L’éducation est la clé pour déconstruire la notion de race

23 Mars 2018

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© UNESCO / Olivier Marie

L’éducation de toutes les couches sociales, et en particulier de jeunes générations, reste le meilleur moyen d’arrêter la prolifération des discours racistes et discriminatoires et de nourrir des échanges interculturels. C’est le message des expertes réunies ce 21 mars à l’UNESCO à Paris autour de la table ronde « Déconstruire la notion de race : lutter contre les préjugés et favoriser la diversité », organisée à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

L’événement a commencé par une présentation d’Evelyne Heyer, professeure du Museum national d’Histoire naturelle, qui a exposé les preuves scientifiques allant à l’encontre de la notion de race, laquelle est en réalité le résultat de pratiques discriminatoires voire exterminatrices de « l’Autre » à travers l’Histoire.

« Les races n’existent pas dans le sens qu’on connaissait au 19e siècle, et même si on supprime le mot « race », le racisme continuera d’exister. Le terme de « race » a une histoire. On ne peut pas supprimer un mot qui a une histoire, ne serait-ce que pour pouvoir le déconstruire, » a expliqué Heyer.

Selon elle, l’ADN de tous les êtres humains est identique à 99,9%, et nous sommes tous originaires d’Afrique, une origine qui remonte à environ 100 000 ans. Seulement 0,1% de différence entre les génomes des populations à travers le monde ne permet pas de justifier la notion de race.

« Le racisme ne concerne pas seulement la couleur de peau, mais aussi la discrimination contre les individus qui sont physiquement, culturellement et moralement différents. » a indiqué Heyer.  Notre diversité génétique n’est que le résultat d’adaptations à notre environnement et à nos origines géographiques proches.

Définir le racisme exige de prendre en compte ses trois composantes essentielles : la catégorisation, la hiérarchisation et l’essentialisation. La catégorisation est une opération mentale qui simplifie le monde en classant les populations dans des « boites », ou catégories, selon leur couleur de peau, leur religion, leur origine géographique, etc. La hiérarchisation ajoute un jugement de valeur à ces catégories, et considère certains groupes d’individus comme supérieurs ou inférieurs les uns par rapport aux autres. L’essentialisation est un processus par lequel les individus d’un groupe sont réduits aux caractéristiques morales, aux facultés intellectuelles, et aux traits psychologiques arbitrairement accordés à ce groupe, comme s’il s’agissait d’une caractéristique immuable et qui se passerait de générations en générations.

Victoria Tauli-Corpuz, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit des peuples autochtones, a décrit le racisme à travers la perspective des communautés et mouvements autochtones.

« Les peuples autochtones ont subi le racisme et la discrimination depuis la colonisation.  Le racisme était utilisé délibérément pour qu’ils se sentent inférieurs, et pour s’accaparer des ressources de leurs terres. La stratégie, c’était de leur faire oublier qui ils étaient, » dit-elle. « La bonne nouvelle, c’est que les peuples autochtones se réveillent, défendent leurs identités, et utilisent le cadre juridique pour protéger leurs territoires et lutter contre la discrimination. »

Pour Rita Izsák-Ndiaye, Membre du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, la lutte contre la discrimination raciale commence au cœur de nos foyers, au sein de nos propres familles : « Je suis une chrétienne blanche hongroise, et mon mari est un musulman noir africain. Quand je regarde ma famille, grâce à l’amour et aux valeurs communes que nous partageons, je vois qu’il est possible de faire face aux tensions interculturelles et interreligieuses. »

En ce qui concerne la diffusion de messages haineux et le renforcement des stéréotypes sur les réseaux sociaux, elle explique qu’il est nécessaire de stimuler un débat constructif. « Nous ne pouvons pas rester silencieux face à la haine. Nous avons besoin d’une présence en masse de personnes antiracistes sur les réseaux sociaux pour lutter contre les discours haineux, » dit-elle. « La société appartient à tout le monde. L’éducation, les arts, la musique, la littérature, les sciences doivent inclure tout le monde. »

A la fin de la table ronde, les invitées ont conclu que la seule manière de combattre le racisme était à travers l’éducation et l’action. « Aux premiers stades de leur éducation, les enfants ont besoin d’apprendre à voir les autres comme leurs égaux. Pour que nos systèmes éducatifs soient en mesure de créer des sociétés plus harmonieuses, il est crucial de promouvoir les échanges interculturels, » explique Tauli-Corpuz.

L’événement s’est poursuivi par l’inauguration de la version abrégée de l’exposition itinérante « Nous et les autres – Des préjugés au racisme » en présence d’André Delpuech, Directeur du Musée de l’Homme, qui a prononcé une allocation de bienvenue. L’exposition emporte les visiteurs dans un décryptage minutieux des raisonnements qui ont mené aux pratiques racistes et discriminatoires de certaines périodes de l’Histoire, et dresse un état des lieux des différents comportements racistes et préjugés. Conçue par le Museum national d’Histoire naturelle de France, et présentée au Musée de l’Homme de mars 2017 à janvier 2018 sous le patronage de l’UNESCO, l’exposition voyagera dans différentes villes membres de la Coalition internationale des villes inclusives et durables de l’UNESCO – ICCAR.