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Éducation des filles : reconstruire ensemble l’égalité sur le continent africain

10/12/2020

« Si nous ne sommes pas tous égaux, alors personne ne l’est », a déclaré Sewanatu, militante des droits des filles de Sierra Leone, lors de la présentation panafricaine de la publication « Reconstruire l’égalité – Guide de rescolarisation des filles ».

À l’occasion de cette manifestation virtuelle, l’UNESCO, l’Union africaine, le Fonds Malala, Plan International, l’Initiative des Nations Unies en faveur de l’éducation des filles (UNGEI) et l’UNICEF ont uni leurs forces afin d’examiner les dimensions de genre des fermetures d’établissements scolaires liées à la COVID-19 et de concrétiser en Afrique l’engagement de garantir l’éducation des filles dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

« Nous sommes à un moment crucial pour l’éducation des filles », a indiqué M. Chernor Bah, animateur de la manifestation et fondateur de Purposeful Sierra Leone. « Ce n’est pas seulement une chance de reconstruire en mieux, c’est une chance de reconstruire l’égalité. »

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de COVID-19, on comptait dans presque tout le continent africain 236 millions d’apprenants déscolarisés. À l’heure actuelle, les fermetures partielles ou totales des établissements scolaires touchent encore des millions d’apprenants dans 14 pays, et beaucoup ne savent pas quand ils reprendront le chemin de l’école.

« La lutte contre la COVID-19 doit s’accompagner d’une approche inclusive et participative de la population des pays, accordant une attention particulière aux besoins spécifiques des plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées », a déclaré Mme Sarah Anyang Agbor, Commissaire de l’Union africaine, dans son allocution d’ouverture. D’après les estimations, 1 million de filles en Afrique subsaharienne risquent de ne jamais retourner en classe après la réouverture des écoles, en raison des politiques et pratiques qui interdisent aux filles enceintes et aux jeunes mères de reprendre leur scolarité.

« Les écoles sont plus qu’un lieu d’apprentissage », a affirmé M. Muzi Ndlovu, Directeur de la promotion de la santé au Ministère sud-africain de l’éducation de base. « Elles donnent accès à des services essentiels, à la protection sociale, à des repas et à un environnement exempt de violence et d’exploitation. » À l’heure où les établissements scolaires du continent rouvrent ou se préparent à le faire, gouvernements, responsables du secteur de l’éducation, dirigeants communautaires, enseignants et personnel scolaire ont une chance de reconstruire l’égalité en transformant les systèmes éducatifs, en accroissant la résilience et en éliminant les obstacles à l’éducation des filles.

« Nous croyons que seule la coopération nous permettra de reconstruire l’égalité et de surmonter les effets dévastateurs de la pandémie de COVID-19 », a déclaré Mme Stefania Giannini, Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour l’éducation. Mme Rita Bissoonauth, Directrice du Centre international pour l’éducation des filles et des femmes de l’Union africaine, a souscrit à ce point de vue : « Comme pour la crise de l’Ebola, nos pays africains sont une nouvelle fois invités à s’unir… nous tous, sur ce continent, avons un rôle à jouer ».

Les filles et les jeunes militants demandent à participer au changement et appellent les dirigeants à rendre des comptes. « Nous prenons la place qui nous revient en tant que dirigeants de demain, défenseurs de nos propres causes et premiers concernés », a affirmé Yande, militante des droits des filles de Zambie. « Nous devons exiger des actions, qui auraient dû être menées hier plutôt qu’aujourd’hui ».

Mme Nyaradzayi Gumbonzvanda, Ambassadrice de bonne volonté de l’Union africaine pour l’abolition du mariage des enfants et Directrice exécutive du Rozaria Memorial Trust, a abondé dans ce sens en déclarant : « nous ne nous contentons pas de reconstruire en mieux, nous construisons l’avenir avec les filles ».

Les discussions ont également porté sur la nécessité d’investir de manière soutenue dans l’éducation des filles. « Pour reconstruire l’égalité, nous devons non seulement nous soucier du montant des financements, mais aussi de la façon dont ils sont dépensés », a indiqué Mme Alice Albright, Directrice générale du Partenariat mondial pour l’éducation.

Différentes mesures ont été évoquées au cours de la manifestation, des principes directeurs permettant aux filles enceintes et aux jeunes mères de poursuivre leur scolarité en Afrique du Sud à la sensibilisation des parents à l’importance de l’éducation des filles, mentionnée par Mme Véronique Bakayoko, Directrice de l’égalité et l’équité du genre au Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle de la Côte d’Ivoire.

« Nous invitons les gouvernements africains à continuer d’accorder une importance prioritaire aux filles et à faire en sorte que leurs besoins spécifiques soient pris en compte dans la réponse éducative actuelle et dans les plans de relèvement », a déclaré Mme Cecilia Baldeh, Conseillère régionale pour l’éducation à l’UNICEF, dans son discours de clôture.

L’UNESCO, le Fonds Malala, Plan International, l’UNGEI et l’UNICEF, par le biais du programme phare Égalité des genres de la Coalition mondiale pour l’éducation, ont publié un guide pratique qui fournit des plans complets et fondés sur des données factuelles pour rouvrir les établissements scolaires en toute sécurité, en tenant compte des questions de genre et en répondant aux besoins des enfants et des filles les plus marginalisées. Le guide a été élaboré dans le cadre de la campagne Les filles au premier plan afin de garantir que chaque fille puisse apprendre pendant et après la pandémie de COVID-19.

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Photo: © Arne Hoel/The World Bank