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Éducation dans les situations d’urgence : pourquoi avons-nous besoin de données de meilleure qualité ?

06/10/2020

Les plus grandes disparités en matière d’éducation apparaissent souvent dans des contextes de crise. Selon les estimations, 75 millions d’enfants âgés de 3 à 18 ans vivant dans 35 pays touchés par des crises ont un besoin urgent de soutien éducatif. Si nous voulons atteindre l’ODD 4 et concrétiser les principes essentiels de « ne laisser personne de côté » et de « venir en aide aux plus défavorisés en premier », les systèmes éducatifs doivent relever ces défis. Pour cela, il est indispensable de disposer de données de meilleure qualité sur l’éducation dans les situations d’urgence.

Pourquoi avons-nous besoin d’informations de qualité sur l’éducation dans les situations d’urgence ? 

Il est essentiel de comprendre les besoins complexes et changeants des apprenants, leurs environnements et les systèmes éducatifs en général, en particulier au vu des défis et menaces de plus en plus intenses qui se font jour, comme les effets du changement climatique, les épidémies et pandémies transfrontalières et l’augmentation des inégalités au niveau mondial. Le manque de données de qualité fait qu’il est difficile de promouvoir et d’élaborer des programmes qui répondent aux besoins des élèves touchés par une crise. Des données précises, actualisées, fiables et exploitables sont nécessaires non seulement pour répondre aux crises, mais aussi pour étayer la planification fondée sur des données factuelles en matière de préparation et de prévention. Faute de données de qualité, les gouvernements locaux et nationaux n’ont qu’une capacité limitée à se préparer et à répondre efficacement aux crises, car les données sont indispensables la planification des processus à tous les niveaux des systèmes éducatifs.

La pandémie de COVID-19 a fait ressortir le besoin urgent de données précises, ventilées, fiables et actualisées sur l’éducation dans les situations d’urgence. Bien que la majeure partie de la population mondiale en ressente les conséquences, cette crise a frappé de manière disproportionnée les populations de migrants touchées par des conflits, déplacées et vulnérables. Afin de garantir que les efforts et les progrès réalisés en matière d’inclusion soient préservés, et que les obstacles à l’éducation auxquels se heurtent les apprenants touchés par une crise ne persistent ni ne s’aggravent pendant la pandémie, des données ventilées et de qualité sont nécessaires pour s’assurer que personne n’est laissé de côté et que les réponses du secteur éducatif à la COVID-19, notamment l’apprentissage à distance et la réouverture des établissements scolaires, sont équitables.

Quelles sont les difficultés liées aux données sur l’éducation dans les situations d’urgence ?

Dans les situations de crise, les données précises, fiables et actualisées sont souvent difficiles d’accès, voire inexistantes. De grandes quantités de données sont disponibles dans bon nombre de contextes d’éducation d’urgence, mais elles sont rarement harmonisées et faiblement accessibles, et les activités de collecte, de gestion et d’analyse sont mal coordonnées. De plus, les systèmes et outils nationaux de statistiques sur l’éducation, à l’instar des systèmes d’information sur la gestion de l’éducation (SIGE), ne sont généralement pas capables de s’adapter à la nature changeante des crises. Il en résulte d’importantes lacunes de données, qui sont généralement comblées par les organisations humanitaires, bien que leurs outils et systèmes diffèrent parfois des systèmes nationaux. Cela peut créer une rupture entre ces réponses plus rapides et plus courtes et les processus de développement de l’éducation à plus long terme, qui sont généralement conduits par les systèmes nationaux. Aujourd’hui et demain, les crises continueront de poser des problèmes complexes et persistants en matière d’éducation, qui ne pourront être résolus par des mesures graduelles et à court terme. C’est pourquoi il est urgent que l’action humanitaire et l’action de développement, en particulier pour l’éducation dans les situations d’urgence, soient complémentaires et s’attachent à combler l’écart qui a tendance à séparer ces deux types d’intervention.

Qu’est-ce qu’un SIGE ?

Un système d’information sur la gestion de l’éducation (SIGE) est un sous-système d’un système éducatif dont l’objectif est de collecter, stocker, traiter, analyser et diffuser des données et des informations sur l’éducation. L’UNESCO promeut une conception globale et large du SIGE, qui va au-delà de ses composantes physiques ou du logiciel utilisé pour la collecte, la gestion et l’analyse des données. Le SIGE est conçu selon une approche sectorielle de l’éducation et inclut, sans toutefois s’y limiter, des données administratives issues des recensements des établissements scolaires, des données financières et des données d’évaluation de l’apprentissage. En substance, le SIGE englobe l’ensemble de l’« écosystème de données » à tous les niveaux du système éducatif national.

Que fait l’UNESCO pour améliorer la qualité des données sur l’éducation dans les situations d’urgence ?

En partenariat avec NORCAP et Éducation Cannot Wait, et avec le soutien de l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement, l’UNESCO dirige un projet destiné à renforcer les systèmes d’information sur la gestion de l’éducation (SIGE) et les données au niveau national en vue d’améliorer la résilience aux crises. Face au besoin de données précises et pertinentes dans les situations de crise, le projet vise à garantir un accès permanent à une éducation de qualité et à des espaces d’apprentissage sûrs pour tous, en particulier les enfants et les jeunes vulnérables. Le projet s’inscrit dans le cadre de l’engagement plus large de l’UNESCO en faveur de l’inclusion des personnes vulnérables dans les systèmes éducatifs nationaux, l’accent étant mis sur les populations touchées par une crise.

Au cours du second semestre 2019, une analyse du paysage et des données de l’éducation dans les situations d’urgence a été menée dans six pays : l’Éthiopie, l’Ouganda, la Palestine, le Soudan du Sud, la Syrie et le Tchad. S’appuyant sur les résultats de ces six études de cas, l’UNESCO a convoqué une conférence internationale qui se tiendra en 2021 et rassemblera des partenaires et parties prenantes issus de la communauté de l’humanitaire et du développement, y compris des gouvernements nationaux, afin d’examiner la voie à suivre dans le domaine des SIGE et des données sur l’éducation dans les situations d’urgence. La conférence sera l’occasion d’étudier et de chercher des solutions pour renforcer les systèmes nationaux, en vue de fournir des données précises qui viendront étayer les politiques, stratégies et programmes de préparation aux crises, de réponse et de relèvement. Par ailleurs, l’UNESCO et ses partenaires travaillent à l’élaboration des futures phases du projet, dont la mise en œuvre est prévue pour 2021.

Pourquoi est-il si important de renforcer les systèmes nationaux ?

C’est aux gouvernements qu’il incombe au premier chef d’œuvrer en faveur de l’éducation pour tous. Ils jouent un rôle central en tant que garants d’une gestion et d’un financement efficients, équitables et efficaces de l’éducation publique. Si nous voulons libérer le pouvoir de l’éducation pour tous, y compris pour les personnes en situation de crise, il faut mettre en place des systèmes éducatifs plus résilients et réactifs face aux crises. Pour y parvenir de façon efficace et durable, les autorités éducatives ont besoin de données de qualité pour être à même de prendre des décisions solides et étayées par des éléments factuels. 

L’engagement pris par l’UNESCO lors du tout premier Forum mondial sur les réfugiés montre l’importance accordée au renforcement des systèmes. En décembre 2019, l’Organisation s’est engagée à aider les systèmes éducatifs nationaux à inclure les populations déplacées de force en fournissant une assistance technique pour le renforcement des systèmes, la formulation des politiques et la planification. Le travail en cours sur les SIGE et les données joue un rôle essentiel dans la mise en œuvre et la réalisation de cet engagement.