La culture dans le Programme 2030

30/11/2021

La culture dans les Examens nationaux volontaires

Dans leurs Examens nationaux volontaires (ENV), les États membres reconnaissent de manière croissante l’importance de la culture comme levier pour la réalisation du Programme 2030. La culture est le pont qui traduit les ambitions internationales en réalités nationales et locales, de l’inclusion sociale, à la lutte contre le changement climatique, de la sécurité alimentaire à la reconstruction de communautés au lendemain de conflits, et de l’apprentissage tout au long de la vie au renforcement des institutions. Environ deux tiers des ENV soumis à l’ONU par les États membres, afin de suivre les progrès accomplis dans la réalisation du Programme de développement durable, mentionnent la culture. Sur cette base, l’UNESCO œuvre à mettre en évidence des liens entre la culture et les 17 Objectifs de développement durable.

La culture joue un rôle important pour la sécurité alimentaire, particulièrement au regard de la pandémie, en liant l’ODD 2 (faim « zéro »), l’ODD 3 (bonne santé et bien-être) et l’ODD 12 (consommation et production durables). Elle est un vecteur important pour la sauvegarde de l’identité culturelle des communautés. La médecine traditionnelle et les connaissances autochtones ancestrales sont reconnues comme des composantes essentielles des systèmes nationaux de santé. En outre, le pouvoir de guérison de la culture dans les situations post-catastrophe est également reconnu, tout comme la nécessité d’intégrer la culture dans les politiques de réduction des risques de catastrophe, bien qu’à un degré moindre.

Culture et sécurité alimentaire

Les Seychelles mentionnent l’importance de la pêche artisanale pour la sécurité alimentaire, l’emploi, et l’identité culturelle, particulièrement le poisson de la cuisine créole qui est à la fois un aliment de base et un mets délicat. Le secteur agricole de Samoa renforce le renouveau des pratiques traditionnelles, face à l’impact de la pandémie de COVID-19, en particulier la production de cultures sous-utilisées et très nutritives, comme le laupele. Chypre promeut également la gastronomie et les systèmes alimentaires traditionnels pour une agriculture durable, tandis que l’Institut national de l’emploi et de la formation professionnelle de l’Uruguay propose des cours pour le développement des compétences culinaires et des connaissances sur la manière de revaloriser la gastronomie locale à partir de la cuisine et des ingrédients locaux. Certains pays ont renforcé leur mise en œuvre de l’ODD 11 (villes) par des politiques de festivités alimentaires locales, comme la politique alimentaire 2015-2020 de l’Estonie et le plan alimentaire gastronomique Euskadi de l’Espagne, qui vise à promouvoir la culture alimentaire locale pour renforcer l’identité culturelle, ainsi que la consommation durable. Saint-Marin mentionne une initiative visant à stimuler les expériences alimentaires locales en utilisant des produits alimentaires et viticoles traditionnels pour la promotion du tourisme durable. Son musée de la vie rurale a également organisé plusieurs ateliers de redécouverte des traditions culinaires pour les adultes et les enfants. Enfin le VNR du Paraguay met en avant l’initiative Semilla Roga, menée par des femmes autochtones, qui vise à créer un marché de semences biologiques et à promouvoir la sécurité alimentaire et l’inclusion sociale.

La dimension culturelle des soins

Les pratiques et comportements culturels ont des implications pour les systèmes de santé, comme l’ont souligné les ENV de l’Indonésie, des Îles Marshall et de l’Équateur, qui mentionnent l’usage de la médecine traditionnelle et des connaissances autochtones ancestrales dans leurs politiques de santé nationales. Les ENV de l’Inde accordent également une grande importance à la médecine traditionnelle indienne, l’Ayush, en tant que partie intégrante du système de santé, avec des hôpitaux spécifiques pour ses programmes de traitement et de recherche. L’ENV des Palaos fait état de plusieurs initiatives pour l’intégration de la médecine traditionnelle dans le système de santé du pays, notamment un manuel de soins de santé primaires qui rassemble des recherches scientifiques rigoureuses sur la médecine traditionnelle, ainsi qu’une loi de 2018 visant à créer un cadre national pour l’accès et les bénéfices justes et équitables des connaissances traditionnelles dans les systèmes de santé. Enfin, l’initiative de la Chine « Santé et Route de la Soie » approfondit également les liens entre les connaissances traditionnelles en matière d’information sur les épidémies, de prévention et de contrôle des maladies, d’herbes et de médicaments traditionnels, par le biais de sa politique nationale de santé.

Aux PaIaos, les arts de la médecine traditionnelle sont considérés comme une savoir secret précieusement gardé et transmis à travers les générations familiales. Ces dernières années, des collaborations se sont tissées avec les praticiens de la médecine occidentale et plus traditionnelle.

Palau 2019 VNR

La culture dans les situations de catastrophes

Certains pays ont souligné le rôle de la culture comme levier de la relance et de la résilience en situations d’urgence. L’initiative du Japon « Sport pour demain » (Sport for tomorrow, en anglais) lancée en préparation des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020, avait pour objectif de faire bénéficier de soins post-conflit et post-catastrophes à 12 millions de personnes dans 204 pays et régions en renforçant la coopération internationale et l’identité par le sport. Parallèlement, des pays comme le Bénin ou le Bhoutan affirment que la culture est incluse dans leurs politiques de réduction des risques de catastrophe, limitant notamment l’impact des catastrophes sur leurs infrastructures culturelles dont certaines sont causées par le changement climatique.

Plateforme interagences de l'UNESCO sur la culture pour le développement durable

Le premier atelier de la Plateforme inter-agences de l’UNESCO sur la culture pour le développement durable, mise en place pour développer des approches et réflexions intégrées, s’est tenu le 3 novembre sur le thème des inégalités. Bien que la devise de « ne laisser personne pour compte » soit au cœur de du Programme de développement durable à l’horizon 2030, les « inégalités » revêtent un concept extrêmement complexe et multiforme. À travers ses différentes cibles, l’Objectif de développement durable 10 touche aux dimensions sociales, économiques et politiques des inégalités, tant au sein des pays qu’entre eux. Ne laisser personne pour compte constitue également l’objectif visé à travers l’un des 12 domaines d’action du rapport du Secrétaire général des Nations Unies, « Notre programme commun », publié en septembre 2021.

Mettant en relief la nécessité de stimuler l’Enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) à travers l’économie créative, les participants à la réunion ont également souligné l’importance stratégique de cette dernière pour la promotion de l’inclusion sociale, de l’égalité des genres et de l’engagement actif de la jeunesse – d’autant plus que les jeunes de 15 à 29 ans constituent la tranche d’âge la plus représentée parmi les professionnels du secteur culturel. Par ailleurs, les échanges ont reconnu que les connaissances traditionnelles et le patrimoine culturel immatériel peuvent inspirer des modèles fondés sur le marché en vue de promouvoir l’inclusion des groupes marginalisés, identifiant en particulier l’apport potentiel des connaissances alimentaires traditionnelles dans le contexte de l’économie verte en plein essor. En outre, il est ressorti des discussions que le travail décent comprend aussi le dialogue social, la protection et l’accès aux droits, et que la liberté artistique devrait être liée à la liberté d’association et à la négociation collective afin de garantir un marché du travail équitable dans le secteur de la culture, notamment en abordant des problèmes tels que la violence et le harcèlement dans l’environnement de travail.

Les intervenants de la session ont par ailleurs souligné que l’inclusion de communautés plus larges – en particulier les migrants et les personnes en situation de handicap – devrait être au cœur des efforts conjoints pour la réduction des inégalités et la protection de la diversité culturelle. Le renforcement de l’effet multiplicateur des activités culturelles sur l’inclusion sociale – en particulier par le biais de l’éducation artistique – devrait davantage être exploré à travers un recensement des initiatives existantes, des échanges et mises en réseau qui favorisent l’inclusion et l’amélioration de la productivité dans des actions entreprises en tant que système unifié. Les politiques d’inclusion pour l’engagement et la participation des peuples autochtones représentent une voie importante de coopération. Celles-ci devraient englober le patrimoine culturel et les systèmes de connaissances traditionnelles, notamment dans le cadre de la résolution des conflits et de la consommation alimentaire, ainsi que de l’adaptation au climat et de l’atténuation de ses effets.

Le groupe de travail sur les inégalités a convenu de concentrer ses efforts sur 6 axes :

  • Renforcer l’engagement politique et la recherche pour garantir un accès équitable et la diversité culturelle dans l’environnement numérique ;
  • S’appuyer sur l’économie culturelle et créative pour promouvoir une croissance durable et inclusive, en impliquant particulièrement les travailleurs du secteur informel et les groupes marginalisés ;
  • Renforcer la réglementation et les dispositifs de soutien public pour assurer la protection sociale et la juste rémunération (en ligne et hors ligne) des professionnels de la culture ;
  • Promouvoir des partenariats innovants pour collecter des données et documenter la contribution socio-économique du secteur culturel ;
  • Développer des synergies entre la culture et l’éducation en renforçant les politiques et les investissements dans l’EFTP, l’éducation artistique et l’éducation au patrimoine ;
  • Créer des synergies entre différents domaines d’action afin de promouvoir un tourisme culturel inclusif, socialement responsable et moteur du développement durable.

Prochaines étapes