Les enseignants au centre des dialogues sociaux sur l’éducation en Ouganda

12 Décembre 2017

Par le biais du Programme CapED, l’UNESCO aide le Gouvernement de l’Ouganda à mettre au point un cadre pour le dialogue social sur les questions relatives aux enseignants et à organiser régulièrement des dialogues sociaux aux niveaux régional et national.

Deux dialogues sociaux sous-régionaux se sont tenus à Mbale et à Gulu pour les régions du nord et de l’est de l’Ouganda, les 14 et 16 novembre 2017. Environ 250 enseignants, responsables d’administrations locales et de ministères, représentants du secteur privé et partenaires de développement y ont participé. Les événements, qui ont été organisés par le Ministère ougandais de l’éducation et des sports (MoES), en collaboration avec Uganda National Teacher Union (UNATU) et avec le soutien du Programme CapED en Ouganda, a permis aux enseignants de se pencher sur le rôle clé qu’ils jouent pour réaliser une éducation de qualité équitable et inclusive, d’identifier des stratégies pour améliorer les résultats et de célébrer la Journée mondiale des enseignants 2017.

Dialogues sociaux et enseignants

L’un des principaux objectifs des dialogues sociaux consiste à autonomiser les enseignants et à leur donner la parole. « C’est la première fois que je participe à un dialogue social. Cela m’a plu. Nous pouvons exprimer nos points de vue – ce qui veut dire que les enseignants sont inclus dans la stratégie politique et la résolution des problèmes auxquels ils font face dans leurs écoles », a dit une enseignante de la région de l’est. Interrogée sur la différence entre ce dialogue et les réunions précédentes, elle a répondu : « l’attitude, en savoir plus sur ce qu’un enseignant doit faire et sur les politiques. Je peux maintenant m’asseoir et discuter de mes droits, en approfondissant vraiment les questions grâce aux connaissances que j’ai acquises. »

En effet, les enseignants sont au centre de ces dialogues, menant le débat sur les questions de salaires, d’équité et leur besoin de développement professionnel, de reconnaissance de la communauté et d’autres aspects qui aident à responsabiliser les enseignants. L’UNATU et le MoES ont noté leurs préoccupations et leurs idées de solutions stratégiques. Les dialogues ont également servi de plate-forme pour le partage d’informations et de connaissances. Le MoES a présenté le dernier projet de Politique nationale relative aux enseignants, qui a été élaborée avec le soutien du Programme CapED. Cette politique traite de l’intégration des TIC dans la formation des enseignants, ainsi que du Cadre de motivation des enseignants.

Performance et responsabilité

Les participants ont examiné l’origine des problèmes qui affectent les performances scolaires. La pauvreté était l’une des principales causes. Les enseignants sont préoccupés par les élèves qui arrivent à l’école l’estomac vide et par le fait que de nombreux enseignants ne peuvent pas non plus s’offrir des repas convenables. « Mes élèves disaient « maître, j’ai faim ». Comment pourrais-je les tenir responsables pour un mauvais résultat ? Ils ne peuvent pas se concentrer. Un enfant qui meurt de faim ne peut pas apprendre », a dit une enseignante de primaire de la région du nord.

Les autres facteurs qui influencent la motivation et les performances des enseignants sont le recrutement, le déploiement et la promotion. Les enseignants souhaitent que des procédures et des règles claires et transparentes soient mises en place en ce qui concerne les questions d’influence politique et de corruption. Lors du dialogue social tenu à Mbale, un enseignant a demandé : « comment pouvez-vous enseigner l’intégrité aux élèves alors que celle-ci n’est pas respectée ? Regardez le secteur de l’éducation : les enseignants en formation trichent aux examens et aux diplômes, les enseignants en poste trichent aux évaluations, les responsables trichent pour leurs promotions, et les élèves trichent à l’école ».

La direction des établissements est un autre facteur important. Les participants ont avancé que de nombreux directeurs d’école en Ouganda étaient incompétents en gestion administrative et financière et en planification de l’éducation, tandis que les bons enseignants avaient tendance à rejoindre les « écoles modèles ». « La direction est différente de la gestion. Il s’agit de garantir et d’améliorer la qualité, la responsabilité et la motivation d’une école et des enseignants qui y travaillent », a souligné le professeur Joseph Oonyu de l’Université de Makarere.

Les enseignants reconnaissent que les qualifications, les compétences et l’expérience sont déterminantes pour la performance scolaire. Durant le dialogue, ils ont appelé à créer des opportunités suffisantes et justes pour le développement professionnel continu. « Nous devons apprendre les nouvelles pédagogies et méthodes d’enseignement. Nous ne voulons pas être abandonnés par nos élèves », a dit un enseignant de la région orientale.

Les femmes dans l’enseignement

Les femmes enseignantes représentaient environ la moitié des participants. Trois d’entre elles qui participaient à la réunion à Gulu avaient amené leurs enfants. « Je me sens privilégiée de participer à ce dialogue social. Mais ce n’est pas facile. Je dois trouver une baby-sitter pour s’occuper de mon bébé », a expliqué une enseignante qui avait une petite fille âgée de cinq mois. « Parfois les gens me disent qu’elle est déjà à l’hôpital alors que je suis en train de faire la classe. C’est le plus grand problème qui affecte mes performances, mais c’est inévitable. »

Elle est également confrontée à des problèmes de salaire, à des problèmes de loyer liés au manque de logements pour le personnel, ainsi qu’à la difficulté d’enseigner à son niveau en raison des modèles traditionnels qui considèrent l’éducation des filles comme une perte de temps et d’argent. Malgré cela, elle n’a jamais douté de sa carrière ; « Je pense que je suis faite pour enseigner. J’en suis toujours fière. »

Une autre enseignante, qui participait au dialogue social avec son bébé de 50 jours, n’avait pas reçu son salaire depuis cinq mois. Sa principale inquiétude était qu’une fois arrivée à la fin de son congé maternité de 60 jours ouvrables, elle devrait retourner enseigner. Elle souhaiterait que l’administration prolonge son congé maternité à 90 jours ouvrables.

La voie à suivre

Chacun a un rôle à jouer pour améliorer la performance et la responsabilité. Les participants ont formulé des stratégies à mettre en œuvre au niveau des écoles, des districts et des pays. Ces stratégies commencent par une action de l’administration, consistant notamment à : harmoniser les rémunérations des enseignants et garantir la ponctualité des paiements, fournir aux enseignants des opportunités adéquates de développement professionnel continu, garantir la participation des enseignants à la planification de l’éducation, améliorer la direction des établissements et approuver et appliquer la Politique nationale relative aux enseignants.

À l’issue du dialogue social tenu à Mbale, un enseignant a dit : « Je pense que ça va aller mieux, car le dialogue est plus concret désormais, et nous parlons de nos préoccupations sans crainte de perdre notre travail. » L’UNATU prévoit d’organiser des réunions de suivi avec les participants en 2018, ce qui suppose de mobiliser davantage de ressources.

L’institutionnalisation du dialogue social est l’une des principales composantes du Programme CapED en Ouganda. L’IIRCA fournit un appui technique à l’élaboration d’un cadre pour les dialogues sociaux sur les questions relatives aux enseignants, ainsi qu’aux autres activités du Programme CapED telles que la formulation de la nouvelle Politique nationale relative aux enseignants, du Cadre pour le développement professionnel continu et du Cadre d’assurance qualité pour la formation des enseignants, entre autres.

En savoir plus

  • Note d'orientation sur la Politique nationale de l’Ouganda relative aux enseignants
  • Teacher Support and Motivation Framework for Africa: Emerging Patterns (cadre de soutien et de motivation des enseignants pour l’Afrique : nouvelles tendances)
  • Recommandations de la Journée mondiale des enseignants 2016