Éliminer les obstacles à l’apprentissage à distance

20/04/2020

La grande majorité des pays a mis en œuvre des solutions d’apprentissage à distance le mois dernier, mais ces solutions permettent-elles d’atteindre les 1,5 milliard d’élèves concernés par la fermeture des écoles dans le monde ?

« L’efficacité de ces stratégies dépend essentiellement de quatre niveaux de préparation : technologies, contenus, pédagogie, et suivi et évaluation », a expliqué M. Borhene Chakroun, Directeur de la Division de l’UNESCO pour les politiques et les systèmes d’apprentissage tout au long de la vie, en ouvrant le cinquième webinaire consacré au Covid-19 qui s’est tenu le 17 avril.

Ces quatre aspects comprennent l’accès à des solutions d’apprentissage à distance, la disponibilité de contenus en ligne conformes au programme d’enseignement national, l’état de préparation pédagogique des enseignants ainsi que des parents et autres éducateurs, et le suivi des progrès des élèves. Les obstacles qui peuvent surgir à ces différents niveaux risquent de nuire à la continuité de l’apprentissage, en particulier pour les élèves les plus marginalisés, comme cela a été souligné lors de ce webinaire qui a réuni 280 participants.

Phases de la mise en œuvre des solutions d’apprentissage à distance

M. Fengchun Miao, Chef de l’Unité des TIC dans l’éducation, a expliqué que la réaction à la fermeture des écoles comporte trois grandes phases. Tout d’abord, la réponse immédiate est de définir la meilleure combinaison de technologies pour assurer la continuité pédagogique, en mettant un accent supplémentaire sur le soutien psychosocial. La deuxième phase consiste à mettre en place une nouvelle routine quotidienne de confinement. La participation, la mobilisation et l’apprentissage extrascolaire à distance arrivent alors au premier plan des préoccupations. La dernière phase se concentre quant à elle sur la réouverture des établissements d’enseignement. Elle s’attache à rendre les systèmes éducatifs plus résilients, ouverts et préparés pour l’avenir en conservant certaines des méthodes basées sur la technologie qui ont été expérimentées pendant cette période.

Enseignements tirés par les pays

Tous les pays sont aux prises avec des difficultés similaires, quelle que soit leur taille. Bien que l’Arménie ait déjà expérimenté l’apprentissage à distance, 25 % des 383 000 élèves qu’elle compte n’ont pas accès à un ordinateur. Le gouvernement a donc lancé une campagne de solidarité publique visant à fournir des appareils aux familles à faible revenu, et négocie la gratuité de l’accès à Internet avec les compagnies de télécommunications. L’absence de contenus en ligne conformes au programme d’enseignement national et de préparation sur le plan pédagogique est également un problème, a indiqué Mme Zhanna Andreasyan, Vice-Ministre de l’éducation. Environ 47 % des enseignants déclarent n’avoir jamais utilisé les TIC en classe. « Nous avons mis en place une plate-forme unifiée qui propose des ressources d’apprentissage à distance et des cours vidéos, un répertoire d’enseignants-référents et des formations en ligne destinées aux enseignants, a-t-elle expliqué, en précisant que ces outils sont utilisés par la plupart des enseignants. Nous considérons qu’il s’agit d’une occasion de faire progresser le programme de réforme de l’éducation », a conclu Mme Andreasyan.

De la même manière, dans la province canadienne de l’Ontario (2 millions d’élèves), 15 000 enseignants ont suivi une formation de deux semaines sur les cours en ligne dispensée par le Ministère de l’éducation, a expliqué Mme Yael Ginsler, Sous-Ministre adjointe du Ministère de l’éducation de l’Ontario. Les supports de cours portent principalement sur les mathématiques, la lecture et l’écriture et les matières scientifiques, et des recommandations sont fournies concernant le programme à suivre et le nombre d’heures à consacrer à chacun d’entre eux. Des cours en ligne et des sélections de ressources éducatives multilingues sont publiés sur un site Web central en accès libre. Le Ministère tient des réunions hebdomadaires avec les syndicats et les conseils scolaires, afin de les consulter au sujet des problèmes émergents et de chercher des solutions en adoptant une approche pangouvernementale.

Le Brésil est confronté à des inégalités extrêmes, y compris sur le plan de la connectivité à haut débit ; en effet, 70 % de l’accès à Internet se concentre autour de cinq grandes agglomérations. M. Ladislas Dowbor, professeur à la Pontifícia Universidade Católica de São Paulo, a présenté les mesures qui ont été prises pour s’adapter au contexte. La télévision est le moyen le plus accessible d’assurer la continuité de l’apprentissage pour les catégories à faible revenu, étant donné que 95 % de la population possède un poste. Le Secrétaire à l’éducation de l’État de São Paulo a opté pour une approche mixte, combinant programmes éducatifs télévisés diffusés sur une chaîne publique (TV Cultura, 150 millions de téléspectateurs), supports papier et messages et applications mobiles gratuits. Soulignant l’aspect positif de la situation, M. Dowbor a affirmé que les élèves deviennent les acteurs de leur propre expérience d’apprentissage, contrairement à ce qui se passe dans le cadre scolaire classique. En outre, « grâce à un réseau de producteurs indépendants, nous construisons une culture de la création et du partage du savoir différente, plus collaborative, et dans laquelle plusieurs générations apprennent ensemble ».

Évaluation des pratiques d’apprentissage à distance

En République de Corée, Mme Seoyong Kim, mère d’un élève de CE-1 et professeure d’anglais, a fait part de ses inquiétudes concernant l’apprentissage unidirectionnel et le manque d’information sur ce que les élèves retiennent réellement. « Les parents ne savent pas si leur enfant étudie ou se contente de passer du temps devant l’écran. En tant qu’enseignant, il est important de fournir des retours et de suivre régulièrement chacun de ses élèves, en accordant une attention particulière à ceux qui sont plus lents afin qu’ils ne restent pas à la traîne ». À cet égard, elle a estimé que les enseignants ont besoin de plus de soutien et qu’un système d’évaluation obligatoire doit être instauré pour s’assurer que les élèves apprennent bien.

M. Mike Sharples, professeur émérite à l’Open University au Royaume-Uni, a estimé que la recherche sur l’efficacité de l’apprentissage à distance aux niveaux primaire et secondaire est insuffisante. « Les vidéos pédagogiques seules ne sont pas aussi efficaces que l’enseignement en face à face, a-t-il indiqué, évoquant également les fortes disparités liées au cadre d’apprentissage à la maison. La combinaison de plusieurs méthodes pédagogiques donne de meilleurs résultats, par exemple l’apprentissage personnalisé, l’apprentissage collaboratif assorti d’objectifs clairs à atteindre par les élèves, et la fourniture de retours réguliers de la part de l’enseignant ».

Planification intégrée à l’échelle du système

Pour conclure la séance, M. Tao Zhan, Directeur de l’Institut de l’UNESCO pour l’application des technologies de l’information à l’éducation, a souligné qu’il est important d’adopter une approche intégrée de la planification des stratégies d’apprentissage à distance. Cela permet de mettre à profit les synergies entre outils en ligne, télévisés et radiodiffusés pour exploiter pleinement le potentiel de l’apprentissage à distance.