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Enquête publique « Le monde en 2030 » : le changement climatique et la perte de biodiversité sont de loin les plus grandes préoccupations, tandis que le multilatéralisme et l’éducation apparaissent comme les solutions les plus importantes

16/11/2020

Les résultats de l’enquête publique de l’UNESCO intitulée « Le monde en 2030 », qui s’est déroulée de mai à septembre 2020, sont à présent disponibles. Lancé par l’Unité de soutien pour la transformation stratégique, cet appel à contributions international et inclusif a suscité des réponses de la part de plus de 15 000 personnes à travers le monde. Ces résultats viennent d’ores et déjà nourrir les réflexions de l’UNESCO afin de veiller à ce que les programmes de l’Organisation répondent aux besoins réels des citoyens du monde entier pour la décennie à venir.

À une époque marquée par de grands bouleversements liés à la pandémie de COVID 19, notre objectif était d’être à l’écoute des défis auxquels les individus sont confrontés dans le monde entier, et ils nous l'ont dit fort et clair. Nos programmes visant à lutter contre le changement climatique, à réduire la violence et à promouvoir l’égalité, notamment par l’éducation, revêtent une importance primordiale. Il faudra toutefois redoubler d’efforts pour répondre aux préoccupations spécifiques des individus, et le multilatéralisme est le moyen d'y parvenir. Le rétablissement de la confiance dans le multilatéralisme exige la mise en œuvre de projets concrets et efficaces, et c'est là le cœur de la mission de notre Organisation.

Audrey Azoulay - Directrice générale de l'UNESCO

Les personnes ayant répondu à l’enquête ont cité le changement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité, la violence et les conflits, la discrimination et les inégalités, ainsi que l’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau et de logements, comme les quatre principaux défis à relever pour parvenir à des sociétés pacifiques d’ici à 2030. L'éducation sous ses différentes formes est ainsi apparue comme une solution essentielle aux nombreuses difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Et si ces personnes ont très largement loué l’importance de la coopération mondiale, très peu d’entre elles se sont montrées confiantes quant à la capacité du monde à relever efficacement ses défis communs.

Le changement climatique et la perte de biodiversité, préoccupation la plus cruciale pour des sociétés pacifiques au cours de la décennie à venir

La conscience internationale des menaces que représentent le changement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité est plus forte que jamais. Les crises se profilent à l’échelle mondiale, régionale et locale, et la coopération internationale sera essentielle pour enrayer les tendances actuelles.

Les résultats de l’enquête en témoignent, la plupart des répondants ayant de loin signalé ce défi comme le plus urgent, avec un impact sur les populations aussi bien à l’échelle internationale qu’à proximité de chez elles. Les personnes qui ont répondu à l’enquête étaient surtout préoccupées par l’augmentation des catastrophes naturelles et des phénomènes météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité, les risques de conflit ou de violences, les impacts sur les océans et, surtout, l’espoir qui s’amenuise de voir un jour le problème résolu.

Pour relever ce défi, les répondants se montrent plutôt favorables à l’investissement dans des solutions vertes, à l'éducation en vue du développement durable, à la promotion de la coopération internationale et au rétablissement de la confiance dans la science. Ces résultats indiquent que les activités menées par l'UNESCO dans les domaines du changement climatique et de la biodiversité, ainsi qu’en matière de réduction des risques de catastrophe, d'éducation en vue du développement durable, de santé des océans et de science ouverte sont des outils précieux dans la lutte contre le changement climatique et la perte de biodiversité.

L’innovation et l'apprentissage sont les clés pour remédier à la violence, aux inégalités et aux privations

Les autres défis majeurs jugés importants sont notamment les suivants :

  • La violence et les conflits : les personnes ayant répondu à l’enquête sont préoccupées par la radicalisation et le terrorisme, le risque d’un conflit mondial et les armes nucléaires, ainsi que la violence envers les minorités et les groupes vulnérables. La violence à l’égard des femmes et des filles arrive en quatrième position au niveau mondial, mais cette préoccupation occupe la première place en Amérique latine.
  • La discrimination et les inégalités : les principales préoccupations concernent la violence à l'égard des femmes et des minorités, la montée des discours de haine et du harcèlement en ligne, ainsi que les discriminations à l'égard des femmes et des personnes LGBT. Quatre personnes sur 10 (38 %) déclarent avoir le sentiment que les tensions interculturelles ou religieuses s’aggravent.
  • L’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau et de logements : à ce sujet, la principale préoccupation est, de loin, le manque d’eau potable, mais les inquiétudes portent également sur les conséquences des catastrophes naturelles et du changement climatique, ainsi que sur le manque d’aliments sains ou de bonne qualité.

Il est intéressant de noter que les jeunes (moins de 25 ans) citent plus fréquemment que les autres tranches d’âge des préoccupations liées à la discrimination et aux inégalités. La violence à l’égard des femmes et des personnes LGBT soulève également davantage d’inquiétudes dans cette tranche d’âge, tendance que l’on retrouve aussi dans les réponses des femmes.

Le fait de discerner ces tendances permet d’identifier les défis les plus importants à relever avec les jeunes, qui, en tant que futurs leaders de la société, ont été considérés comme étant peut-être le groupe cible le plus important de cette enquête. À ce titre, des efforts considérables ont été déployés pour assurer la participation des jeunes à l’enquête, notamment par la collaboration avec les réseaux de jeunes de SHS, les chaires UNESCO et le Réseau des écoles associées de l’UNESCO (réSEAU), ainsi que la promotion sur les médias sociaux. Ainsi, plus de la moitié des personnes ayant répondu avaient moins de 35 ans. L’enquête a également été traduite en 25 langues avec l’aide des commissions nationales et des bureaux hors Siège, qui en ont également assuré la diffusion par le biais de leurs réseaux.

Les répondants de tous âges ont appelé à une coopération mondiale et à l’établissement de cadres juridiques contre la violence et les discours de haine, à un soutien aux solutions technologiques et aux associations œuvrant contre le dénuement, ainsi qu’à la promotion de l’égalité des genres et du respect de toutes les cultures. L’éducation est là aussi perçue, fort à propos, comme une solution de premier plan, avec des appels en faveur de l’enseignement de la paix, de la non-violence, de la tolérance culturelle, des droits de l'homme, de la science et de la technologie.

L’éducation et la coopération mondiale : des solutions essentielles aux nombreux défis de la planète

En fait, l’éducation a été régulièrement mise en avant comme une solution, de l'enseignement d’un esprit critique, du respect et de l’éthique en ligne, à l’éducation aux médias, en passant par la promotion de la santé, de l’éducation civique, du patrimoine et de l’égalité des genres. Cela reflète une conviction collective de l'importance que revêt l'éducation non seulement comme une fin en soi, mais aussi comme une solution intéressante et de grande portée face à nos défis mondiaux nombreux et variés. L’éducation est également considérée comme le domaine de la société qui nécessite le plus d’être repensé à la lumière de la crise de la COVID‑19, apportant ainsi du crédit aux programmes en matière d’éducation tels que l’initiative « Les futurs de l’éducation ».

Au total, 95 % des personnes ayant répondu à l’enquête ont estimé que la coopération mondiale était cruciale pour surmonter nos défis (dont 80 % qui l’ont jugée « très importante »), et la plupart d’entre elles se sont déclarées préoccupées par les répercussions de ces défis sur le monde dans son ensemble. Bien que cela reflète une forte solidarité mondiale et la pertinence durable du multilatéralisme, il semble y avoir une grande inquiétude quant à leur efficacité, avec seulement une personne sur quatre se disant sûre que le monde sera capable de relever ses défis, 4 % à peine des répondants allant jusqu’à se dire « très sûrs ».

 

Défis et enseignements aux temps de la COVID‑19

Outre l’éducation et la coopération mondiale, les répondants ont également souligné que la relation entre l’homme et la nature, ainsi que la coopération scientifique et le partage des résultats de la recherche, étaient des domaines importants de la société qui nécessitaient d’être repensés au vu de la pandémie.

L’apparition de la COVID-19 a appelé l’attention de nombreuses personnes sur les liens entre la santé publique et une gestion écoresponsable, y compris la propagation des zoonoses. De même, la question de la coopération scientifique et du partage des résultats de la recherche, que l’UNESCO aborde notamment par le biais de l’élaboration d’une nouvelle recommandation sur une science ouverte et d’un appel conjoint pour la science ouverte, devient plus éminente alors que les scientifiques du monde entier partagent leurs connaissances sur le virus et que la recherche mondiale d’un vaccin se poursuit.

La crise de la COVID‑19 a également mis en évidence pour de nombreuses personnes l’importance de la coopération internationale face aux défis mondiaux : outre la santé et les maladies, le changement climatique et l’appauvrissement de la biodiversité, les migrations et la mobilité, ainsi que l’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau et de logements sont les trois seuls domaines qui ont été identifiés comme nécessitant une coopération internationale efficace. Tout en mettant en œuvre de nombreuses actions concrètes, la réponse de l’UNESCO à la pandémie de COVID‑19 accorde également une attention particulière au renforcement de la coopération internationale – travail qui doit se poursuivre si l’on souhaite restaurer la foi dans le système multilatéral pour relever ces défis majeurs.

De nombreux problèmes mis en lumière par la pandémie se retrouvent également dans les préoccupations exprimées concernant la santé et les maladies, la désinformation et la liberté d’expression, le manque d’emplois et de travail décents, ainsi que la participation à la vie politique et les principes démocratiques. La santé et les maladies ont été davantage perçues comme un défi par les personnes originaires d’Asie et celles qui se sont identifiées comme autochtones, arrivant en deuxième place dans l’ensemble. Les répondants ont fait part de leurs inquiétudes quant à la fiabilité de l’information et à la propagation délibérée de fausses nouvelles, à la défaillance des dirigeants, à la corruption et à l’absence de responsabilité politique, aux attaques contre les médias, aux systèmes d’éducation inadéquats, aux inégalités sur le marché du travail et au déclin de la démocratie dans le monde. En plus de celles déjà abordées, les solutions mentionnées comprennent le soutien à un journalisme de qualité et à la vérification des faits, ainsi que des sanctions fortes et des cadres juridiques solides face à la diffusion de la désinformation.

Des questions anciennes dans un contexte contemporain : migrations, évolutions technologiques et préservation de la culture

Enfin, les répondants étaient également invités à donner leur avis sur les questions concernant les migrations et la mobilité, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, ainsi que les traditions et les cultures en péril. Pour ce qui est du défi des migrations et de la mobilité; les préoccupations les plus fortes concernent les droits fondamentaux des migrants et des réfugiés, les répercussions politiques dans les pays recevant des migrants, la traite d’êtres humains ou l’exploitation sexuelle des migrants, ainsi que le changement climatique qui aggrave la situation. Les répondants appellent à une coordination mondiale et régionale efficace sur ces questions, à des actions mettant l’accent sur le développement dans les pays d’origine, au respect des cultures et de la diversité, ainsi qu’au soutien de l’intégration dans les communautés d’accueil.

S’agissant des nouveaux défis posés par l’intelligence artificielle et d’autres nouvelles technologies, les préoccupations les plus fortes concernent la confidentialité et la surveillance en ligne, les questions d’ordre éthique, la cyberguerre et les nouvelles formes de conflit, ainsi que les nouveaux cybercrimes. Les répondants appellent à l’enseignement de l’éthique, à la sécurité et à la confidentialité en ligne, à l’établissement d’un cadre éthique mondial, à la promotion d’une approche éthique, transparente et humaine, ainsi qu’à la prévention de la criminalité en ligne.

Les personnes qui se sont identifiées comme autochtones ont classé les risques pour les traditions et la culture à un niveau plus élevé que les autres. Face à ce défi, ces personnes sont surtout préoccupées par la disparition du patrimoine et des pratiques culturelles, l’appauvrissement du patrimoine ou la perte d’identité du fait de la mondialisation, le désintérêt des jeunes à l’égard de leur patrimoine culturel et le manque de soutien aux industries créatives. Elles appellent à l'intégration de la culture et du patrimoine dans les systèmes éducatifs, à la promotion des échanges interculturels et du respect de la diversité, à la mobilisation des jeunes pour leurs traditions, ainsi qu’à la sauvegarde des sites et des pratiques du patrimoine culturel.

Définir l’orientation stratégique de l’UNESCO pour le monde en 2030

L’enquête « Le monde en 2030 » a été élaborée par l’Unité de soutien pour la transformation stratégique, avec l’appui financier de la Commission canadienne pour l’UNESCO, afin d'enrichir les réflexions actuelles de l'UNESCO sur l'avenir de son programme pour le reste de la décennie. Cette réflexion a également bénéficié des résultats d’une enquête très fructueuse auprès du personnel, des contributions du réseau de jeunes membres du personnel de l’UNESCO (Young UNESCO), ainsi que du travail du groupe de réflexion de haut niveau de la Directrice générale. Ce processus de réflexion représente une part importante de l’initiative de transformation stratégique de l’Organisation, qui entre dans sa phase finale. Il aura pour point d’orgue l’approbation, l'année prochaine, de la Stratégie à moyen terme de l’UNESCO pour 2022-2029, qui constitue une feuille de route inestimable dans cette décennie cruciale vers l’échéance de 2030.