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Enquête mondiale de l’UNESCO sur la violence en ligne contre les femmes journalistes

15/12/2020

Rapport instantané publié à l’occasion de la Conférence mondiale sur la liberté de la presse 2020

Principaux résultats [1] :

 

  • 73 % des femmes journalistes ayant participé à l’enquête déclarent avoir subi des violences en ligne dans le cadre de leur travail.
  • 25 % déclarent avoir été menacées de violences physiques.
  • 18 % de menaces sexuelles. 
  • 20 % de ces femmes déclarent avoir fait l’objet d’attaques hors ligne en rapport avec la violence qui les visait en ligne.

 

 

Les résultats d’une étude de l’UNESCO et de l’ICFJ publiée le 10 décembre, ont été discutées lors d’une session intitulée ‘Online violence: The New Front Line for Women Journalists - #JournalistsToo’, organisée par l’UNESCO et l’ICFJ à l’occasion de la Conférence mondiale sur la liberté de la presse. Les journalistes primées Rana Ayyub, Carole Cadwalladr, Ferial Haffajee et Julie Posetti, directrice mondiale de la recherche de l'ICFJ, y ont participé.

Carole Cadwalladr, journaliste britannique connue pour avoir révélé le scandale de Cambridge Analytica en 2018, a partagé son expérience personnelle concernant la violence en ligne. « À mesure que mon travail commençait à faire parler de lui, j’ai eu de plus en plus d’abonnés et donc plus de trolls », a-t-elle expliqué. Rana Ayyub, journaliste d’enquête indienne, a témoigné : « Cela a commencé par des menaces de viol, des menaces de mort, du doxing. »

Ce phénomène touche les femmes journalistes sur le plan professionnel, mais aussi personnel. 30 % des participantes à l’enquête de l’UNESCO et de l’ICFJ déclarent s’autocensurer face à cette violence et 26 % en souffrir mentalement. « J’ai voulu quitter les réseaux sociaux, arrêter le journalisme. Ces choses-là n’arrivent pas aux hommes. », a fait remarquer Rana Ayyub. « Nous ne devrions pas avoir à payer ce prix pour faire connaître notre travail sur les réseaux sociaux ».

Ce déferlement de haine en ligne s’accompagne souvent de désinformation : 41 % des femmes ayant répondu à l’enquête déclarent avoir été la cible d’attaques en ligne liées à des campagnes de désinformation organisées. « Ces campagnes sont spécifiquement dirigées contre les journalistes et visent à discréditer leur travail », a expliqué Carole Cadwalladr.

Les journalistes ont demandé une plus grande transparence et responsabilité de la part des plateformes de réseaux sociaux concernant l’augmentation des attaques en ligne contre des femmes journalistes : « La manière dont ces plateformes nous traitent est absolument pathétique », a déclaré Ferial Haffajee, journaliste d’enquête et rédactrice en chef sud-africaine. Carole Cadwalladr a ajouté : « Nous devons interpeller les plateformes. Nous devons exiger qu’elles rendent des comptes ». Selon les conclusions de l’enquête, Facebook décroche la place de plateforme la moins sûre sur les cinq premières plateformes ou applications utilisées par les participantes, près du double d’entre elles la considérant comme « très risquée » par rapport à Twitter.

Les effets de la violence en ligne sur les journalistes et sur la liberté de la presse pouvant être désastreux, de nombreuses journalistes continuent à faire preuve d’une grande résilience face à ces violences répétées. « Il s’agit d’une limite considérable dans la protection de la liberté des médias », a expliqué Ferial Haffajee. « Je ne me laisserai pas mettre à l’écart, il nous a fallu beaucoup trop d’années pour arriver là où nous sommes ». « Nous devons tirer la sonnette d’alarme », a ajouté Carole Cadwalladr.

Les intervenantes ont salué l’enquête de l’UNESCO et de l’ICFJ comme une étape importante dans la lutte contre les violences en ligne envers les femmes journalistes. Julie Posetti a rappelé que « cette crise est en train de s’aggraver » et que « les femmes ne peuvent pas se permettre de rester dans l’ombre ».

À propos de l'enquête

 L’enquête mondiale a été lancée en octobre 2020 afin d’évaluer l’ampleur de la violence en ligne visant les femmes journalistes dans le monde et a été menée auprès d’environ 900 participantes dans 125 pays. Cette enquête s’inscrit dans une étude mondiale plus large réalisée à la demande de l’UNESCO visant à évaluer l’étendue et les effets du harcèlement en ligne contre les femmes journalistes dans le monde et se concentrant notamment sur les pays du Sud, encore peu étudiés, dans le but de formuler des recommandations concrètes pour lutter contre ce phénomène.

Les premières conclusions de l’enquête mondiale ont été publiées à l’occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (le 25 novembre). Le lancement du rapport le 10 décembre a quant à lui coïncidé avec le dernier jour de la campagne de 16 jours d'activisme contre la violence sexiste et la Journée internationale des droits de l'homme.

Ce projet a reçu le soutien financier du Programme multidonateurs de l'UNESCO sur la liberté d'expression et la sécurité des journalistes et de la Swedish Postcode Foundation.

Liens utils

 

1. Sur un échantillon original de 1 210 répondants à l'enquête internationale autosélectionnés, 901 ont été acceptés comme analyse détaillée valide. Ce rapport est basé sur une analyse ventilée par sexe des 714 femmes interrogées.