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Droits des femmes en Afrique de l’Ouest : L’UNESCO soutient l’engagement de la chefferie traditionnelle et coutumière

16/10/2019
, Burkina Faso
10 - Reduced Inequalities
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

Je refuse de retourner dans mon village et être mise à l’écart car je ne veux pas qu'un habitant indexe ma case comme celle d'une sorcière  alors que je ne le suis pas.
  Témoignage d’une victime d’exclusion sociale par allégation de sorcellerie.

Depuis 2013, l’UNESCO appuie le Burkina Faso, dans la mise en œuvre de politiques publiques efficientes et inclusives qui prennent en compte les besoins et intérêts spécifiques des couches vulnérables. Ainsi, sur la base des orientations et des résultats probants de l’évaluation du niveau d’inclusivité et de durabilité sociale des politiques publiques conduite dans le pays, le « Projet Delwende, pour l’autonomisation et la réhabilitation des victimes de l’exclusion sociale » a été mis en place, en 2014. Il traduit une volonté politique d’accroître l’inclusion sociale et la durabilité des politiques publiques.

Il faut noter que cela a permis de réduire le nombre de femmes accusées de sorcellerie de 155 à 71 en 2018.

Ce projet, sous la houlette du secteur Sciences Humaines et  Sociales du Bureau régional de Dakar et de la Commission Nationale pour l’UNESCO du Burkina, est principalement centré sur les femmes exclues de leur communauté - pour allégation de « sorcellerie » - et recueillies au Centre Delwendé à Sakoula (ex Tanghin) et à la Cour de Solidarité de Paspanga (environ 500 victimes).

Le projet est articulé autour de l’accompagnement économique et du plaidoyer en faveur « des femmes exclues par allégation de sorcellerie »  Elles bénéficient de sessions de formation destinées à l’acquisition et au renforcement de leurs compétences techniques pour la production de biens divers (soumbala, savon, pate d’arachide, thé au moringa, filage du coton etc.)  De même des modules relatifs à l’organisation, la confiance en soi, à la cohabitation apaisée, leurs sont dispensés. L’UNESCO fournit aussi, aux pensionnaires, un soutien financier qui permet à ASIeNa, le partenaire contracté pour appuyer ce volet, de fournir les intrants, d’assurer le suivi, la collecte, la vente de la production et d’accompagner les femmes dans la répartition et la gestion des bénéfices tirés de leurs activités.

Les activités génératrices de revenus (AGR) ont effectivement contribué à changer concrètement les conditions de vie de certaines bénéficiaires. Quelques-unes ont acheté leurs propres motos, ouverts des comptes individuels ou  collectifs dans des mutuelles d’épargne de la place.

La quatrième session de Grand Plaidoyer en faveur des femmes exclues par allégation de sorcellerie, organisée le 02 juillet 2019 à Sakoula, a été l’occasion d’un engagement fort des chefs traditionnels et coutumiers contre toute forme de violences faites aux personnes accusées , en l’occurrence des femmes âgées.

La contribution des chefs traditionnels est d’autant plus à propos qu’ils occupent une place importante dans le système de représentation des populations ; ce qui fait d’eux des personnes respectées et écoutées. L’autre élément qui fait de l’implication des chefs traditionnels et coutumiers une nécessité, c’est le fait que, dans le processus de production du système de valeurs régissant la collectivité, leur voix est prédominante car, ils sont, d’emblée, censés réfléchir, parler et agir pour le bien de la communauté.

Dans le cadre de ce projet, l’UNESCO a entrepris avec la collaboration de l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS), une importante étude-MOST au Burkina Faso intitulée :  "Violences sociétales et droits des femmes en Afrique de l'Ouest : approche multidisciplinaire et multi-référentielle pour l'inclusion sociale des femmes accusées de sorcellerie au Burkina Faso”. Les résultats de cette étude permettront au Gouvernement de disposer d’un corpus de connaissances scientifiques en vue de mieux éclairer les politiques sociales.