Examens et évaluations pendant la crise du COVID-19 : priorité à l’équité

10/04/2020

Avec la fin de l’année scolaire qui approche à grands pas dans de nombreux pays, une même question préoccupe élèves, parents, enseignants et ministres : qu’en sera-t-il des examens dans le contexte de la prolongation de la fermeture des établissements d’enseignement ?

Le quatrième webinaire sur l’éducation de l’UNESCO consacré au COVID-19, tenu le 9 avril 2020, a livré des informations sur les stratégies adoptées ou envisagées par les pays concernant les examens à enjeu élevé – examens intermédiaires, de fin d’études secondaires et d’entrée à l’université et passerelles vers l’emploi.

En ouvrant le webinaire, qui a réuni plus de 230 participants, M. Borhene Chakroun, Directeur de la Division pour les politiques et les systèmes d’apprentissage tout au long de la vie de l’UNESCO, a rappelé que la fermeture prolongée des établissements d’enseignement a des conséquences majeures pour l’apprentissage, les évaluations et les diplômes. « Ces questions figurent parmi les principales priorités de tous les responsables politiques. L’interruption des examens retarde les décisions concernant la progression des élèves et l’obtention de leur diplôme. Dans le cas de la formation technique et professionnelle et de l’enseignement supérieur, cela entraîne des conséquences sur leur entrée sur le marché de l’emploi et des répercussions sur le plan individuel et, plus globalement, socioéconomique. »

Des stratégies différentes pour des contextes différents

Faisant référence à l’analyse mondiale rapide réalisée récemment par l’UNESCO, M. Gwang-Chol Chang, Chef de la Section de la politique éducative, a indiqué que sur les 84 pays étudiés, 58 ont repoussé ou reprogrammé les examens, 23 ont mis en place des méthodes de remplacement telles que les tests en ligne ou à domicile, 22 ont maintenu les examens, et 11 les ont tout simplement annulés. M. Chang a évoqué les problèmes communs qui se font jour, notamment la question de l’équité et de la faisabilité des évaluations alternatives. Relevant une tendance nette en faveur des tests en ligne, il a indiqué que « toutes les matières et toutes les compétences ne peuvent être évaluées en ligne ou par téléphone ». Au-delà de la fermeture des établissements d’enseignement, il a estimé « nécessaire d’évaluer les progrès des apprenants afin de repérer les lacunes, et de proposer des cours et évaluations de rattrapage accélérés au moment de la réouverture des écoles ».

Expériences nationales

La décision de reporter ou d’annuler les examens n’est jamais prise à la légère, car dans de nombreux pays, ils sont décisifs pour les futurs choix d’études. « Les résultats aux examens sont l’un des critères les plus importants pour l’admission à l’université et le recrutement dans de nombreuses entreprises », a indiqué Mme Xiaoting Huang, Directrice de l’autorité chinoise responsable de l’évaluation et des examens à Hong Kong. L’examen le plus important, qui détermine l’accès à l’enseignement supérieur (HKDSE – diplôme de fin d’études secondaires de Hong Kong), a été repoussé d’un mois, au 24 avril. « C’était une décision très difficile à prendre en raison du grand nombre d’options possibles, a déclaré Mme Huang. Il n’existe probablement pas de solution parfaite, mais notre stratégie a été de consulter un maximum de parties prenantes, y compris les élèves, parents, enseignants et spécialistes de la santé. » Des mesures de précaution ont été adoptées dans les centres d’examen, notamment la distanciation et le port obligatoire du masque. La solution des tests en ligne n’a pas été retenue à cause des problèmes d’équité, de validité et de transparence qu’elle induit. « Compte tenu de l’importance des enjeux associés au HKDSE, l’équité est la priorité ».

M. Ismael Mulindwa, Directeur de l’enseignement primaire et secondaire au Ministère ougandais de l’éducation, a partagé ce point de vue concernant les examens à enjeu élevé, en adoptant toutefois une autre stratégie. « Nous ne pouvons pas supprimer les examens : les parents croient en leur utilité, tout comme l’ensemble de la communauté », a-t-il déclaré en expliquant que les examens à enjeu élevé sont considérés comme l’« aboutissement ultime » du système scolaire. « La situation est très précaire. Parents et élèves sont inquiets. » Pour y faire face, le gouvernement est en train de revoir les programmes scolaires et s’achemine vers des évaluations formatives. « Nous privilégions l’auto-évaluation et l’évaluation à domicile pour qu’au bout du compte, de retour en classe, les élèves n’aient pas trop perdu », a indiqué M. Mulindwa.

La pression est moins forte dans l’hémisphère sud, car l’année scolaire vient de commencer, a expliqué M. Hugo Labate, Directeur de l’organisme chargé des programmes scolaires en Argentine. Soulignant les aspects culturels de l’évaluation, il a évoqué la longue tradition de contrôle continu qui existe dans beaucoup de pays d’Amérique latine, plutôt qu’un examen unique à enjeu élevé. En revanche, garantir l’équité et la qualité de ce type d’évaluation afin que les mêmes normes soient appliquées partout dans le pays est en soi un défi. Les évaluations en ligne sont envisagées, mais outre leur coût, on craint qu’elles ne creusent les inégalités en raison de l’accès insuffisant à Internet. « Pour le moment, notre stratégie consiste à aider les enseignants à assurer leurs cours, à recevoir les devoirs de leurs élèves et à les évaluer au niveau de l’établissement », a déclaré M. Labate.

Mme Karma El Hassan, Directrice du Bureau pour l’évaluation et la recherche institutionnelle à l’Université américaine de Beyrouth, a indiqué que les problèmes d’équité sont la principale préoccupation au Liban, où de nombreuses régions n’ont ni l’électricité ni Internet. Plusieurs options sont à l’étude, par exemple prolonger l’année scolaire, recourir aux évaluations en ligne ou condenser le programme d’enseignement.

Le domaine de l’enseignement et la formation professionnels pose des problèmes spécifiques. « Dans l’enseignement et la formation professionnels, le risque que la fermeture des établissements entraîne un creusement des inégalités et une augmentation des taux d’abandon est plus grand », a prévenu Mme Brigitte Trocme, du Ministère français de l’éducation nationale et de la jeunesse, en soulignant que la proportion d’étudiants et d’élèves à faible revenu est plus importante dans cette catégorie et que leur accès aux appareils et à Internet est plus limité. Dans la plupart des établissements, les examens finaux ont été remplacés par une évaluation basée sur l’année de formation précédente, les notes scolaires et d’autres critères. Compte tenu de la difficulté d’évaluer les compétences pratiques en ligne, sans accès au matériel et aux équipements, Mme Trocme a insisté sur l’importance de préparer la réouverture des établissements d’enseignement en mettant en place un soutien supplémentaire et un suivi personnalisé pour les élèves.

À propos des universités britanniques, Mme Anne Anderson, de la Commission du Royaume-Uni pour l’UNESCO, a expliqué dans une communication écrite que tous les cours en face à face et les examens classiques sont suspendus. Pour ce qui concerne les étudiants de dernière année, les universités s’emploient à faire en sorte qu’ils puissent obtenir à temps un diplôme de qualité certifiée. Elles exploitent au maximum les évaluations et travaux déjà effectués. Beaucoup proposent aux étudiants de passer une évaluation facultative en ligne. Les jurys d’examen n’utiliseront pas les résultats de ces évaluations s’ils font baisser la note globale.

En concluant la séance, M. Sobhi Tawil, Chef de l’Équipe de recherche et de prospective en éducation de l’UNESCO, a souligné que toutes ces décisions sont prises dans un contexte d’incertitude, en fonction de nombreux facteurs, allant de la préoccupation première de la santé et de la sécurité à la garantie de l’équité et de l’égalité des chances dans les examens et évaluations. « On nous a imposé, à l’échelle mondiale, une expérimentation de l’apprentissage à distance. Chacun fait de son mieux, à sa manière », a-t-il déclaré en invitant les participants à rejoindre la Coalition mondiale pour l’éducation.