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COVID-19 : La radio et la télévision assurent la continuité de l'éducation pour des millions d’enfants

22/05/2020

La radio et la télévision se sont révélé comme étant indispensables pour la poursuite de l’apprentissage de nombreux enfants lors de la fermeture des écoles à cause de COVID-19. Quelque 826 millions d'élèves (50%) tenus à l'écart des salles de classe par la pandémie n'ont pas accès à un ordinateur à leur domicile.

De nombreux pays ont donc dû trouver des solutions rapides et efficaces et la télévision et la radio se sont révélé comme une bonne alternative dans un contexte où l'apprentissage en ligne n'est pas possible.

Utiliser ces media aurait l’avantage d’aller plus vite dans une offre d’éducation touchant plus d’apprenants et créant même des opportunités d’apprentissage en famille (grâce à la diffusion de capsules radio et vidéo), de ne pas nécessiter d’infrastructures supplémentaires et d‘être une solution peu coûteuse pour assurer une continuité pédagogique.

Dans un forum virtuel organisé le 11 mai 2020 par l’UNESCO en partenariat avec l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER) et l’Institut pour l’éducation et la formation de l’Organisation internationale de la Francophonie (IFEF-OIF), quelque 300 participants ont partagé les bonnes pratiques en matière de mise en place d’audiovisuel éducatif et, ce faisant, renforcé la collaboration entre les concepteurs de contenus pédagogiques et les spécialistes de l’audiovisuel.

Des besoins et des défis

Le forum a mis la lumière sur la crise éducative créée par le COVID 19 qui a encore exacerbé les inégalités en propulsant au cœur des solutions pour la continuité pédagogique, l’enseignement à distance, avec beaucoup de solutions tournées vers les plateformes d’enseignement-apprentissage.

Le recours à la radio et à la télévision pour bon nombre de pays se heurte à l’épineuse question de la faisabilité. Une rapide cartographie réalisée par l’UNESCO et l’OIF fait ressortir des besoins de plusieurs ordres : i) politique et administratif (pilotage et niveau de responsabilité ; ii) technologique (analogique ou numérique, couverture signal…) ; iii) technique (enregistrement, montage, mixage, diffusion…) ; iv) pédagogique (motivation des enfants et des parents, évaluation des apprentissages, suivi des progressions, interactivité, formation des enseignants, pertinence des contenus…) ; v) partenarial (couts de production et de diffusion, copyright…).

Il ressort de cette cartographie que l’option d’un téléenseignement est trop sérieuse pour être laissée simplement aux techniciens de l’audio-visuel et professionnels de la communication. C’est d’abord une question de contenus, de méthodes et de rendement scolaire. Seulement, il faut un mécanisme qui unit les deux mondes que sont l’audio-visuel et l’éducation autour d’un objectif commun : servir la cause des enseignements-apprentissages, des élèves et des enseignants à travers la télévision et la radio. Tout le dispositif lié à l’audio-visuel ne pourra pas être déployé sans une garantie de l’accès à l’énergie, à une connectivité fut-elle « low-tech », en référence à la couverture du signal pour une équité dans la réponse.

Des expériences menées en Europe et en Afrique

Comment réaliser des émissions éducatives de qualité ? De quelles capacités a-t-on besoin ? Quelle est la place des éducateurs et celle des communicants ? Quels sont les écueils à éviter ? Quels résultats d’apprentissage peut-on espérer obtenir ?

Voilà quelques-unes des questions récurrentes avant et pendant l’atelier. Plusieurs professionnels de l’éducation et de l’audio-visuel, à savoir France Télévisions , La Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), La Deutsche Welle (média international de l’Allemagne) se sont succédé pour partager des expériences riches d’enseignements.

Plusieurs principes peuvent être dégagés et des leçons étayées par des exemples pratiques d’émissions radio ou télé disponibles sur leurs chaînes ou à retrouver à travers un lien hypertexte sur des plateformes de télé-enseignements.

Les offres ludo-éducatives comme « Okoo », la plateforme « Lumni »  dédiée à l’éducation, les émissions « Y'a pas école, on révise ! », « Learning by Ear », « Racines d’Afrique », « l’école à la télé » présentées lors du forum virtuel ont été bâties sur des principes et un savoir-faire techno-pédagogiques. Des échanges au cours du forum l’on peut retenir que : i) la caution institutionnelle des Ministères de l’éducation nationale, de la communication et de la culture est essentielle ; la sécurité et le respect de la vie privée et la protection des élèves ne sont pas négociables ; l’index par âge et l’index par niveau scolaire sont essentiels pour une bonne progression ; les plages horaires et les modalités de diffusion et de rediffusion sont à négocier et à respecter ; ces émissions qui font leurs preuves dans cette situation de crise devraient être maintenues après la crise COVID- 19 pour rester dans la philosophie de l’ouverture et de la diversité des offres éducatives ; la constitution d’une équipe pluridisciplinaire composée de professionnels de l’audio-visuel et de techno-pédagogues est une condition sine qua non pour le télé-enseignement.

Toutefois, comme revenu plusieurs fois lors des discussions, la question centrale reste comment réussir les évaluations des acquis à travers ces programmes ? Comment institutionnaliser toutes ces expériences porteuses mais souvent laissées à des initiatives privées ou communautaires ? Toutes ces questions sont adressées dans un plan de travail et de renforcement des capacités initié par de l’UNESCO et EUR et qui sera déployé dans un futur très proche.

Quelle feuille de route ?

« Avec la crise, la classe se dématérialise actuellement et se transfère au domicile des gens. Beaucoup d’initiatives se développent actuellement, tant au niveau radiophonique qu’au niveau numérique : il serait nécessaire d’identifier toutes ces initiatives car elles sont prometteuses.  Il y a un besoin d’aller vers des solutions car les défis sont réels et vont au-delà du contenu et curricula classique », a souligné Mactar Silla Président Directeur General de la chaine panafricaine Label TV.  Les projets nationaux et privés isolés permettraient difficilement d’assurer une véritable résilience des systèmes éducatifs, surtout dans une région comme l’Afrique. Il est alors urgent de voir des options à long terme avec une chaîne éducative panafricaine tout en répondant à des contextes différents et qui irait au-delà de l’enseignement classique tel que l’apprentissage des langues, la reproduction des salles de classe diffusée à travers la télévision pour mettre en place de vrais émissions interactives liant enseignants, parents, élèves et professionnels de l’audiovisuel autour de la continuité pédagogique. Cette option s’inscrirait alors dans la démocratisation de l’accès à l’éducation et prendrait en compte les divers publics, y compris ceux qui n’ont pas eu accès à l‘éducation.

Un autre point souligné lors du forum, est l’importance d’aller vers des co-productions /coparticipations pour avoir des contenus les plus larges possibles et satisfaire les différents publics. Il y a des leçons à apprendre des initiatives actuelles telles que celles de la RTBF, BBC, Deutsche Welle, etc., pour avoir des contenus qui deviennent des rendez-vous multiples et variés en fonction des besoins tant publics que privés.

Les contenus constituent le véritable défi, ils doivent concilier attractivité de la radio et validité pédagogique. Il faut que le contenu soit proactif, interactif, pas de substitution ou reproduction de la salle de classe, tout en permettant de concilier ce souci d’attractivité de la radio et télévision avec les soucis pédagogiques.

Il faudrait également des relais avec les réseaux sociaux, la consommation numérique évoluant énormément ces dernières années, avec un changement de paradigme vers internet. Il serait intéressant d’avoir un portail multimédia de l’éducation sur la connaissance, le savoir et le savoir-faire, pour recenser ce qui se fait ; d’avoir des validations, des contenus spécifiques pays par pays et dans les langues nationales.

L’UNESCO a fait le pari d’appuyer les pays à trouver des solutions dont le renforcement des capacités et le partage d’expériences sont les fers de lance.

Les forums suivants seront également bâtis sur le même modèle et des sessions spécifiques de formation clôtureront cette intervention de l’UNESCO et de ses partenaires dans le cadre toujours de la  Coalition mondiale pour l’éducation