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Épreuves, difficultés et triomphes du parcours éducatif d'une mère adolescente en Jamaïque

23 Avril 2019

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© WCJF/Stacy Ann Subani

Une grossesse à 15 ans a été l'épreuve la plus difficile que Stacy Ann Subani ait dû surmonter dans sa vie.

« Quand ma famille a appris que j’étais enceinte, la déception a été très grande » a dit Stacy Ann. « Un avortement n'était pas acceptable pour ma mère, c'est pourquoi pendant quelque temps je n’ai pas su ce que j'allais faire. » Cette jeune activiste si dynamique avait perdu tout espoir. 

En Jamaïque, les filles et les jeunes femmes enceintes ne sont pas autorisées à continuer leurs études dans le système scolaire formel. Enceinte de quatre mois, Stacy Ann a vu ses pairs aller à l'école alors qu'elle a dû rester chez elle pendant la durée de sa grossesse.  

« Quand une jeune fille est enceinte pendant son adolescence, chacun s'attend à ce qu’elle abandonne l’école, qu’elle ait d’autres enfants, le tout aux frais du système de protection sociale » a-t-elle expliqué. « Je ne voulais pas être comme ces filles. »

« Ma tante et ma grande sœur m'ont parlé du Centre pour les femmes et m’ont convaincue de m’y inscrire. » Selon Stacy Ann, c’est en s’inscrivant au Programme pour les mères adolescentes du Centre pour les femmes de la Fondation jamaïcaine (WCJF) qu’elle a accru ses chances de surmonter les attentes de la société.

Le WCJF fournit aux adolescentes enceintes comme Stacy Ann et aux jeunes mères qui ont dû abandonner l'école des séances de formation continue, de conseil et de développement personnel.

Le Centre pour les femmes a offert à Stacy Ann une deuxième chance d’éducation. Rayonnante de joie, Stacy Ann a dit que le Centre pour les femmes avait changé sa vie. Elle met toute l’éducation qu’elle a reçue au crédit du Centre pour les femmes, y compris ce qu’elle a appris, qui lui a permis de s’affranchir de la stigmatisation associée aux grossesses d’adolescentes.

« Retourner à l'école ordinaire a été extrêmement difficile. Les élèves qui savaient que j'avais été enceinte racontaient beaucoup de méchancetés à mon sujet. Mais je me suis souvenue que la conseillère du WCJF nous a encouragées à ne pas nous poser en victimes mais en gagnantes, et utiliser l'éducation pour créer des opportunités pour nos enfants. »

« Je me suis aussi souvenue de plusieurs anciennes élèves qui avaient réussi leur réintégration et qui sont revenues [au WCJF] pour parler de leur expérience de mères adolescentes. Chaque fois que j'avais envie de renoncer, je me rappelais qu’elles avaient été dans la même position que moi et qu’elles avaient bien réussi » a-t-elle indiqué.

De nombreuses participantes au Programme ont appris à exploiter leur expérience au WCJF. Elles ont achevé leurs études et sont devenues enseignante en mathématiques, technicienne médicale et fondatrice d’une école, entre autres. Le Centre pour les femmes a permis à ces jeunes femmes de se créer une meilleure vie, pour elles-mêmes et pour leurs enfants, par la formation continue.

Après ses études au Centre pour les femmes, Stacy Ann s’est inscrite au Lycée technique Jose Marti. Elle y a terminé ses études, diplômée de l'enseignement secondaire à 19 ans avec d’excellentes notes.

Elle a également suivi deux cours professionnels d’un an sur le campus ouvert de l'Université des Indes occidentales, se qualifiant pour être admise à l'Université des Indes occidentales où elle a obtenu une Licence en lettres en études bibliothécaires et d’information.

« Il m'a fallu six ans pour achever un cours de quatre ans. Mais ça ne m’a pas découragée pour autant » se remémore Stacy Ann. « Je travaillais à mi-temps et j’allais à l'école à mi-temps tout en m'occupant de ma fille. Le voyage a été agité, mais j'ai appris à gérer mon temps et à travailler pour atteindre mes objectifs. »

À 27 ans, Stacy Ann travaille à l'Université des Indes occidentales, dans le Département de gestion des biens et elle a l'intention de poursuivre ses études avec un Master en marketing ou en gestion des ressources humaines.

Le Centre pour les femmes de la Fondation jamaïcaine a reçu en 2018 le Prix UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes pour son travail offrant aux adolescentes et aux jeunes femmes de Jamaïque une deuxième chance d’éducation.

Le WCJF est une institution qui opère depuis 40 ans sous les auspices du Ministère du genre, du divertissement et du sport (MCGES) de Jamaïque. Le WCJF appuie la réintégration des jeunes femmes dans le système scolaire formel après la naissance de leur enfant.

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