Entretien: Sept questions à Clarisse Nomaye, avocate et écrivaine tchadienne

17/06/2021
05 - Gender Equality

Clarisse Nomaye est une personnalité inspirante et une femme aux multiples carrières. Elle est l'une des figures de proue de la littérature tchadienne et se distingue par son écriture engagée pour les droits des femmes au Tchad.

1. Votre carrière est particulièrement inspirante: vous êtes juriste de formation, avocate au Tchad, mais vous êtes aussi écrivaine et lauréate du prix littéraire tchadien 2020. Comment parvenez-vous à mener de front ces multiples carrières ?

Le palais de justice est une grande source d’inspiration pour l’écrivain car c’est notre société en miniature. Je m’inspire donc des faits de cette société pour mes écrits. En dehors de cela, je m’organise pour donner à chaque activité un temps. Je travaille généralement la nuit et tôt le matin sur mes écrits. 

2. Comment vous êtes-vous lancée dans l’écriture ?

C’est une passion qui m’a toujours habité depuis l’enfance. Déjà en classe de CM2 je faisais partie de l’équipe du journal de mon école. On y relatait toutes les activités qui se déroulaient dans notre établissement. J’ai continué plus tard en écrivant et en envoyant des histoires dans les journaux de la place ou encore les radios comme Africa Numero1 à travers l’émission de Patrick Nguemadong, « L’Aventure Mystérieuse ». C’est en 2012 que j’ai publié mon premier Roman L’amitié sans frontière en France. L’engouement autour de ce roman m’a encouragée à ne plus m’arrêter. J’ai actuellement cinq œuvres éditées à mon actif  et je ne compte pas m’arrêter.

 

3. En 2020 vous avez remporté le prix de la littérature féminin tchadien grâce à votre œuvre Prisonnière. Ce prix est une véritable reconnaissance de votre talent. Que souhaitez-vous transmettre dans vos œuvres ?

Le message principal est les violences faites aux femmes (physiques et morales) et leurs conséquences. Il y a des comportements considérés par la société comme normaux. Pour elle, les femmes doivent observer sans débats. Il y a des femmes qui acceptent et vivent avec. D’autres difficilement et considèrent cela comme une injustice envers elles qui peut conduire à des actions aux conséquences  irréversibles. C’est en résumé le message principal.

Ce n’est pas facile d’être femme ou fille dans notre société (...) mais on sait que nous avons cette capacité de réaliser de grandes choses quand on y met la volonté.

4. Vous êtes également Présidente de l’Association des écrivains tchadiens, pouvez-vous nous parler du paysage littéraire tchadien actuel ?

La littérature tchadienne est jeune. Avant les années 2000 peu de tchadiens écrivaient. On constate de plus en plus de personnes produisent des œuvres. Ce qui constitue une richesse pour nous. On doit encore fournir beaucoup d’efforts quant à la qualité pour être compétitif sur le plan international.

 

5. Comment assurer une meilleure promotion de la littérature auprès des jeunes ?

Je crois qu’il faut organiser des séances de lecture publique, des émissions radio et télé, des jeux concours autour des œuvres littéraires et leurs auteurs, des compétitions d’écriture. Il faut les impliquer à l’aide des moyens de communication technologiques et autres activités.

 

6. L’écriture est-elle un acte d’émancipation pour vous ?

Oui parce que d’abord en lisant beaucoup (car avant d’écrire, il faut lire) on a un esprit plus ouvert puisque l’on a voyagé et appris beaucoup de choses à travers le livre. Ensuite en écrivant on peut se permettre de dire des choses difficiles à dire directement car on a souvent pas l’auditoire souhaité. Enfin l’écriture aide à sortir de son cercle réservé, à être assez libre et faire des choix.

 

7. Quels conseils donneriez-vous aux femmes et aux jeunes filles tchadiennes qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture ?

Il faut beaucoup lire, travailler et consacrer du temps à cela. Ce n’est pas facile d’être femme ou fille dans notre société avec le poids de la tradition, les charges ménagères, la profession (pour certaines) mais on sait que nous femmes avons cette capacité de réaliser de grandes choses quand on y met la volonté. Donc je les encourage à se lancer dans cette aventure passionnante et je sais qu’elles ne vont jamais s’arrêter.

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