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COVID-19 : l’UNESCO met en place un réseau de fact-checkers en Afrique de l’Ouest

08/04/2021
10 - Reduced Inequalities
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

Composé de journalistes et professionnel(le)s des médias en provenance de huit pays de l’espace ouest africain (Togo, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger et Sénégal), ce réseau a été mis en place en marge de l’atelier régional de formation sur le fact-checking et la désinformation liés à la pandémie de COVID-19, qui a eu lieu à Saly au Sénégal, du 23 au 24 mars 2021.

 

Dans le cadre du projet « #CoronavirusFacts - Adressing the desinfodemic on COVID-19 in conflict-prone environments » financé par l’Union Européenne, le Bureau Régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel) a organisé les 23 et 24 mars 2021, à Saly (Sénégal), un important atelier régional de formation, d’une trentaine de journalistes et professionnel(le)s des médias, sur le fact-checking et la désinformation liés à la COVID 19 et la vaccination. Mise en œuvre en partenariat avec le Réseau Inter Africain pour les Femmes, Médias, Genre et Développement (FAMEDEV), grâce à l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et CODE FOR AFRICA, l’initiative vise à renforcer la lutte contre la désinformation autour de la pandémie de coronavirus. L’objectif étant de garantir l’accès à l’information crédible et fiable (ODD 16) sur la COVID-19 pour renforcer la résilience des populations face à la désinformation qui s’est largement propagée dans la sous-région avec le phénomène de l’infodémie d’une part ; et d’autre part d’engager les médias à l’adoption de mesures efficaces pour une meilleure résilience et un meilleur traitement de l’information en période d’épidémie ou de pandémie, et contribuer ainsi à la réduction des risques de discrimination, de stigmatisation, voire de conflits occasionnés par la propagande des théories de complot et la méfiance envers les autorités publiques.

La pandémie de COVID 19 intervenue dans un contexte d’interconnexion et d’intervention numérique nous a permis d’appréhender le risque de la désinformation sur la santé et sur la vie en général. Ce phénomène nous interpelle car il prive les populations d’un accès à la bonne information et complique les efforts de démystification de la maladie

M. Dimitri SANGA, Directeur du Bureau régional de l’UNESCO à Dakar

D’où la nécessité, « au regard de la faiblesse des moyens des médias et organisations nationales de fact-checking, de favoriser la création des synergies pour mieux barrer la voie à la désinformation », a-t-il ajouté. Un avis partagé par M. Ousseynou DIENG, Directeur de la Communication, représentant le Ministre de la Culture et de la Communication du Sénégal, à la cérémonie d’ouverture. Selon M. DIENG, le « fact-checking est devenu indissociable du journalisme professionnel qui s’impose à tout journaliste crédible ».

L’atelier de Saly s’inscrit donc dans la lutte contre la désinformation et la mésinformation dans une dynamique de long terme, en fournissant aux acteurs et actrices des médias une plateforme ouest-africaine de fact-checking pour une « synergie d’actions » qui, « au-delà de la pandémie de COVID 19, permettra aux journalistes de la sous-région de fournir une information de qualité à nos populations », a souligné M. Medoune SECK, Représentant de FAMEDEV.

En effet, plus de 9.000 informations fausses ou trompeuses ont été débusquées dans plus de 70 pays par l’Alliance CoronaVirusFacts, de l’International Fact-Checking Network (IFCN) depuis le début de la maladie. Après avoir contribué à la formation de près de 250 journalistes en techniques de fact-checking à travers les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest (Benin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Togo), l’UNESCO et ses partenaires, à travers cette rencontre, entendent relever le défi de l’infodémie dont « l’ampleur sans précédent risque de causer des pertes en vie humaine supplémentaires et des conflits sociaux », a constaté  M. David BOUANCHAUD, intervenant au nom de la Délégation de l’Union Européenne au Sénégal.

« Au Bénin, la pratique du fact-checking est encore en l’état embryonnaire », a déclaré une participante lors d’un partage d’expérience. Comme « en Côte d’Ivoire où le fact-checking a véritablement été découvert en 2016 », les défis à relever dans le domaine sont énormes dans les pays de la sous-région représentés à l’atelier.

En relevant les lacunes énumérées par les professionnel(le)s de médias dans leurs différents pays, les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)  et l’organisation panafricaine spécialisée dans les données et les nouvelles technologies de l’information, CODE FOR AFRICA, ont présenté, lors des travaux, des stratégies de gestion de l’infodémie ; des méthodes de recherches et recherches avancées selon le type d’information et d’article recherchés ; des outils de fact-checking accessibles ; des méthodes de veille et de création d’un système de production efficace, d’analyse des commentaires sur les réseaux sociaux, etc. A travers des démonstrations et exercices pratiques sur les réseaux sociaux, Google et autres navigateurs internet, les participant(e)s ont été outillés à la vérification d’images, de vidéos et de publications ; à l’identification des conversations et canaux d’information ; à la simplification (comment traduire les idées complexes et les transformer en messages clairs), l’amplification (travailler avec les réseaux de journalistes pour un large partage de l’information) et la quantification des messages (mesurer l’impact des messages sur les populations).

Des outils spécifiques tels que GenderGapAFRICA, OpenAFRICA, SourceAFRICA, Communauté WanaData, Botometer Pro, Twitonomy et bien d’autres ont été testés lors des sessions de formation et les participants ont pu voir leur utilité dans la vérification de contenus, posts, comptes twitter et monitoring des activités, publications, articles, images partagées ; dans la recherche documentaire, l’investigation, l’analyse, entre autres. « L’exercice de fact-checking est un exercice de vérification de l’information pour un rapportage factuel des données telles qu’elles sont. Il n’est pas de la responsabilité du journaliste fact-checker de créer des données mais de les analyser, questionner leur méthodologie de production et les vérifier pour les retransmettre au public avec exactitude. Cependant, dans sa production régulière de l’information, le journaliste fact-checker doit aller au fond des sujets pour apporter des éléments de preuve de la bonne information, l’information utile et ne pas se limiter à vérifier si une information est vraie ou fausse », a précisé Michel KENMOE, Conseiller régional pour la Communication et l’Information au Bureau Régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel).

D’où l’importance d’avoir un réseau solide, qui, pour les acteurs et actrices des médias, réponde « à la nécessité de synergie entre les journalistes de la sous-région pour permettre une économie d’échelle et d’énergie dans l’exercice de vérification et une meilleure lutte contre la désinformation ». Car, comme l’a souligné un participant : « la portée d’une publication faite à Dakar est internationale. La désinformation n’a pas de frontières, donc la mise en place d’un réseau est essentielle face à la multiplicité de crises sanitaire, sécuritaire, sociale, économique, présentes et futures. »

C’est ainsi que les participants et participantes ont élaboré le document de création du réseau, et procédé à la formation d’un Bureau provisoire qui aura la responsabilité de poursuivre le travail entamé en atelier et d’accompagner le réseau dans sa mise en œuvre, avec l’appui de CODE FOR AFRICA et l’OMS pour les questions de santé publique telle que la COVID-19 et la vaccination.

Entre autres objectifs du réseau, il s’agira de : promouvoir les techniques et pratiques de fact-checking dans la sous-région ; débusquer la désinformation à grande échelle ; favoriser un cadre de partage de connaissances ; donner la bonne information à la population en lui fournissant les éléments qui lui permettent d’apprécier l’information donnée ; et sur le long terme, faire des plaidoyers pour promouvoir la mise en place de desk de fact-checking au sein des rédactions.