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Une éducation durable dispensée dans une forêt humide sur un site colombien emblématique

18 Juin 2019

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© Fundación Granja Ecológica el Porvenir

Une attraction touristique autrefois à la mode réinventée en une plate-forme culturelle et d’apprentissage s’appuie sur son succès pour répondre aux besoins d’une population locale croissante.

Basée dans un ancien hôtel historique proche des chutes de Tequendama de 150 m de haut à Soacha, à sept kilomètres du centre de la capitale colombienne Bogota, la Fundación Granja Ecológica el Porvenir (la Fondation) a été créée afin d’informer la communauté locale, ainsi que les populations situées dans un rayon beaucoup plus large, sur les questions concernant l’écosystème, les ressources en eau locales et la forêt tropicale humide unique située à cet endroit. La Fondation a été nominée pour le Prix UNESCO-Japon d’éducation en vue du développement durable en 2018.

Les programmes d’éducation environnementale ont démarré en 1992 dans une ferme écologique située à proximité des chutes, où les visiteurs pouvaient s’informer sur l’importance des ressources naturelles de la région et améliorer leur pensée écologique. Le site, qui se trouve sur les rives du fleuve Bogota, est aussi le berceau sacré du peuple autochtone Muisca, qui a joué un rôle clé dans sa protection. La légende raconte que les chutes de Tequendama ont été créées lorsque la divinité muisca Bochica a fendu la roche avec son bâton.

La directrice et co-fondatrice, Maria Victoria Blanco, qui était venue au départ en tant que vétérinaire pour étudier la flore et la faune, a rapidement repéré le potentiel du site en tant que plate-forme d’apprentissage et ne l’a pas quitté depuis. Elle a été témoin de sa croissance florissante. La Fondation, qui est partie d’un groupe de professionnels indépendants, a été créée en 2007 et en 2014, elle a ouvert un musée sur le site historique qui, avec la ferme, a atteint plus d’un million d’enfants, de jeunes adultes et d’adultes par le biais de programmes de sensibilisation. Dans le cadre de ses activités, elle a restauré plus de 12 000 mètres carrés de forêt humide.

« À l’origine, au XIXe siècle, c’était une gare ferroviaire qui attirait des foules de vacanciers qui venaient voir les chutes, ce qui a conduit à la construction de l’hôtel », a dit Maria. « Il est tombé en décrépitude dans les années 1980 jusqu’à ce que la Fondation arrive avec l’idée de le transformer en plate-forme d’apprentissage sur l’environnement naturel. Les choses ont réellement commencé à bouger en 1994 lorsqu’a été promulgué le premier décret national concernant l’éducation au développement durable. La région est si riche d’une biodiversité unique qu’un projet pédagogique semblait évident ».

De l’hôtel au musée environnemental

Avec le soutien de l’Union européenne, ils ont entrepris la tâche immense de réhabiliter le bâtiment abandonné en musée.

La Fondation a également mené des activités de sensibilisation autour du fleuve Bogota qui avait souffert de sa proximité avec la capitale. Ce qui rend la région de Tequendama si intéressante tient en partie à la hauteur des chutes, qui crée une eau hautement oxygénée et des conditions uniques pour la biodiversité.

« Nous sommes allés rencontrer les communautés qui vivent près du fleuve pour les impliquer dans nos solutions visant à le nettoyer et à le protéger. Nous avons formé un groupe de chefs et les avons informés en utilisant des exemples de fleuves endommagés à travers le monde qui avaient été restaurés avec succès. Ils sont désormais en contact permanent les uns avec les autres pour partager des nouvelles et des informations », a dit Maria.

En 2014, le Gouvernement colombien a officiellement reconnu l’importance de la région des chutes de Tequendama en tant que morceau du patrimoine national, et la région a été déclarée comme faisant partie du patrimoine en 2018.

« Le centre a deux grands scénarios pédagogiques : le musée interactif et la ferme-réserve écologique. Pour les deux, nous faisons participer les enfants et les jeunes d’une manière simple mais créative. Ils ont des livres à colorier et à remplir, qu’ils ramènent ensuite à la maison pour faire passer le message », a dit Maria.

« Dans le même temps, nous renforçons les capacités des membres de la communauté locale, et nous travaillons avec une douzaine de familles, qui ont les meilleures connaissances sur cette région pour guider et éclairer les visiteurs du centre. Je suis une invitée. Ils ont leurs ancêtres ici », a expliqué Maria.

Ce sont les guides locaux formés qui emmènent les visiteurs se promener en forêt pour voir de leurs propres yeux la forêt humide unique qui est un système vital pour contrôler le changement climatique et qui est écologiquement restaurée par la réintégration d’espèces natives aussi bien animales que végétales. La région abrite un grand nombre de mammifères, notamment des paresseux et des chats sauvages, ainsi que différentes espèces d’insectes et d’oiseaux qui sont toutes recensées dans des inventaires rendus possibles grâce aux liens solides noués avec les universités locales.

La Fondation œuvre également avec la communauté locale pour mettre en œuvre des modèles de production agricole et d’élevage durables, en accord avec les conditions environnementales et le budget limité de la plupart des paysans. Parallèlement à la promotion de la pensée écologique, cela montre en quoi la conservation peut être associée à des opportunités de revenus ainsi qu’à la santé et au bien-être.

Relever le défi d’une population croissante

Le prochain grand défi consiste à répondre à la croissance rapide de la population, qui s’accompagne d’importantes constructions et de menaces supplémentaires pour le paysage naturel.

« Pour nous, notre travail consiste à motiver la société civile. Nous ne sommes pas le gouvernement, même si nous avons son soutien. Nous sommes convaincus en tant que citoyens que nous avons certains droits et devoirs en matière d’environnement », a dit Maria. « Cette région, qui était autrefois stigmatisée et qui avait beaucoup de problèmes sociaux, s’est transformée en un lieu que les populations locales sont fières de montrer aux autres. »

Outre la reforestation d’une aire de 10 000 mètres carrés supplémentaires et le développement de nouvelles aires d’exposition dans le musée, il est également prévu d’aménager un jardin botanique où les gens pourraient venir s’informer sur l’écosystème naturel.

« Ce qui est merveilleux, c’est que nous ramenons à la vie quelque-chose que personne ne voulait vraiment et qu’aujourd’hui, nous avons atteint un stade où l’État lui-même nous protège et nous encourage », a dit Maria.

L’éducation est essentielle à une utilisation durable et équitable de la biodiversité et à sa conservation. Elle donne aux individus, aux communautés et à toutes les populations du monde la compréhension, les compétences et les attitudes nécessaires pour intégrer les questions de biodiversité dans leurs vies et pratiques quotidiennes. L’UNESCO soutient l’éducation et la sensibilisation à la biodiversité dans le cadre de son programme d’éducation au développement durable et de son programme interinstitutions de communication, d’éducation et de sensibilisation du public mis en œuvre avec le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.