter dans tous les types de situations d’urgence (OMS 2020).

L’apprentissage de l’empathie, le respect de la diversité et la capacité à reconnaître et mettre en question les discriminations sont des compétences essentielles dont il faut doter les jeunes pour éviter que les sociétés se polarisent davantage. De récentes études montrent que les compétences socio-émotionnelles contribuent à renforcer la résilience des jeunes, en particulier en temps de crise (UNESCO-MGIEP, 2019).

Alors que la gestion de crise s’oriente vers la prise en charge des défis éducatifs futurs, l’UNESCO et l’ONUDC s’emploient à :

Placer les droits au centre de l’éducation : Aider les pays à offrir des ressources et programmes éducatifs permettant aux enfants et aux jeunes de comprendre et d’exercer leurs droits. Faire en sorte que ceux qui sont le plus susceptibles d’être privés de leurs droits soient informés de ces droits, en particulier les filles et les enfants appartenant aux groupes vulnérables.

Jeter des ponts entre les acteurs du changement des secteurs de l’éducation et de la justice : Fournir des orientations stratégiques aux décideurs politiques et partager stratégies efficaces et pratiques novatrices. Aider à institutionnaliser l’éducation pour la justice dans les politiques éducatives, les programmes d’enseignement et la gouvernance des établissements scolaires.

Soutenir les enseignants : Doter les enseignants, les éducateurs et les familles de ressources et de manuels interactifs pour informer les enfants sur leurs droits et sur les facteurs structurels qui engendrent des inégalités, et leur donner les moyens de devenir des citoyens engagés participant à l’édification de sociétés justes dans l’avenir.

L’ONUDC et l’UNESCO intensifient leur coopération en matière d’éducation pour la justice dans le cadre de la Coalition mondiale pour l’éducation. La Coalition permet à ses membres d’unir leurs forces avec d’autres acteurs multilatéraux, y compris des organisations internationales et des partenaires de la société civile et du secteur privé, pour éviter que la crise actuelle creuse les inégalités en matière d’apprentissage et protéger les droits des enfants et des jeunes.

 

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